‹ L'ANNÉE ARTISTIQUE (volume 2)Chapitre 101 sur 218 · VENTE COURBET · texte numérisé non relu

VENTE COURBET

26 novembre 1877.

Faite à la requête du directeur des domaines pour remboursement des frais de reconstruction delà colonne Vendôme (320,000 francs), auxquels, on le sait, l'artiste avait été condamné, cette vente ne comprenait qu'une dizaine de toiles de peu de valeur, pour la plupart inachevées, quelques cadres dorés, en un mot les débris qu'il avait çibandonnés dans son atelier en se réfugiant en Suisse. Un certain nombre d'amateurs avaient pourtant été attirés par ces œuvres. Mais les enchères se sont peu élevées et n'ont produit'que la maigre somme de 9,935 fr. Le plus curieux de ces tableaux était le Portrait de Proudkon et de sa famille, morceau très discuté quand il parut, il y a une dizaine d'années, au salon, mais que Courbet avait repris ensuite et modifié dans quelques parties;, en somme, une œuvre intéressante, avec des côtés de premier ordre comme facture, aussi avec de grands défauts. En voyant le philosophe assis dans son jardin et rêvant, tandis que ses enfants jouent autour de lui, on ne pouvait s'empêcher de songer à ce portrait du peintre singulièrement peu flatté tracé par Proudhon à son tour: « Courbet se croit, à l'exemple de ses confrères, un homme universel.il faut en rabattre.... Dans ses généralisations irréfléchies, il croit que tout est changeant, la morale comme l'art ; que la justice, le droit, les principes sociaux sont arbitraires comme ceux de la peinture, et que lui, libre de peindre ce qu'il veut, l'est également de suivre les coutumes, de. s'affranchir des institutions... »

Dans ces lignes aigres-douces, Proudhon traduisait son secret mécontentement pour le portrait qu'avait fait

de lui Partiste. Cette toile, mise à prix 5,000 francs, fut adjugée à 1,500 francs seulement à M. J. Hubert-Debrousse, directeur politique du journal la Presse, Le môme aniateur s'est rendu adjudicataire de la Femme au chat, la toile la plus achevée parmi celles qui se sont vendues, et un des bons tableaux de Courbet. Mise à prix 1,500 francs, et adjugée 1,150. Voici les prix des autres: Cheval et Chien, 2,600 francs, à M. Hecht; Paysage avec figures, 1,100 francs; Dessous de bois, 900 francs ; Anglaises à la fenêtre, 970 francs ; Tête de femme et fleurs, 490 francs ; la Vague, 600 francs ; Portrait de Pierre Dupont, 395 francs ; la Danse, esquisse, 290 francs. Quelques mois après, au commencement d'avril 1878, une des œuvres les plus connues de Courbet, les Demoiselles de village, a passé aussi en vente publique. Ce tableau, qui provenait de la succession Morny, avait été relégué dans une maison de campagne, où il a souffert de l'humidité. Il a été adjugé 5,000 francs.

VENTE MEYERS.

Novembre 1877.

La remarquable collection d'objets d'art du moyen âge et de la Renaissance de feu M. Meyers, lieutenant général en retraite de l'armée belge, a subi les inconvénients de la crise politique au milieu de laquelle elle s'est vendue. Quoiqu'un certain nombre d'objets aient été vivement disputés, elle n'a pas produit tout ce qu'on était en droit d'attendre. Un reliquaire quadrilobé,

formé de quatre plaques cintrées en cuivre champlevé et émaiUé bleu et blanc sur fond doré, les plaques représentant chacune un des quatre évangélistes, s'est vendu 1,720 francs. Parmi les objets les plus curieux, il faut citer une applique en cuivre repoussé et champlevé, représentant un Chevalier armé de toutes pièces et montant un cheval au galop, couvert d'un riche harnachement, adjugée 2,350 francs, à M. Odiot; deux grands panneaux en bois de chêne sculpté, représentant chacun trois personnes debout, avec des costumes et des armes du XV* siècle ; les figures sont placées sous des arceaux gothiques et appartenaient à une suite de panneaux qui reproduisaient l'histoire de Charlemagne et de ses preux ; ces panneaux, travail flamand du xv* siècle, proviennent de l'abbaye de Naarden, et le complément se trouve à Amsterdam; ils ont été adjugés 4,000 fr., à M. Handelaar. Un autre grand panneau, en chêne sculpté, de la même époque, représentant dans sa partie inférieure le Lion néerlandais et un Lion sauvage tenant chacun un écusson, et dans sa partie supérieure deux oiseaux héraldiques, a été vendu 4,000 fr. à M. Handelaar. Il faudrait mentionner aussi les armes singulières, les vitraux, les tapisseries, les émaux rassemblés par le savant collectionneur, qui avait porté principalement son attention sur les monuments de l'art byzantin, dont il aimait les grâces étranges. Nous renverrons les curieux au catalogue rédigé pour sa vente, et dont les descriptions sont très détaillées. Le produit total s'est élevé à 48,261 francs.

VENTE ALFRED SENSIER.

Page 1