ÉmiléBergerat, Journal officiel du 16 mars
NÉCROLOGIE. —LA FIZELIÊRE. 507
Gomme Ta dit sur sa tombe le marquis de Chennevières, de tels morts ne doivent pas décourager mais réconforter. « Malheur à nous, s'est écrié le directeur des Beaux- Arts, «i nous venions à nous dire que nous sommes ici pour saluer d'un dernier adieu le dernier des paysagistes I » .
DUVAL-LE-CAMUS (Jule»-Alexandre), peintre français mort à Paris le 26 février 1878. Il était né dans cette ville en 1817 ; son père,' peintre de genre, et peintre ordinaire de la duchesse de Berry, fut son premier maître ; il étudia ensuite sous DroUing et Paul Delaroche. Ses premières œuvres se produisirent sous l'influence paternelle, et même on prétend reconnaître dans son tableau, Tobie et i'Ange exposé en 1842, le pinceau de son père. Jusqu'en 1859, la majorité de ses œuvres se compose surtout de sujets religieux ; il faut, toutefois en excepter Macbeth avecles sorcières, exposé en 1855, qui signale des tendances moins académiques et plus personnelles. Son talent, tout autre que celui de son père, se révèle complètement dans le Poste avancé de Routiers, toile qui eut un véritable succès au Salon de 1859 et qui lui valut la croix de la Légion d'honneur. Parmi ses autres œuvres, qui sont en très grand nombre, et qui aujourd'hui sont d'un genre un peu passé, on cite : r Aumône de la mer et les Adieux (1861), puis les Petits Déjeuners de Marly. Duval-le-Camus avait obtenu, en 18/i3, une troisième médaille, et une deuxième en 1845.
LA FIZELIÊRE (Albert Patin de), critique d'art français mort à Paris en février 1878. Véritable journaliste mêlé à toutes les questions d'art, de littérature ou de politique, s'occupant de tout, touchant à tout, publiant chro-
niques, romans, biographies, critiques, etc. La Fizelière -mérite dans le présent volume au moins un hommage et oin souvenir. Depuis Tâge de vingt et un ans, où il se jeta dans la carrière des lettres, jusqu^à sa mort, il vécut avec les artistes et s'intéressa passionnément à leurs travaux. Lui-même, qui avait passé par Tatelier de Delatjroix,. maniait parfois le crayon et exécutait des aquarelles. D'un esprit vif, qui lui faisait entrevoir plutôt qu'atteindre la forme littéraire dont il avait souci, d'une nature aimable et facile, on le vit jusqu'en ces derniers temps écrire tantôt ici et tantôt là, aujourd'hui dans un journal et demain dans un autre, les articles les plus divers. Il serait à l'heure qu'il est difficile de dresser la nomenclature des études de critique d'art faites par La Fizelière. Disséminées un peu partout, dans Urtiste ou dans le Courrier de Paris, en petites brochures ou en plaquettes qui deviennent des raretés bibliographiques, elles attestent un jugement clair, une pensée fine et délicate, une érudition point. pédante, et pourront servir, gr&ce à quelques renseignements curieux et précis, à l'histoire de l'art contemporain. La Fizelière, qui aimait à parler de Guy Patin, le spirituel médecin dont il se glorifiait de descendre, et duquel il avait parfois l'esprit mordant, était né à Mariy (Moselle) en 1819.
GRÀNT (sm Franqs) , célèbre peintre écossais, mort en sa résidence de Melton Mowbray (Grande-Bretagne), le 5 octobre 1878. Sir Francis, né à Edimbourg, en W03, était le quatrième fils de Francis Grant, lord de Kilgraston et frère du général sir Jame^ Hope Grant, dont le nom a figuré dans l'histoire contemporaine de l'Inde^ Ce fut en -1833 oii 1834 qu'il exposa pour la première fois, dans les
salles de rAcadémie royale de Londres, des scènes de chasse qui commencèrent sa réputation. Le jeune artiste, avait dissipé son patrimoine et voulait noblement se créer des ressources par la peinture. Il comptait parmi ses amis Walter Scott, qui lui fournit sa première corn-? mande en le chargeant de peindre la décoration de son cabinet d'armures. Le grand écrivain a raconté dans ses Mémoires les raisons qui poussèrent Grant dans la carrière où il devait s'illustrer. Il a dit de son caractère : « Ce qu'il a aussi, c'est la confiance en ses propres moyens, condition nécessaire à un jeune homme qui tente des choses de ce genre et dont la position aristocratique est faite pour exciter nécessairement l'envie. »
Cette confiance que Grant avait en lui-même était justifiée, puisque en dépit des difficultés particulières qui devaient l'arrêter et bien qu'il n'eût commencé sérieusement à faire de la peinture qu'aôsez tard, à l'âge de 24 ans (1828), il y réussit si bien que onze ans après il était élu membre associé de l'Académie royale de Londres, et que ses tableaux, recherchés et applaudis, obtenaient une vogue extraordinaire. Nommé académicien en 1851, il fut appelé en 1866 à succéder à sir Ch: Eàstlake comme président de l'Académie royale et promu, suivant l'usage, à la dignité de chevalier. C'est cette rapide fortune qui a fait dire de lui qu'il avait été le plus heureux de tous les présidents auxquels il succédait, car ni Reynolds, ni Wyatt, ni West, ni Lawrence, ni même Eàstlake n'étaient parvenus à cette charge élevée sans avoir lutté péniblement pendant de longues années contre mille obstacles. Sans doute, dans ce prompt succès de Grant, il faut faire la part des qualités de
l'homme du monde, comme le remarquait rAthenmm, dans l'article nécrologique consacré à cet artiste; mais il faut plus encore l'attribuer aux qualités éminentes du peintre, qui sut plaire à ses contemporains par sa ina-* nière brillante, large, un peu heurtée, par sa couleur lumineuse, dont tes tons argentés sont empruntés à Reynolds.
Sir Francis Grant gardera surtout la réputation d'un des meilleurs portraitistes de son temps. Presque tous les hommes remarquables de son pays ont posé deyant lui ; c'est ainsi qu'il a peint les portraits des lords Camphell. Derby, Gough, Hardinge, John Russell, Beaconsfleld, de Macaulay, de Lockart, des ladies Howard, Rodney, Waterford, Beauclerck, etc. Le portrait de son frère sir J. Hope Grant, exposé, il y a deux ans, à la Grosvenor Gallery, a été fort admiré. Parmi ses scènes de chasse qui signalèrent ses débuts et dans lesquelles il excella à peindre « les lords en habit rouge, les veneurs, les piqueurs retenant les chiens, tout ce monde de high-life qu'attirent les solennités cynégétiques m, on .cite principalement le Rendez-^om de chasse d'AscoU, qui figura à l'Exposition universelle de 1855 et qui est considéré comme un chef-d'œuvre. Parlant de ce tableau, Théophile Gautier disait: « G. Jadin, Eugène Lami, Alfred de Dreux le savent pour l'avoir essayé, combien il est difficile de concilier les exigences de la fashion avec celles de la peinture, et plus que personne ils admireront M. Grant, qui s'est si bien tiré de ces chapeaux de soie, de ces fracs rouges, de ces cravates à nœud, de ces bottes à revers, de ces clievaux entraînés, de ces chiens de race, sans leur rien ôter de leur cachet moderne, de