‹ L'ANNÉE ARTISTIQUE (volume 2)Chapitre 155 sur 218 · NÉCROLOGIE. — DAUBIGNY · texte numérisé non relu

NÉCROLOGIE. — DAUBIGNY

et des tableaux-pendules. Il se suffisait 4éjà à lui-même deux ans après, et faisait des panneaux de décoration, des ornements courants dans les salles du musée de Versailles. On a raconté comihent, avec son ami Magnan, il fit le voyage d'Italie. Dans la mansarde qu'ils habitaient en commun, ils creusèrent une tirelire en pleine muraille, y jetèrent sou à sou leurs économies, et, lorsqu'ils l'éventrèrent, se virent en possession de quatorze cents francs I Ils partirent à pied, visitèrent Florence, Naples, Rome, et vécurent onze mois avec leur petit capital.

Revenu à Paris en 1836, Daubigny resta quelque temps, pour se créer des ressources, dans les ateliers de restauration du Louvre, dirigés par Granet, puis il s'associa avec quelques jeunes artistes aussi pauvres que lui, mais dévorés d'une égale ambition. C'étaient Steinheil, l'habile peintre pour vitraux, Geoffroy-Dechaume, le savant sculpteur-archéologue, et Trimolet.

Ils fixèrent leur phalanstère artistique rue des Amandiers, dans une maisonnette agréablement plantée au milieu d'un potager. La caisse comme la table était commune. Pour mieux diviser les frais d'entretien, on convint que chaque année un seul membre de l'association exposerait une œuvre au Salon et que la dépense serait supportée par tous. Lorsque vint le tour de Daubigny, en 1840, il exécuta un Saint Jérôme dans le désert, terrible amoncellement de rochers à la Salvator. Il ne cessa presque pas depuis lors d'exposer plusieurs ouvrages à chaque Salon.

Vers cette époque, il fut pris de l'envie de retourner en Italie. Pour satisfaire à ce désir sans nuire à l'association, il prit un parti ingénieux qui était de concourir pour

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le prix de Rome : il fut reçu le troisième dans le concours d'esquives. Ce n'était déjà plus à ce moment le peintre des tableaux-pendules et il pouvait, comme un autre, « poser une fabrique dans un paysage inanimé et faire courir une Tégétation jaune d'ocre sur des roches héroïques ». Par bonheur le dénoûment fut assez inattendu. Il oublia complètement de se rendre à l'école la veille de l'entrée en loge, c'est-à-dire le jour où l'on dicte le sujet aux logistes. On le fit chercher dans tout Paris ; mais il déjeunait à Vincennes avecrson ami Feuchères. Il perdit ainsi sa place au concours et l'espoir du laurier académique. « La Providence a queilquefois de l'esprit », dit M. Castagnary*. Charles Daubigny se contenta alors de la campagne des environs de Paris et il s'aperçut un beau jour qu'il laissait dormir en lui une qualité souveraine : l'émotion. Il ne pensa plus alors à Rome et à l'Italie. Ses vrais succès datent de 1848 et surtout de 1850-1851. Jusqu'à ce moment il avait été apprécié par les amateurs seulement comme aquafortiste, et l'on avait remarqué notaminent une eau-forte, Coup de vent par un temps dorage^ d'un eflfet énergique et d'une grande hardiesse d'exécution. Rientôt le succès arriva, et Daubigny n'eut plus besoin, pour subvenir aux besoins de sa famille» de recourir aux illustrations et aux travaux des éditeurs ; on se disputait ses tableaux. « La Vue prise à Op^ tevoz» à la touche vive et spirituelle, dit M. Ph. Rurty*, au ton gris et frais, à l'allure agreste et vraie, marquèrent en lui un maître qui allait entraîner à sa suite toute une portion de la jeune génération. Nous ne pou-

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