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avec quelle sincère raison, d'interpréter les sites qui l’ont ému sans préoccupation d'emphase ni de procédé. Il arrive ainsi à donner de sa vision de la nature une interprétation qui captive par sa fidélité. En ce morceau que nous signalons, il règne au-dessus du cours d’eau une ambiance humide qui se marie si délicatement avec l’aspect désolé du pays. Nul personnage en ce vaste paysage, où seule une barque, abandonnée au milieu de l’eau alanguie, accuse la présence de la vie humaine aux mélancoliques alentours. Pour M. Franz Mortelmans, la peinture à l’eau n’est pas plus difficile que la peinture à l’huile..… Ses aquarelles ont la saveur grasse et la vigueur brillante d’un tableau. Il arrive à donner avec son blaireau des accents d’une merveilleuse intensité. Tout cela est exécuté avec une facilité admirable, qui se plaît à définir les choses en touches onctueuses et limpides. Les grappes de Raïisins et melons ont une truculence violette, tandis que les Oignons mettent devant un cuivre éclatant la rondeur sèche et cassante de leur peau comme vernissée, et que des corolles tendres et vermillonnées des Roses paraît s’envoler toute une brise de parfums discrets. À côté de ces ouvrages à la facture large si bellement matérialiste, les fleurs et les accessoires de M''$ Georgette Meunier et Pauline Jamar paraissent bien artificiels... Désireux, lui aussi, de rendre la matière, M. Paul Bamps sait mettre en ses œuvres un sentiment concentré. Sa Rue est singulière de quiétude et de silence. Elle est comme un symbole de l'existence égale et tranquille de province, avec ses deux théories de maisonnettes si différentes, mais où l’on ignore la tristesse de vivre et la douleur des grandes désillusions.
Ce sont aussi les petites cités anciennes de Flandre que M. Louis Reckelbus hante de préférence ; il est à son tour attiré et séduit par les pierres vétustes et s’efforce de traduire le mystérieux langage de leurs vénérables patines. Son godet trouve des vigueurs extrêmes pour rendre les aspects ragoûtants des murs antiques et des eaux dormantes. Sa Vieille maison à Bruges et sa Vieille cour en Flandre rivalisent de puissance harmonieuse et rutilante. M. Albert Geudens, le chantre des heures vespérales, continue à développer son thème favori, mais avec moins d’at-
tendrissement, semble-t-il, que d'habitude. De lui à M. Léon Rothier, quelle antithèse tranchante. Le jeune peintre traverse une curieuse période évolutive, dont son talent, jadis traditionnel et sans accent, pourrait fort bien sortir transformé. Il aborde franchement l'étude de la nature féminine, en des pastels emballés et vastes qui ne sont pas sans rappeler Besnard. C’est réalisé avec fougue, au moyen de tons larges et catégoriques. Cela manque, d'habitude, de distinction dans le dessin et d'harmonie dans la couleur. Mais ces défauts disparaîtront sans doute avec l’excès luimême, qui est inséparable de toute transformation rapide et emportée. Si ces outrances pouvaient faire place à la modération, le tassement produirait un résultat vraiment intéressant. Il est permis de s’en rendre compte dans le Profil de femme si pittoresque d’arrangement. Si les traits de la mondaiïine du Soir d'été sont d’une hautaine déplaisance, il faut remarquer avec sympathie la fière crânerie de la femme à l'éventail. Le métier trop cursif, trop vite satisfait de M. Victor Wagemaekers fait du tort à sa jolie et coquette vision, apte à saisir le sentiment mélancolique du paysage. Le pastel de M. Henri Meunier : les Roches sombres, est une sobre page farouche, épique et navrée du plus impressionnant effet. M. Léon Bartholomé est trop «couleur » en ses types bretons, si minutieusement scrutés ; pourtant combien est délicieusement clair et transparentle fondmaritimesurlequelsedécoupelaJeune fille de Loctudy. Le morceau « social » de M. Franz Gaillard : Claquedents, est d’une sécheresse photographique; de là certaine rigidité qui compromet la portée de cette œuvre sentimentale, et comme gazée. Quelle joie pure déborde des trois cadres de M. Lucien Franck, qui nous introduit dans une légère féerie de tons merveilleusement limpides. En ces pages aquatiques, vaporeuses et exquises de fluidité, il a mis toute la poésie de son âme attentive et éprise; que ce soient les effets auroraux du Canal à Vollendam, ou les profonds aspects mystérieux du Crépuscule en Hollande, toujours il les imprègne de l’attirance distillée par l'heure elle-même qui marque son inspiration. C’est l’absence totale de ces qualités rares qui exclut tout charme des pastels de M. Nestor Cambier, dont les morceaux sont
cependant à signaler pour la simplicité de moyens avec laquelle leur auteur parvient à les établir. Blanc et Noir, la Petite chapelle, tout cela est encore bien gauche, bien maladroit, d’une coloration trop froide, mais révèle une sincérité des plus dignes, des plus louables. Citons encore une aimable page de M. Jules Boulvin : Petit Bois dans les Dunes, prestement enlevée, bien qu’un peu sèche d’exécution. Concluons : Si la septième exposition de la Société nationale des aquarellistes et pastellistes ne nous révèle cette fois aucun artiste nouveau, si ses membres les plus connus n’ajoutent presque rien à l'opinion que la critique avait pu précédemment se faire d’eux, il est évident, toutefois, qu’il règne au sein de ce groupe une activité dont on est en droit d’espérer beaucoup.
L'EXPOSITION D’'AQUARELLES ET PASTELS A ANVERS o o
Mercredi 13 juin.
La Société royale d'encouragement des beaux-arts d’Anvers, dont l’activité est si remarquable, a organisé dans la métropole une fort belle exposition d’aquarelles, de pastels et d’eaux-fortes, qu’elle à installée en les vétustes locaux de la rue Vénus. Cette exposition présente ceci de particulièrement intéressant, c’est qu’elle permet de juger, d’une part, des proprès très considérables réalisés par quelques tout jeunes artistes, et que, d’autre part, elle classe d’emblée parmi les blaireauteurs d'avenir plusieurs talents inédits jusqu’à ce jour. Et parmi ces derniers, il nous estinfiniment agréable de saluer tout d’abord M. Jules Fonteyne, qui nous montre des aquarelles d’un dessin nerveux, pénétrant et arrêté, dont l’humour intense augmente encore la grande originalité d'observation ironique. Il sait souligner les travers physiques de ses personnages et leur caractère moral en fouillant leurs traits et leurs attitudes avec un sens presque synthétique. Parfois ces attitudes sont encore gauches et pesantes, mais les physionomies sont extrêmement vivantes et malicieuses, tel ce Brugeois, inénarrable de bizarrerie caricaturale. La figure du dessin rehaussé : A Bruges, dont la tête et les mains sont véritablement scrutés, est également d’une vérité curieuse. A côté de ces types un peu à la Daumier, le Lac d'amour est une chose exquise, tout imprégnée de tendresse et de poésie.
La vision, humoristique aussi, de M. Marten Melsen, est moins amère que celle de son voisin west-flamand; il y à enses cadres une bonhomie charmante qui est le reflet de toute la sympathie qu’il témoigne à ces paysans campinois, dont il enregistre à sa'façon la plastique souvent drôle. Ses Jumeaux sont une des plus personnelles créations de cet