NÉCROLOGIE
ANTIGNA (Jean-Pierre-Alexandre), peintre français, mort à Paris le 27 février 1878.
Il était né en 1818, à Orléans, où il commença ses études de peinture ^vec le professeur de dessin du collège. Celui-ci, homme de goût, voyant dans son élève une vocation sérieuse et des dispositions réelles, l'envoya à Paris. Il entra d'abord dans Tatelier de M. Norblin, puis dans celui de Paul Delaroche, où il resta sept années, de 1836 à 1843. Dès le Salon de 1841, il débutait par quelques peintures religieuses qui n'eurent aucun succès. S'il faut en croire le Dictionnaire Vapereau, un petit pamphlet qui vers 1845 fit quelque bruit, l'Art de devenir député, ministre, etc., détermina sa voie. Antigna laissa de côté les madones, les saints et les chemins de croix pour peindre la Pauvre Famille, composition d'un réalisme simple et tragique qui eut beaucoup de succès. Depuis lors, Antigna se confina presque exclusivement dans cette sorte de peinture dont il se fit une spécialité et dans laquelle il montra des qualités particulières de franchise robuste et de poésie amère. La toile
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qui est considérée comme sa meilleure œuvre est Vlncendie (1850) achetée pour le musée du Luxembourg.
Appréciant les seize tableaux qu'Antigna avait envoyés en 1855 à TExposition universelle, Théophile Gautier disait : « M. Antigna répète peut-être avec trop de facilité des motifs analogues et habille en tableau de simples études. Il appartient à Técole rustique, et sa peinture épaisse, solide, un peu lourde, convient bien au sujet qu'il traite. Il ne cherche pas systématiquement la laideur comme M. Courbet, mais il ne la fuit pas lorsqu'il la rencontre; la nature sans choix lui suffit, et il la rend avec conscience et sincérité : Part est si multiple qu'on peut l'accepter dans ces conditions... Par malheur, M. Antigna ne peut verser que la grise lumière du nord sur les misères de ses personnages, et les tons de suie et de terre glaise qu'il affectionne finissent par attrister l'œil. [La Ronde d'enfants, plus égayée et plus lumineuse de couleur, n'est pas dépourvue d'une certaine grâce campagnarde, et montre que l'artiste est capable d'autre chose que de peindre des mansardes nues, sinistres , et froides. Ulncendie a des qualités robustes que nous avons déjà appréciées; IHiver, VÈtè,la Pluie, la Gamelle, le Vieux pêcheur de truites de Roy an sont de bonnes toiles; la Halte forcée, dont la couleur terne et désagréable diminue l'eflFet, est une des meilleures compositions de M. Antigna. »
Plusieurs musées de province, celui d'Avignon, celui d'Orléans possèdent des tableaux d'Antigna, qui a exécuté, d'autre part, d'assez bons portraits, ainsi qu'une vaste et froide composition officielle : FEmpereur visitant les ouvriers ardoisiers d'Angers pendant l'inondation de d856.
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Cet artiste avait été nommé chevalier de la Légion d'honneur en 1855 à la suite de l'Exposition universelle. On trouvera dans le chapitre de l'Hôtel Drouot quelques détails concernant la vente des tableaux qui restaient dans son atelier ^
BARUZZI (GmciNNATo), sculpteur italien, mort à Bologne le 9 février 1878. Baruzzi était élève de Ganova, et si la fécondité assurait l'immortalité, il pourrait faire concurrence à son [maître devant la postérité. Les principales œuvres de cet artiste sont dispersées dans quelques musées de l'Europe. Ce sont pour la plupart des imitations de l'antique, des figures inspirées de la mythologie, des Vénus, etc. Baru2rzi a joui de son talent, et sa fortune lui permit de recueillir une collection remarquable de chefs-d'œuvre de tableaux de maîtres et de statues antiques, dont il remplit la villa princière qu'il s'était fait bâtir à Bologne.
BONOMI (Joseph), dessinateur italien, mort à Londres (Winbledon Park) le 3 mars 1878 à l'âge de 82 ans. Son père était architecte de Saint-Pierre de Rome, mais, sollicité par James et Robert Adams, architectes anglais, il se décida à passer en Angleterre, y constriiisit quelques édifices qui parlent encore de lui, et fut grandement apprécié, car Reynolds donna sa démission de président de l'Académie Royale de Londres pour protester contre le refus de ce corps d'admettre dans son sein l'hôte italien.
Ce fut en 1796 que Bonomi le père s'expatria ainsi, précisément l'année de la naissance (9 octobre) de son
i. Voy. page 337.
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fils. L'enfance de Joseph Bonomi se passa au milieu des artistes, et c'est dans leur société, — le fait mérite d'être noté, — qu'il prit cet amour passionné de la science qui fit de lui un dessinateur hors ligne par l'exactitude érudite et la précision rigoureuse.
Bonomi çntra de bonne heure à l'école de l'académie et y obtint des prix comme dessinateur d'après l'antique et modeleur, ce qui fit qu'il passa de là dans l'atelier de Nollekens, le sculpteur. Il ne devait pourtant pas devenir un statuaire. Un officier de marine, M. Robert Hay, grand égyptologue (dont la collection a depuis été achetée presque tout entière par le Musée britannique),
l'entraîna en Egypte. L'artiste était alors à Rome, où il
était allé en 1823, et où il s'était lié avec le célèbre sculpteur anglais Gibson. Il s'embarqua avec enthousiasme pour le pays des pharaons et y deriieura, huit ans, étudiant, dessinant des hiéroglyphes avec d'autres Anglais, comme lui catéchumènes de la science.
D'Egypte il passa en 1833 dans la Palestine et fut l'un des premiers qui réussit à visiter la mosquée d'Omar à Jérusalem, lieu saint interdit aux non croyants par une vigilance fanatique. Le dessin qu'il fit de cette mosquée est le premier qui la représente, dit-on, exactement, et cette fidélité même a servi à démontrer que la prétendue mosquée d'Omar n'était que l'église du Saint - Sépulcre de l'empereur Justinien. Bonomi parcourut tout le pays du mont Sinaï aux ruines de Palmyre. De retour en Angleterre en 1838, il fut accueilli par tout ce qui s'occupait de l'Egypte : sir Gardner Wilkinson s'empara de ce crayon si habile pour son grand ouvtage sur les Égyptiens; le DrBirch, du Musée
britannique, lit de lui un de ses confidents et coopérâteurs pour ses savants travaux, et il était devenu tellement rhonune de l'hiéroglyphe qu'en 1842, la grande expédition de Lepsius, défrayée par le roi de Prusse, vient le chercher jusqu'en Angleterre pour remmener de nouveau en Egypte. Il passa deux ans encore sur les bords du Nil, s'occupant à tracer des hiéroglyphes ad hoc sur l'entrée nord de la grande pyramide de Gizeh. Ces hiéroglyphes furent dessinés et gravés en creui de la main de Bonomi. C'était en 1844.
De retour en Angleterre, Bonomi fit des dessins pour un panorama de l'Egypte exécuté par Warren et Fahey, exposé à Londres avec le plus grand succès. En 1853, il aida Owen Jones à faire revivre au palais de Cristal les temples de l'Egypte antique. Bonomi savait son Egypte par cœur.. Enfin en 1861 il fut nommé conservateur du musée de sir John Soane à Londres et cette fonction l'occupa jusqu'à son dernier jour. Outre la prodigieuse quantité de dessins exécutés pour la science et ses amis, Bonomi a fait paraître pour son propre compte quelques publications, notamment iNinive et ses palais, et un petit livre fort instructif de la part d'un tel dessinateur : Proportions de l'homme. On peut dire de Bonomi que, savant consommé, il sut exprimer par son art ce que nul autre n'avait su dire avant lui : son crayon fut un instrument de précision admiré de tous les égyptologues de son temps.
BOUGH (Sam), peintre paysagiste écossais, mort à Edimbourg le 19 novembre 1878. Né de parents très pauvres en 1822 à Garlislc, il commença l'existence au milieu des plus grande» difficultés ; mais son énergie de
caractère et les qualités réelles de son esprit en triomphèrent. C'est après avoir commencé par peindre des décors pour les petits théâtres des endroits où sa vie bohémienne Tentraînait qu'il arriva à trouver sa vocation réelle. Bough fit d'abord de la peinture à l'huile avec un certain succès, et l'on cite de cette époque quelques bons morceaux de lui, puis il finit par acquérir une grande réputation comme aquarelliste. Il réussit si bien en ce genre que dans ces dernières années ses aquarelles furent vendues des prix fort élevés. Nommé associé de l'Académie royale d'Edimbourg en 1857, il devint définitivement académicien en 1875.
C'était un artiste d'un talent original rappelant les procédés du célèbre Constable: manière large, énergique, sens profondément juste de la nature, hardiesse n'excluant pas le fini, tels sont les principaux caractères de ses œuvres. Souvent d'un chaos plein de vie, mais insaisissable, sortait un paysage d'une exécution pleine de vérité.
Ceux qui ont connu Sam Bough savent que son caractère avait gardé la trace de son éducation. Mais les qualités de son esprit rendaient son commerce extrêmement agréable. Bizarre dans la société, attachant dans l'intimité, sa conversation était d'une abondance qui annonçait des lectures étendues et une grande connaissance du monde. Il avait un talent tout particulier pour conter, mêlant les créations de son imagination à la vérité, au point de ne pas permettre de distinguer le faux du vrai. Il jouait du violon, chantait avec sentiment, remplissait très bien son rôle dans un théâtre improvisé. En résumé, quoiqu'il ne se soit pas élevé très haut, il .
possédait d'étonnantes ressources d'esprit et connaissait sa propre valeur, « J'ai vu, dit M. Stevenson \ une de ses aquarelles, un Promontoire au dair de la lune par m temps de tempête; le désordre de l'atmosphère, le mélange de ténèbres et de clarté, la pluie, tout est rendu avec une remarquable force de vérité. Elle était destinée à faire pendant à un Turner ; comme on lui en faisait des éloges : « Eh ! mon garçon, répondit-il, il fallait ne pas avoir l'air d'un sot à côté du vieux bonhomme. »
Le trait est typique et peut donner la note du caractère de l'artiste.
BRAUN (Adolphe), photographe français, mort en janvier 1878. Il était né en Alsace, à Dornach, dans cette ville où il fonda, il y a trente ans, l'établissement connu aujourd'hui du monde entier et d'où sortent les merveilleuses reproductions photographiques des plus belles œuvres des musées de l'Europe. Plus de cent ouvriers travaillent du matin au soir à tirer les épreuves de quatre-vingt mille clichés emmagasinés dans cette maison mère. C'est la vapeur qui fait mouvoir les machines et qui permet d'obtenir avec une rapidité prodigieuse ces tirages à l'encre grasse qui maintenant traduisent avec une fidélité scrupuleuse les œuvres de la peinture et du crayon.
Adolphe Braun commença à appliquer sa découverte, — qui n'est qu'un perfectionnement du procédé de tirage au charbon inventé par Poitevin, — à reproduire dans la perfection les curiosités de la nature, notamment des fleurs, qu'il trouvait le moyen de colorier en