NÉCROLOGIE. — CRUIKSHANK
solidité et de la largeur, son principal mérite est d'avoir introduit dans la caricature anglaise une intention sérieuse et un réalisme tragique. Il abandonna les habitudes brutales de ses devanciers ; il éleva son art, et, dans ses mains, la caricature cessa de n'être qu'une arme de polémique pour devenir un moyen d'éducation, un instrument de morale. Dans une de ses plus ingénieuses vignettes, il a représenté un joyeux compagnon dont le nez en forme de bouteille est la fin d'un flacon de Champagne, dont les yeux munis de lunettes sont deux verres de vin, dont la tête est un bol de punch renversé, dont la queue de cheveux est un tire-bouchon, dont tout Pair est îndescriptiblement stupide, ivre, imbécile et bon. Dans une autre, destinée à ridiculiser notre rage moderne pour le développement trop précoce de rintelligence et de l'éducation, il montre un enfant très maigre, avec un énorme cerveau, qui expose à sa grand mère une simple opération de physique pratique : a Vous voyez, grand'mère, lui dît-il, avant de sucer cet œuf, ou, plus proprement parlant, avant d'extraire par la succion la matière contenue dans cette coquille, il faut faire une incision au sommet, et une ouverture correspondante à la base. )> Gruikshank est tout entier dans ces deux caricatures. On peut blâmer ces exagérations de détails ; un Français qui veut qu'une scène de tiaœurs soit comme un trait d'esprit, jaillissant, clair et vif, trouvera sans doute que dans de telles œuvres une trop visible préoccupation philosophique alourdit l'intention et obscurcit la pensée ; mais le talent que révèle l'artiste n'en est pas moins admirable et le progrès du genre indiscutable. »
50e L'ANNÉE ARTISTIQUE.
Dans ces dernières années, depuis 1866, le grand ca^ ricaturiste, après une carrière extraordinairement laborieu3e et honorable en était réduit, ainsi que Ta remarqué the Athenœum à vivre avec la modeste pension de 50 livrés (1,250 francs), que la Royal Academy lui allouait sur le revenu du legs Turner. Il fut obligé de se séparer de la grande collection qu'il avait réunie des œuvres fle toute sa vie: celles-ci ont été acquises en 1876 par le Wesminster-Aquarium .
DANTAN (Antoine-Laurent), 'sculpteur français, mort à Saint-Gloud, le 25 mai 1878. Il était né Je 8 décembre 1798. Son père, sculpteur sur bois d'un certain mérite, lui donna les premières leçons de Part auquel la naissance semblait le prédestiner, et renvoya jeune encore à rÉcole des Beaux-Arts de Paris, où il suivit brillamment son cours d'étude. Il devint bientôt élève de Bosio, qu'on appelait alors le « Canova français », et auprès duquel il puisa le goût de l'art antique, disciplinant sa verve et amortissant la fougue de son tempérament. Quoiqu'il se distinguât par son ardeur et son obéissance aux principes du maître, ce ne fut qu'à trente ans qu'il put obtenir le grand prix de Bome : le sujet du concours était la Mort (f Hercule sur le mont Œta. Mais, depuis plusieurs années déjà, sa jeune impatience l'avait fait courir au devant des suffrages du public, et sa .figure allégorique de rAsie, envoyée au -Salon de 1824, lui avait obtenu une deuxième médaille. A Bome, Dantan fortifia encore dans le commerce assidu- des maîtres anciens son enthousiasme pour la forme classique de l'art grec, et l'on cite parmi les œuvres qu'il envoya de la villa Médicis une excellente copie de VAmour de Praxitèle, une des meil-