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JULES MERCKAERT : Canal faubourien
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saison inclémente ; il y à une délicate navrance dans son Temps gris à Groenendael, où une gaze poétique semble draper les étangs lointains. Il arrive que Joseph François, après avoir longtemps hanté les taillis et les fondrières, sent le besoin de quitter un instant ces massifs ombrageux et familiers pour gagner des plaines dénudées où rien n'arrête son regard scrutateur. Alors il gagne la Campine, s’y complait des jours, pour revenir derechef, et plus fidèle que jamais, vers cette attrayante Silva Soniae où flotte encore comme l’âme de Jacques d'Arthois…
Cette courte désertion nous vaut des œuvres tout aussi sincères, mais d’une mélancolie intense et d’une désolation profonde. On dirait que leur auteur les empreint de toute la tendresse que, devant les étendues arides, la nostalgie de la forêt distille en son cœur filial.. Et c’est à Genck qu’il va planter son chevalet. Ce pays sablonneux, il le comprend aussi; il en saisit la vastitude énorme et presque insidieuse, l'abandon effarant et les perspectives infinies. Sa facture n’a plus alors à s’appliquer au rendu excessif des détails de frondaisons et de ramures; elle se fait large et solide. Il rend ainsi le style farouche et placide de cette nature septentrionale, le caractère de ses vallonnements, de ses dunes, des plaines violacées par la floraison des bruyères ou déchiquetées par les nappes irrégulières des vennes, où, Comme une coulée de sang, se noient les derniers rayons du soleil. Et une poésie grave pèse sur ces contrées, qui nous attirent et nous parlent. Si dans ses marines Joseph François révèle moins d'émotion, c’est que l'Océan le conquiert avec moins d'intensité, c’est qu’il ne compr'end pas les voix des eaux comme il comprend celles des arbres et des bruyères. Muis il cultive cependant ce domaine avec une sincérité non moins parfaite et une sûreté non moins volontaire.
À LA SALLE BOUTE VIE ET LUMIÈRE o
Lundi 12 février.
Le cercle « Vie et Lumière », désertant les locaux du Musée moderne, vient d'ouvrir sa troisième exposition dans la Salle Boute. « Vie et Lumière » n’a de bruxellois que le nom ; il suffit, pour s’en convaincre, de remarquer que, sur ses onze membres, sept habitent Gand et ses environs, et encore, parmi les autres, en est-il plusieurs qui se consacrent de préférence au paysage flamand. C’est un groupe mixte ; les artistes des deux sexes qui le composent pratiquent un monothéisme absolu : Emile Claus est leur Dieu et presque tous s’en rapprochent plus ou moins par la facture et par la vision. Que l’on prenne un maître, rien de plus plausible ; que ce maître soit un peintre de génie, mieux encore. Maïs que l’on se plaise à conformer sa nature à la sienne, c’est là une erreur, car le désir le plus ardent d’un disciple doit être de se séparer un beau moment le plus radicalement de celui qu’il a pris pour modèle à ses débuts et à l’école duquel il s’est formé. Il faut avoir l’orgueil de tracer un jour aussi son sillage et de graver des ornières neuves dans un chemin nouveau... S'inféoder à n’importe qui, c’est faire abstraction du moindre rêve de personnalité, c’est la meilleure façon de ne jamais rien faire d’original. Ces remarques sont peut-être excessives quand on envisage l'intérêt incontestable de l’exposition actuelle; mais il est bon de le dire, ne serait-ce que pour déterminer ces admirateurs et ces admiratrices fervents du solitaire d’Astene à secouer un joug à la fois délicieux et dangereux et à regarder les choses d’un œil non faussé par un trop radieux mirage.
« Vie et Lumière » compte quatre femmes ; pour ne point rompre avec les règles d’une stricte galanterie, nous examinerons tout d’abord leurs ouvrages à elles. Et il nous