Journal des Débats, !•' mai
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dés maîtres, il la vendit en 1856 pour acheter des dessins, après en avoir fait un catalogue, qui dans son genre est un modèle... Il ne s'arrêta pas là. Éclectique dans le meilleur sens de ce mot, tout ce qui est beau Tattirait et Tenchantait, depuis les monuments de TÉgypte jusqu'aux dessins et aux tableaux des artistes contemporains. C'est ainsi qu'il forma d'admirables suites de monnaies et de bronzes grecs, de plaquettes et de médaillons italiens. Très tîonnu et apprécié malgré son extrême modestie, les directeurs de musées et les" amateurs étrangers ne venaient jamais à Paris sans aller revoir ses riches collections et consulter l'homme de goût si parfait et si sûr dont l'opinion faisait loi. w
Outre les dons que nous avons mentionnés, M. His de la Salle avait fait cadeau : d'une superbe suite de gravures d'après Poussin et d'autres pièces d'une grande rareté au cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale ; des dessins aux musées de Lyon, d'Alençon, d'Orléans ; un tableau de Géricault à celui de Rouen, etc. Il avait, en matière d'art, des idées très personnelles et ne se laissait pas éblouir par les réputations les plus bruyantes lorsqu'il les croyait usurpées. Depuis deux ans, il était retenu chez lui par la maladie et ne pouvait sortir. Quelquesjours avantsafln, le ministère del'instruction publique lui avait décerné la décoration de la Légion d'honneur. « Cette distinction fut ratifiée, dit I^Art, par la reconnaissance publique. »
JACQUAND (Claudius), peintre français, mort à Paris, le 6 avril 1878. Il était de Lyon, où il naquit en 1805, mais ses études se firent à l'Académie de Marseille, sous la direction de M. Fleury-Richard. Il avait déjà à Mar-
seiUe et dans sa ville natale acquis quelque réputation lorsqu'il débuta en 1824, au Salon de Paris, où il obtint du coup une deuxième médaille. Dès lors, il exécuta un grand nombre de travaux pour Lyon, ce qui contribua encore à lui valoir à Paris une certaine considération. Bien vu de hauts personnages, il fut assez favorisé du gouvernement, ce qui le détermina à se fixer définitivement dans la capitale en 1838. Une chose remarquable dans la carière de ce peintre, qui fut, -comme on l'a dit, (( le plus recommandé des hommes pendant sa vie », c'est la prodigieuse quantité d'œuvres qu'il a pu fournir, comparée à la durée assez courte de sa notoriété et au peu de retentissement qui accompagna sa fin. Pour le dessin et la composition, les œuvres de Jacquand sont en général estimables; son dessin est correct, son style grave, parfois sévère, mais pour la couleur, il manque de l'éclat produit par la gradation dansle3 ombres, ce qui donne du terne à sa peinture et la fait pousser au noir. Ses sujets sont pour la plupart empruntés à l'histoire, et beaucoup ont trouvé place dans les musées de l'État et dans ceux des villes de France et de l'étranger; certaines de ses pages ont même été consacrées par la gravure. Pour donner une idée de la variété des scènes qu'il a retracées, nous citerons: Charlemagne couronné roi d'Italie (1838); la Prise deJtfVr salem (1839), au Musée de Versailles; l'Amende hwma^h dans un couvent de frères chevaliers, ermitesnde Saint-Maurice (1853); la Dernière Entrevus de Charles I*^ avec ses enfants (1855), au Musée du Luxembourg; le Jewu Gaston, dit l'Ange de Foix (1838), à Rotterdam, Y In pace, au Musée de Hambourg; les Quatre Ages d'une femme (1836); Lan-
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rence attendant Jocelyn (1837) ; Redevances d'automne (1846). Deux ouvrages encore sont à citer dans la longue liste des tableaux de cet artiste, qui, malgré et peut-être à cause de la banalité de son talent, encombra les églises comme les musées et qui semble le type du « peintre ministériel ». Ce sont : le Maire de Boulogne, refusant la capitulation offerte par V envoyé de Henri VIII, tableau ornant aujourd'hui la grande salle de THôtel de Ville à Boulogne; et la Mort du duc d! Orléans, placée dans la chapelle de Saint-Ferdinand, à Neuilly. Disons encore que les décorations de la chapelle de la Vierge, à Saint-Philippe du Roule, à Paris, sont de ce peintre. Après avoir obtenu une seconde médaille en 1836, il fut nommé chevalier de la Légion d'honneur en 1839. Il exposait encore aux derniers Salons, et jusqu'en 1877, des sujets religieux dont on ne parlait plus.
LAMBINET ( Emile), peintre paysagiste français,- mort à Paris en janvier 1878. Né en 1816 à Versailles, cet artiste estimable suivit avec succès la voie de l'école de 1830, se mettant à la poursuite des petits coins de forêtsi et des petits bouts de paysage. Il commença à étudier avec Boisselier, c'est-à-dire dans le giron de l'école historique ; de là il passa dans l'atelier de DroUing, pour se styler à la figure, mais il ne devait pas pour cela être peintre de genre. Il est à remarquer au contraire que les figures et les animaux jouent chez lui un rôle très secondaire et que la végétation est son principal souci. Dès Tâge de dix-sept ans, il exposait au Salon (1833) une étude d'après nature, Vue de Sentisse près de Dampierre, qui fut très rema^'quée. En 1845, Horace Vernet l'emmena en Algérie ; mais ce voyage, qui lui inspira quelques pages, n'eut au-
cune influence sur le genre de talent de Lambinet, « C'est en Normandie quil se reconnut, dit M. E. Bergerat*. Il a été le peintre des plaines normandes, grasses, plantureuses, riches en bestiaux et en pâturages, dont les rosées ont fécondé son naturalisme. » Un autre critique énumérant les qualités du peintre, sa sincérité et le sentiment gracieux avec lequel il voyait la nature, ajoute : (( Il connaissait toutes les nuances du vert. Sa science et son habileté pratiques à les rendre étaient reconnues de tous, et beaucoup les lui enviaient. Il aimait la lumière, les horizons limpides et brillants de clarté ; ses ciels sont vaporeux, doux et paisibles. La nature qu'il préfère est une nature calme, abondante et souriante. Il la traite avec un profond respect. On sent que, sans être troublé, il est sincèrement ému en sa présence et que le sentiment qu'elle lui inspire est réel. De tout cela il se dégage une certaine poésie tranquille, vraie et modeste comme le peintre lui-même ; car il semble avoir été de ceux qui s'identifient avec leur œuvre. Il reste toujours très personnel, avec une sûreté d'exécution et une habileté de main qui ne se sont jamais démenties et font de lui un des peintres de paysage les plus agréables. » Lambinet a laissé des peintures décoratives à la préfecture de Versailles {Vue de Trieî), et au château d'Ermenonville. Le Musée du Luxembourg possède de lui un grand paysage qui avait été exposé en 1855. L'artiste ^vait obtenu une 3« médaille en 1843, une 2* en 1853, un rappel en 1857, et énfln la décoration de la Légion d'honneur en 1867.