‹ L'année artistique 1906Chapitre 41 sur 44 · LS · texte numérisé non relu

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quer avec un sens de statuaire. En effet, il transcrit leurs attitudes d’une manière vraiment éloquente. Dans son triptyque des ÀAmes mystiques, et surtout dans cette admirable et récente composition : L'Heure sainte sur le Mont des Oliviers, les figures ont des formes sculpturales, simples, sobrement comprises et parlantes. On devine chez ces péuitentes le poids que l’obsession d’une noble foi met sur leurs épaules et la préoccupation qu’elle distille dans leur cœur. Leurs allures sont hiératiques et la masse sobre de leur silhouette s'accorde avec le style sévère du paysage. La couleur même, forte, truculente, solide, parfois trop fuligineuse, mais estompée par l’atmosphère placide et alanguie, contribue à accentuer le sentiment farouche qui plane sur tout et émane de tout. Ce sentiment règne aussi dans le Pélerinage russe à Jérusalem et dans les Gardiens du Saint-Sépulcre.

De pareils morceaux prouvent que M. Louis-G. Cambier sait se laisser émouvoir et parvient à traduire l’émoi de son âme et la surprise de ses yeux, quand il s’abstrait totalement en son art. Lorsqu'il aura su comprendre plus intimement, pénétrer plusexactementla nature des choses, il sera en possession des qualités sur lesquelles s’échafaudent les œuvres définitives. Car il ne parvient pas encore à suggérer assez vivement la différence absolue qui existe dans la composition des matériaux dont sont construites ses architectures et dont sont faits les êtres qui les animent : la pierre, le bois, le métal; la chair, les soies et les étoffes.. Mille nuances différencient ces choses les unes des autres et modifient mutuellement leur apparence tangible. M. Louis-G. Cambier expose aussi, à côté de ses vues de Palestine, quelques souvenirs de Constantinople et de l'Asie Mineure, notamment plusieurs vives, alertes et spirituelles esquisses, prestement enlevées et toutes baignées de lumière intense, qui nous offrent des aspects vécus, cette fois, impressionnés et suggestifs, de Brousse, de Thérapia et du Bosphore.

Pourtant, lorsqu'il est au loin, parmi les splendeurs alanguies et chaudes du pays dont il s’est fait le poète lyrique et dramatique, M. Louis-G. Cambier a la nostalgie de sa patrie, de sa province et surtout de cette forêt de

Soigne incomparable où il trouva les sujets de ses premières inspirations et qui fut, par conséquent, le berceau de sa personnalité. A peine rentré en Brabant, il regagne ces massifs et y replante son chevalet. Devant les halliers et dans les clairières, il retrouve le large émerveillement qui lui fit exécuter autrefois ses sites sylvestres si décoratifs et si pittoresques. Il nous montre au Cercle maints de ces ouvrages à la manière ancienne et, notamment, un morceau magistral exécuté devant une mare du Bois de la

ambre : Les dernières lueurs, où les eaux dormantes et engrisaillées réfléchissent la théorie en perspective des troncs d'arbres verdis derrière lesquels s’incendie le couchant. Une poésie sauvage pèse sur ce site empoignant, truellé et bâti avec fougue et achevé avec une ivresse emportée.

D'identiques qualités de mise en page, une harmonie dorée et chaude distinguent cette ample page automnale : Etangs de Byfontaine à Sainte-Ode, qui appartient à M. E. Delloye-Orban. Sous le soleil qui décline, les majestueuses frondaisons encadrant le lac tranquille contractent des tonalités rougeoyantes qui corsent les nuances de leur moire somptueuse.

Le jour où en ses interprétations orientales le peintre mettra tout ce qu’il y a de lorce équilibrée, de conscience heureuse, d'observation instinctive, de couleur sentie, d’attirance simple en ce sous-bois sonien et en cet étang ardennais, il sera au premier rang des chantres des pays du soleil ardent.

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