NÉCROLOGIE. — DAUBIGNY
Tons que renvoyer notre lecteur à Texcellente composition, VEcluse dam la vallée d'Optevoz (Salon de 1855), qui est actuellement au Musée du Luxembourg. C^est une note parfaite. La simplicité du motif, la limpidité de cette eau dormante, Tharmonie des pentes gazonnées, le mouvement des nuages placent cette toile, peinte avec une application, un soin, que M. Daubigny ne conserva pas toujours, à côté des morceauxles plus justenient appréciés dans rœuvre des paysagistes hollandais ou flamands. Pour nous, c'est l'heure exquise dans l'œuvre du maître. »
Nommé officier de la Légion d'honneur en 1874, Daubigny n'était pas encore membre de l'Institut. Cette remarque a conduit à celle-ci : que Corot, la gloire du paysage français, et Théodore Rousseau, le maître puissant, l'auteur de VAUée de châtaigniers, et Millet, le peintre âpre et sévère de la nature vraie, et Diaz, le dieu de la lumière, ni Paul Huet, le savant et profond maître des prés et des bois, ni Troyon le grand animalier ; enfin, presque tous les grands noms de la peinture contemporaine n'ont point fait partie de l'Institut. Charles Daubigny n'était pas d'ailleurs un homme d'intrigues ; il était peu mondain, et on, le tirait difficilement de son atelier, situé en haut de 4a rue Notre-Dame de Lofette et encombré de centaines d'études et d'objets d'art de toutes sortes. De taille moyenne, la figure maigre et basanée, les cheveux de bonne heure argentés, il avait en lui une certaine mélancolie orientale. Mais, quand la saison était venue de vêtir le sarrau et le chapeau de paille pour aller peindre à la campagne, il n'était plus le même ; le ciel, les arbres, l'eau, la verdure étaient pour lui comme des exci-
tants. Il se grisait de plein air; la pipe à* la bouche et crotté par la glaise des berges ou la yase des étangs, il passait la moitié de ses journées dans un bateau, le j5otin^ qui, dans Thistoire de Part au xix* siècle, sera quelque chose comme cette Maison du Berger, chantée par Alfred de Vigny. « C'est sur le pont de ce petit bateau que le maître, en compagnie de son fils Karl, remontait chaque année le cours de l'Oise, de Conflans jusqu'à Pont-de-l'Arche, attentif au moindre effet, et prompt à en saisir les données pittoresques*. » Il était amarré à Auvers, non loin de l'Isle-Adam, pour lequel il garda toujours une sorte de prédilection. Enfant, il avait été en nourrice non loin de là, chez la mère Bazot, dont le nom est consacré par une des plus belles œuvres du maître. Plus tard, quand la fortune fut venue, ce fut encore à PIsle-Adam que l'artiste illustre édifia sa maison d'été.
A côté des grands paysagistes de ce temps-ci, à côté des Corot, des Paul Huet, des Théodore Rousseau, des Millet, Charles Daubigny a sa place marquée par la forme tout à fait personnelle et reconnaissable de sa pensée, de son "sentiment et de sa touche. Ce qu'il ne faut pas oublier, quand on parlera de cet artiste, c'est qu'il a été presque exclusivement le chantre du paysage national. Pareil à ces hollandais dont il continuait la race, il ne choisit pas d'autre pays que le sien, pour en traduire les tranquilles étendues, les nuages légers et fuyants, les verdures printanières, les terrains humides, la grâce et l'éléganCe. Parmi les maîtres modernes (au paysage français, il restera pour l'avenir un grand exemple.