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MUSÉE DES ARTS DÉCORATIFS

Le Musée des arts décoratifs dont on a beaucoup parlé cette année et qui a été installé, au mois de juin, dans la partie du palais des Tuileries que l'on nomme Pavillon de Flore, est une œuvre d'initiative privée. Depuis longtemps on avait reconnu en France l'impérieuse nécessité de fournir aux artistes de l'industrie des éléments d'études qui leur manquent pour perfectionner leur éducation. Ces admirables ouvriers qui, par leurs œuvres de céramique ou d'orfèvrerie, leurs meubles ou leurs tissus, soutiennent le renom du goût français et assurent notre supériorité sur les marchés du mondes ne po§sèdent aucun musée spécial où ils puissent étudier, d'une manière complète et dans un ordre logique, les modèles que nous ont légués les maîtres des siècles passés. Vainement quelques esprits éminents ont essayé de démontrer l'intérêt urgent que nous avions à créer un établissement de cette sorte. Le vicomte Delaborde et Mérimée, en des Rapports célèbres, ont voulu nous ouvrir les yeux en nous apprenant les efforts tentés par l'étranger pour ravir à la France cette primauté de goût dans les industries relevant de l'art qui sont une source énorme de richesse. On ne les écouta pas. L'Angleterre fonda le South Kemington Muséum; d'autres pays établirent également des musées industriels ; partout on rivalisa de zèle, et l'Exposition universelle a prouvé à quel niveau du progrès certains

pays sont parvenus. Chez nous on ne s'alarma pas de ces progrès ; c'est une habitude, paraît-il, de ne croire aux défaites possibles que quand il n'est plus temps.

L'Union centrale des beaux-arts appliqués à l'industrie, composée d'hommes clairvoyants et supérieurs, comprit, il y a quinze ans, le danger qui menaçait nos industries nationales. Elle établit des concours entre les ouvriers et organisa des expositions dans lesquelles elle développa l'histoire du mobilier, du costume, etc., en y faisant figurer les chefs-d'œuvre des arts somptuaires.

Enfin une revue bien connue aujourd'hui, l'Art, dirigée avec une grande autorité par M. Eugène Véron, prenant énergiquement en main cette cause patriotique, s'arrêta à un parti éminemment pratique : elle ouvrit dans ses colonnes une souscription « pour la création d'un South Kensington Muséum français* » et s'inscrivit généreusement en tête de la liste. Nous avions l'honneur, à cette époque, d'être le secrétaire de la rédaction de l'Art et nous avons assisté aux laborieux efforts de nos confrères et maîtres qui, avec une activité infatigable et malgré mille obstacles, poursuivirent l'entreprise. Il n'est pas besoin d'en raconter ici les diverses péripéties. Un comité directeur se constitua, sous la présidence d'honneur du duc d'Audiffret-Pasquier et sous la présidence effective de M. le duc de Chaulnes; après de longs mois de négociations, on obtint du gouvernement la jouissance du Pavillon de Flore pour y installer le nou-

It Voy. dans VArt, n° du 19 août 1876, FaHicle qui, en annonçant rouverture de la souscription, fixait le premier plan de la fondation qui est réalisée aujourd'hui.

veau musée. Voici les noms des trente membres composant le comité directeur au mois d'août 1878 :

BIM. GHAULNES (le duc db), Président.

GANAY (le vicomte de), Vice-Président,

GHAMPEAUX (db), sous-chef du bureau des Beaux-Arts i la

préfecture de la Seine, Secrétaire.

TARDIEU, rédacteur en chef de l'Art, Secrétaire,

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