LE SALON DE LA SOCIÉTÉ ROYALE DES BEAUX-ARTS
nf LES PEINTRES ÉTRANGERS Vendredi 13 avril.
La Société royale des Beaux-Arts a un tout autre but que la Libre Esthétique, à laquelle succède son douzième Salon dans les salles du Musée Moderne. Elle nous montre d'ordinaire des œuvres qu'aucun lien de parenté intellectuelle n’unit, œuvres d'artistes individuels qui nepartagent point la même direction, tandis que l’association fondée par M. Octave Maus se préoccupe avant tout de nous présenter les ouvrages de peintres et de sculpteurs ayant une tendance commune, voire des procédés identiques. Cette fois, et dans une importante mesure, la Société des Beaux- Arts rompt avec la tradition. En effet, elle a réuni une série de tableaux des artistes appartenant à la Sécession de Berlin. À vrai dire, cette collectivité ne montre aucune cohésion, ne se préoccupe nullement des problèmes de lumière et de couleur mis à la mode par les derniers impressionnistes. Ceux qui la composent ne forment donc pas une école dans la vraie acception du terme, puisque ni un métier semblable, ni une vision familière ne les rapprochent. Aussi bien ne peut-on imaginer personnalités plus diverses que celles des maîtres berlinoiïs; il n’en est pas un qui ressemble à l’autre, ce qui, cependant, ne prouve point que leur talent à tous soit d’un trancendant significatif. Loin de là. Celui-ci est idéaliste, celui-là naturaliste, tel autre encore cultive la fantaisie. Maïs tous manquent d'ordinaire d’originalité, en ce sens qu'ils rappellent des artistes d’autres pays, sans rien ajouter à l'impression que les travaux de ces derniers produisent sur nous.
Il faut remercier la Société des Beaux-Arts de l’occasion
qu’elle nous fournit d'examiner un ensemble des productions des peintres berlinois contemporains, tout en formulant le regret que ces œuvres soient d'habitude de second ordre et ne donnent point la véritable mesure de la valeur de leurs signataires.
Ainsi il n’est pas possible de juger la personnalité si diverse, si multiple d’Arnold Boecklin, d’après les deux tableaux très léchés intitulés : Centaure au bord de la mer et Ermite. Le corps du monstre affalé sur la plage est rendu avec une lourdeur lasse très véridique, mais ce n’est là qu’une jolie vignette; le cadre voisin est une sorte de Jérôme Bosch froid, sans la saveur du coloris, sans le pittoresque de la composition, sans le charme fantastique de l'imaginatif peintre de Bois-le-Duc. C’est correct et appliqué. Bien plus primesautier est l’aquarelliste Max Uth, dont la Petite Ville possède de belles qualités d'observation et révèle chez son auteur un sens vif de la distance vibrante. Malheureusement, tout est liquéfié, humide, fondu et confondu. Sous prétexte de peindre à l’eau, Max Uth se croit autorisé à ne pas devoir exprimer la matière des choses : les pavés, les murs, les toits, le ciel, les arbres, tout cela est rendu sans consistance. Il a plus de chaleur, de fermeté aussi dans son Automne.
L’Ecluse de Paul Hoeniger est terne de tons et maigre de facture, avec des qualités dans le rendu de l’atmosphère. Le métier fait songer aux impressionnistes français de la dernière heure. Une des bonnes toiles du Salon : Repos, a été envoyée par Oskar Frenzel. Il se particularise par une vision pleine de grandeur; dans un paysage mélancolisé par les premières ombres du soir, des vaches alanguies et fatiguées ruminent. La lande un peu montueuse est exprimée avec style et une émotion contenue règne en ce site recueilli. C’est avec une truelle, peut-on croire, que peint Robert Breyer, dont les Japonaiseries sont décoratives et inertes. Le portrait, intitulé Le Réveur, de Josef Block, est d'une vie tranquille et réfléchie; Jacques Blanche est certes en vénération particulière auprès de ce peintre berlinois, mais celui-ci est loin d’en atteindre l’esprit, la couleur et le dessin. Tout près, la Rieuse évoque le temps où Herman de Kaulbach exécutait ses tableaux de genre.