‹ L'ANNÉE ARTISTIQUE (volume 2)Chapitre 145 sur 218 · Voy. page · texte numérisé non relu

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tion universelle se sont disputé aux enchères les pièces, dont quelques-unes portaient la marque des plus grands décorateurs italiens : Giorgi Andreoli, Orozio Fontana, Francesco Xanto, Giail Paolo, Savino, Carlo Antonio Grue!

Cette vente nous a entraînés bien loin de Rome. Nous y revenons pour signaler une excellente mesure prise par le nouveau pape Léon XIII. Les touristes qui ont visité 'le Vatican pendant ces dernières années ont pu y admirer les admirables tapisseries de Raphaël qui avaient été groupées et exposées. Ces splendides tentures ne sont pas les seules que possédée le souverain pontife. Sur les murs de pièces écartées, dans Pombre des . garde-robes, dormaient depuis des siècles des tapisseries d'un prix inestimable : tapisseries flamandes du xiv» et du xv* siècle, tapisseries de Raphaël, sauvées du sac de 1527, tapisseries des Gobelins. En ce qui concerne ces dernières, il n'est pas inutile de rappeler que la cour de France se fit pendant longtemps une loi de témoigner sa particulière sympathie pour la cour de Rome par des cadeaux diplomatiques annuels, parmi lesquels se trouvaient les plus belles tapisseries de la manufacture royale des Gobelins. Léon XIII a pensé qu'il ne fallait pas laisser plus longtemps dans Foubli et dans Pobscurité des pièces aussi précieuses. Il a décidé en conséquence que toutes les tapisseries du Vatican seraient réunies et disposées dans une suite de salles, selon Tordre chronologique et les écoles. On ne peut qu'applaudir à ce projet, qui aura pour résultat la création d'un musée merveilleux.

On a beaucoup parlé, pendant l'année, d'un caprice artistique d'un grand seigneur. Le prince Demidoflf, dé-

sirant offrir à sa femme, la princesse Hélène, un cadeau qui fût digne d'elle et digne de lui, a eu l'idée ingénieuse de composer une collection d'éyentails unique aii monde. Un peintre miniaturiste de talent, M. Prosdocimi, Vénitien d'origine, mais habitant Florence, a été chargé par lui de reproduire sur chaque éventail l'un des chefsd'œuvre de la galerie de San Donato. Il s'est acquitté, paraît-il, de sa tâche avec un rare bonheur et il a traduit, sans les trahir, les tableaux des grands maîtres flamands et hollandais. La princesse Hélène possède maintenant un duplicata de la splendide galerie de San Donato, doublement précieux à ses yeux, car il témoigne à la fois de l'amour et du bon goût de son mari.

Pour compléter cette revue sommaire de l'année artistique, nous voudrions pouvoir citer toutes les publications artistiques faites en Italie ; mais ce dénombrement dépasserait les limites qui nous sont fixées. Nous nous bornerons donc à rendre hommage aux écrivains et aux éditeurs d'art de ce pays, qui, à côté de très belles publications spéciales, nous donnent des journaux périodiques habileiùent dirigés, aussi bien écrits que bien pensés, et par cela même fort utiles à. la cause de l'art. Telle est, par exemple, la Nuova Antologia, qui paraissait autrefois tous les mois et qui, depuis l'année 1878, parait toutes les quinzaines. Tel est aussi : il Raffàéllo, qui a pour rédacteur en chef M. le comte Pompeo Gherardi, président de l'Académie royale des Beaux-Arts d'Urbino. Tel est enfin il Buonarroti, qui est dirigé avec esprit et talent par M. Enrico Narducci. La publication hebdomadaire illustrée de MM. Trêves, de Milan, mérite encore d'être citée pour la beauté de ses gravures.

ESPAGNE

Académie royale de San Fernando. — Bourses accordées aux jeunes artistes. — Institutions des expositions. — Projet d'établissement d'un musée exclusivement national. — Le Salon de Madrid.

Le gouyernement espagnol protège les arts et les artistes en développant autant que possible les établissements de haut enseignement. Le principal centre dq rinstruction artistique en Espagne est l'Académie royale de San Fernando, fondée à Madrid en 1752 et réorganisée par des dispositions récentes. Elle a pour objet d'encourager l'étude de la peinture, de la sculpture, de l'architecture et de la musique. A la même académie se rattache la commission permanente des monuments artistiques, qui se relie elle-même à des comités provinciaux.

Il existe en outre en Espagne un grand nombre de sociétés artistiques parmi lesquelles nous citerons : à Madrid, la société del Fomento de las artes ; dans la province d'Alava, l'Ateneo de Victoria; dans la province de Cadix, l'Académie provinciale des Beaux-Arts ; le Liceo artistico literario de Malaga ; l'École des Beaux-Arts de Séville et la. Société archéologique de Valence.

Un des moyens employés pour la diffusion de l'art consiste dans la concession de pensions accordées à des jeunes gens, ayant fait leurs études. Ces boursiers sont envoyés à l'étranger pour se perfectionner. D'autre part, des expositions publiques périodiques sont organisées et offrent aux artistes qui s'y font remarquer l'attrait des

récompenses honorifiques et des commandes ou achats de PÉtat. C'est en 1856 que le système des expositions a comfmencé à fonctionner en Espagne et depuis le gouvernement a fait d'importantes acquisitions à ces Salons, dans le But, fort louable, de fonder un musée purement national.

Une de ces expositions s'est tenue à Madrid au commencement de l'année. Le roi d'Espagne, accompagné de la reine, des princes et des ambassadeurs spéciaux envoyés pour assister aux cérémonies de son mariage, a inauguré officiellement, le 27 janvier 1878, l'exposition des beaux-arts, qui a été ouverte le lendemain au public. L'Espagne compte beaucoup d'artistes éminents bien connus des amateurs de Londres et de Paris, mais ils n'avaient rien envoyé à cette exposition ; ainsi, on ne voyait figurer sur le catalogue ni Madrazo, ni Palmaroni, ni Domingo, ni Rico. Cependant cette exposition n'en présentait pas moins un certain nombre de morceaux qui font honneur à l'école espagnole. Le total des peintures, sculptures et dessins d'architecture était de 511, dont 404 appartenant à la peinture. Un fait extraordinaire est à noter, c'est l'absence presque totale des portraits, j'entends des bons portraits, qui remplissent nos expositions annuelles de France et d'Angleterre; les compositions historiques délaissées à Paris et. à Londres abondaient au contraire au Salon de Madrid, et quelquesunes étaient réellement dignes d'attention. La meilleure œuvre du Salon était l'œuvre de F. Pradilla, pensionnaire à Rome du gouvernement espagnol. Ce tableau représente la reine Jeanne la Folle (la mère de Charles-Quint), .à son voyage de Miraflores à Grenade, où elle transporte

le corps de son époux, Tarchiduc d'Autriche Philippe le Beau, voyage raconté dans les lettres de Pierre de Angleria. La reine, suivie d'un nombreux cortège portant des torches, voyageait de nuit, et au lever du soleil elle déposait le corps de son époux dans les églises de la route. Les ordres les plus stricts étaient donnés de ne laisser alors pénétrer dans l'église aucune femme. Sur la route de Torquemada à Hormillas, elle donna l'ordre de porter la bière dans un couvent de frères, à ce qu'elle croyait. Il se trouva que c'était au couvent des religieuses. Aussitôt elle insista pour que le cercueil fût enlevé sur-le-champ, et demeurât en dehors tout le temps des prières d'usages dites sur le corps, et cela par une journée cruelle d'hiver. Tel est le sujet choisi par M. Pradilla. C'est une œuvre intéressante; composition, couleur, tout est excellent et exécuté avec une sobriété de lignes et d'accessoires éminemment dramatique. Jeanne debout, a les regards attachés sur le cercueil de l'époux qu'elle pleure, — très belle étudede c ( i;lcu — elle ne remarque même pas l'indijBférence des gens de sa suite dont les uns prient, les autres causent ou sont accroupis autour d'un feu sur le premier plan. La fumée qui enveloppe quelques-unes des figures des femmes ajoute à l'eflfet poétique ; le paysage d'hiver dans la stérile Castilleavec son ciel troublé par les vents est admirablement rendu ;on sait, du reste, qu'après avoir obtenu un très réel succès à Madrid, le tableau de M, Pradilla, exposé au palais du Champ de Mars, a été jugé digne d'une médaille d'honneur S

1. Voy. chapitre m de |*Exposition unirerselle, pages 222-29i.

Un autre tableau fort remarqué a été celui des Obshques de saint Sébastien, ]^ar M. Ferrant, natif de Madrid et pensionnaire à Rome du gouvernement espagnol. Le moment choisi par Fartiste est celui où Lucina, matrone romaine, fait tirer du grand égout (doaca maxima) le corps du saint, qui y avait été précipité après son martyre selon les ordres de l'empereur Maximien. Le groupe d'hommes qui soutient le corps est parfaitement dessiné. Le soleil tombant sur les degrés jette d'en haut sa lumière sur les personnages. Le fini général du tableau rappelle les œuvres de Gleyre. Un autre tableau de très grande dimension, par M. Gasto Plasencia, est digne aussi d'une mentpn spéciale. Le sujet est emprunté à VHistoire de Rome du doyen Liddell. Il représente Collatin, Lucretius et Valerius montrant au peuple le corps de Lucrèce dans le forum. Les guerriers romains sont bien vivants; la perspective est bonne; l'atmosphère transparente ; seulement, — et c'est là le défaut du tableau, — le dessin de certaines figures est trop négligé et dépare l'ensemble; en outre, la couleur est terriblement terne ^t grise. La qualité de ces trois tableaux, c'est l'usage modéré des accessoires archéologiques si constamment prodigués dans les œuvres de notre époque. Un grand tableau par M. Gubello, représentant U Éducation du prince don Juan, ' fils de Ferdinand et d'Isabelle, est précisément entaché de ce dernier défaut : trop de détails de costume et d'ameublement.

Les tableaux de genre se trouvaient en grand nombre à l'exposition, mais il n'y en avait pas de premier ordre. La plupart représentaient de ces éternelles figures d'hommes et de femmes du siècle dernier, à la manière

de Meissonîer et de Fortuny, mais sans aucune trace de rhabileté et du sentiment de ces maîtres. H* Angel Lizcano avait envoyé un bon tableau représentant le triste spectacle de la 3Iort dun toréador, tué en combattant un taurçau* Philippe II et la reine Marie dînant a Hampton Court, par M. Escosura, est une bonne peinture. Aux armes ! par M. Peyro a plutôt Tair d'une petite miniature que d'un tableau. D'autres toiles de MM. Gessa, Rincon, Santa-Gruz, Ferez, Rubio et Fernandiz étaient aussi dignes d'attirer les regards.

M. Gonzalvo avait exposé de jolis intérieurs de cathédrales, de Venise, de Saragosse et d'Avila. Ses études d'architecture des rues, si originale en Espagne, sont particulièrement à recommander.

Le nombre des paysages était fort mince. Le meilleur a paru être de M. Carlos Haes. Citons ensuite une Scène d'hiver excellente de M. Carta, jeune artiste qui promet. MM. Sala, Frances, Vayreda et Almaran avaient aussi envoyé d'estimables productions du même genre. Quant aux meilleurs tableaux de fleurs et d'animaux, ils ont été exposés par MM. Gimenes, de Fernandez et de Solaz.

L'œuvre la plus remarquable dans la section de sculpture était un beau modèle en plâtre par M. Bellnez, un habile artiste, représentant la Chute de J Ange (Milton, Paradis perdu, chant P') ; ensuite venaient un groupe de M. 0ms, le Premier Pas, et un certain nombre de bustes et de modèles en marbre et en terre cuite bien exécutés par MM. Benliure, San Martin et Tantandini.

Les admirateurs de Goya pouvaient trouver aussi à cette exposition les séries d'esquisses qui décoraient sa maison de Madrid ; on a pu du reste les apprécier à

TExposition universelle de Paris, où elles ont figuré dans la section étrangère de Tart rétrospectif.

LES MUSÉES. — Le nouveau Musée de l'Escurial. Publications artistiques.

L'Espagne est extrêmement riche en objets d'art de toute sorte. Où que l'on aille, dans ses anciennes provinces, on trouve des éléments d'études d'un vif intérêt. Les traces de la civilisation mauresque et les œuvres des grandes écoles espagnoles vous arrêtent à chaque pas. Les vieux palais, les mosquées anciennes, les cathédrales, sont remplies de pièces extrêmement curieuses qui constituent autant de modèles pour les générations modernes.

Comme la plupart des pays, l'Espagne a entrepris de centraliser ses trésors d'art disséminés. Dès 1819, elle a fondé un musée de peinture dans le grandiose édifice construit par le célèbre architecte Villanueva, sur l'ordre de Charles III et primitivement destiné à l'installation d'un cabinet des sciences 'naturelles. Parmi les établissements du même ordre, il convient de citer le Musée archéologique national, inauguré en 1870, celui de l'Alhambra de Grenade et celui de Saragosse ; le Musée artistique et archéologique de Huesca et le Musée historique et artistique de Burgos ; enfin, au mois de juillet de 1878, un décret royal a décidé que l'Escurial serait transformé en musée de peinture.

Parmi les grandes publications artistiques faites par

le gouvernement espagnol, il en est une qui mérite d'être signalée, c'est le livre : Cartas de Indias, composé sous la haute direction de M. le comte de Torreno, ministre de l'instruction publique. Cet envoi comprend les lettres de Christophe Colomb, d'Amerigo Vespucci, etc. Il est illustré de gravures très intéressantes sur les costumes, les mœurs et les arts des populations autochtones conquises par les Espagnols.

La Monographie de la cathédrale dVrvîeto par MM. Benon, Rezanol et Krakan doit prendre place parmi les meilleurs ouvrages d'archéologie. La presse artistique espagnole se distingue par le soin et le goût de ses gravures. La Academia, la Illustracion Espaûola y Americana, leMuseo Balear, IdcRevista del Atèneo scientifico , literario y artistico de Guadalajara et un grand nombre de périodiques tiennent en haleine la curiosité du public pour tout ce qui concerne les beaux-arts.

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