ET LA SCULPTURE
L'exposition installée au Musée Moderne ne comprend que quatre sculpteurs. Parmi eux, il en est un qui est mort il y à peu de mois, M. Paul Nocquet; on sait qu’il a perdu la vie à la suite d’un tragique accident de ballon, aux Etats-
Unis. Il est regrettable que la nature fantasque et aventureuse de ce statuaire l’ait en quelque sorte prédestiné à une fin violente et prématurée. Paul Nocquet possédait un admirable tempérament d'artiste; la pieuse attention de ses camarades, à laquelle nous devons la réunion de quelques-unes de ses études, intensifie le regret qu’on a de la disparition d’un homme aussi profondément doué, si bien armé pour produire des œuvres originales. Ce pauvre Nocquet n’aimait pas les critiques, bien qu'il fût le critique le plus intransigeant de ce petit groupe où nous l’avons connu et qui avait Jef Lambeaux pour dieu et pour... président. S'il pouvait entendre les éloges que les journalistes vont faire à présent de ses ouvrages, il serait joyeusement étonné; car il avait foi en son talent, en son avenir, et il oublierait volontiers que, trop ridiculement susceptible, il se laissa aller jadis à écrire des lettres plus que cavalières, voire méchantes, à de francs écrivains qui n'avaient pas salué assez respectueusement, selon lui, les premiers essais de son ébauchoir…
Paul Nocquet avait un tempérament emballé : il était tout feu tout flamme. Dans la causerie, il oubliait fréquemment que les seuls arguments admis en une société polie se manifestent par des paroles; il entrait presque dans la dispute comme dans une arène et, semblant justifier sa structure athlétique, il paraissait défier en champ clos celui que, au cours de la discussion, son fracassant discours n'avait pu convertir à ses théories... Il avait le langage sonore ét volontiers cassant et dédaigneux, se montrait d’une intransigeance orgueilleuse et ne trouvait rien de beau dans l'univers esthétique, hormis les antiques, Michel-Ange... et le Baiser de son maître... Avec cela d’un cœur généreux, d’un esprit clair et affectueux qui, en dépit de ses extravagances de gestes et de mots, lui avaient valu l’estime et l'amitié de ses camarades. Ceux-ci préparent une exposition générale des ouvrages de leur collègue défunt; les quelques morceaux rassemblés dans une des salles du « Sillon » nous procurent un avant-goût de ce régal, car l’exhibition annoncée sera sans conteste pour le publie profane, voire pour beaucoup d’artistes, une surprise considérable.
Rarement, l’art et l’homme se sont aussi étroitement mariés que chez Paul Nocquet; pour ceux qui l’ont connu comme nous, le moindre de ses ouvrages évoque intensément le caractère de celui qui les exécuta, jui y mit le reflet fervent de son caractère et de son ambition. Ilrecherchait les contorsions du corps parce que son esprit se contorsionnait aussi; les violences des poses le requéraient, puisqu'il énonçait des phrases violentes. Sa sculpture est, par conséquent, le reflet de son verbe et de son être : extraordinaire et exaspérée. Son œuvre est fidèle à son tempérament : il sent la force, le coup de poing, l’étreinte énergique et passionnée. Et tout cela fait penser à Michel-Ange et à Pierre Puget, les idoles de Paul Nocquet. Le petit bronze masculin, en une pose torturée et dont le buste est d'une observation si fouillée, résume son talent; c’est coulé sur une esquisse exécutée en vue du concours Godecharle. Plus définitive, et vraiment originale et « vécue » est la Femme qui bâille, dont la pose osée et en dehors de la tradition donne pourtant une si belle impression d’aise et de naturel. La facture est volontaire et néanmoins souple et sans dureté, presque onctueuse en certaines parties.
Le masque de La haine est peut-être d’une expression conventionnelle ; mais, avec intensité, les traits sont accusés en cette tête virulente; Nocquet la modela grandeur véritable quand il participa, voici six années, au concours de Rome, où il se classa troisième, si nous avons bonne mémoire. Les préférences italiennes de l’artiste se lisent dans l’agencement et la facture du petit basrelief de bronze reproduisant un guerrier casqué et armé à la façon ancienne. Certes, l'influence de Ghiberti est en ce morceau indéniable. Toutes ces qualités contribuaient à doter Paul Nocquet d’un caractère exhubérant, véhément, extrêmement expressif, qui est exceptionnel dans notre école aux traits plutôt solides maïs reposées et sans manifestations emportées. À ce point de vue, il est désolant que ce jeune sculpteur impétueux n’ait pu que donner des promesses d’un art fougueux et intensément expressif dans sa plasticité tendue.
Après avoir longtemps cherché, M. Louis Mascré paraît
\WVHITELAW HAMILTON : Harine
SERGE JASTREBZOIE : La dame au chäle
GERMAIX DAVID-NILLET : Le Chouan
la race aux long cheveux que rien ne; peut dompter quand elle à