République française, février
dans son énergie pittoresque et sombre, restera comme un vivant témoignage de mœurs qui ne résisteront pas aux engins modernes, comme une preuve saisissante du concours qu'apporte au talent Tobservation naïve des vrais spectacles de la nature. » De son côté, M. Charles Clément, le critique du Journal des Débats, n'a pas davantage mesuré les éloges à cet artiste, « Théophile Schûler, dit-il, laisse à son pays, à sa veuve, à ses enfants, un nom honoré que ses œuvres garantiront de Toubli. Les illustrateurs sont nombreux; mais les grands illustrateurs, ceux qui ont une valeur personnelle originale, un vrai don de nature développé par Tétude et la réflexion, sont très rares. Combien en pourrait-on compter, parnai ceux de notre époque qui ne sont plus ? A côté des noms de Tony Johannot et de Raflfet, on peut placer celui de Schûler. Les livres qu'il a illustrés ont gagné une valeur d'art, et les amateurs compétents savent toujours les distinguer et les rechercher. Il venait d'achever l'une de ses œuvres les plus réussies, l'illustration d'un livre nouveau de Stahl, Maroussia, en cours de publicatioli dans le Magasin d'éducation, quand la mort à glacé sa main. »
SCHWERDGEBURTH (Karl August), graveur allemand, mort à Dresde, le 25 octobre 1878. Né à Weimar, le
5 août 1785, ce graveur était connu depuis longtemps en Europe; il fut contemporain de Gœthe, de Schiller, de Wieland, et travailla on peut dire au milieu de la brillante cour de Weimar, que ces grands esprits remplissaient de leur gloire. Dessins, illustrations, portraits, il fit un peu de tout, cherchant principalement ce que l'on appelle le style et obtenant le succès, par sa manière cor-
recte, consciencieuse et sévère, mais un peu sèche et dure. Schwerdgerburth a reproduit Raphaël et plusieurs autres maîtres italiens.
L'histoire d'Allemagne, celle ^e la Réforme, lui ont fourni une source inépuisable de sujets. Les amateurs se disputeront un jour les portraits qu'il a laissés de toutes les familles princières groupées de son .vivant à la cour de Weimar. L'artiste a eu le bonheur de mêler ainsi son nom à cette grande époque littéraire, dont il put, dans sa prodigieuse vieillesse, contempler, pour ainsi dire, le reflet dans son œuvre, après lui avoir survécu. — Il a eu un fils, Othon, qui s'est acquis comme peintre un certain nom, mais dont la réputation ne s'est pas étendue hors de l'Allemagne.
SCOTT (Sir George Gilbert), célèbre architecte anglais, mort le 27 mars 1878. Petit-fils du commentateur de la Bible, il était né à Gawcott, près de Buckingham, en 1811, et commença de bonne heure ses études d'architecture. Ses préférences le portèrent vers l'art gothique, à la culture duquel il sacrifia les traditions du xvm* siècle, qui subsistaient encore dans son pays. C'était avant le temps où les écrits de Walter Scott, de Britton et de A. Pugin remirent en Angleterre l'architecture gothique à la mode. Les premières œuvres du sir Gilbert Scott ne laissent pas d'offrir un certain caractère d'indécision, comme il arrive dans les moments de transition, mais il ne tarda pas à s'affirmer par un début qui le classa aussitôt comme un rénovateur. Ce fut l'érection dans Londres, de l'église de Saint-Giles à Camberwell, œuvre d'autant plus extraordinaire qu'alors Pugin, l'auteur du livre si connu sur l'architecture gothique (True Principle),
n'avait pas encore publié son ouvrage, qui donna naissance à la révolution dans Tarchitecture anglaise, révolution à Tempire de laquelle la Grande-Bretagne semble chercher aujourd'hui à se soustraire. Sa réputation grandit encore et devint définitive quelques années plus tard, à Toccasion du concours qui eut lieu en 1846 pour la reconstruction de Téglise Saint-Nicolas à Hamburg, détruite par un incendie, et dans lequel le projet de sir Scott' emporta brillamment le prix. Dès lors il devint le grand réparateur des monuments religieux, ce qui lui procura bientôt remploi honorifique autant que lucratif d'architecte de Tabbaye de Westminster, à Londres. Voici l'appréciation qu'a donnée VAcademy sur cet éminent artiste, qui a joué dans son pays un rôle considérable: « Sir Gilbert possédait jusqu'aux moindres détails les formes de cette ancienne architecture gothique, à ce point qu'avec les plus légères indications, il aurait restitué un dessin entier de l'époque avec une certitude presque mathématique. Cette facilité l'a conduit souvent à restaurer au-delà des bornes que la critique moderne est portée à reconnaître ; néanmoins les cathédrales qui ont été remaniées par lui attestent son discernement et sa modération quand on les compare à la cathédrale de Canterbury et à tant d'autres. » Sir Gilbert Scott était trésorier du Musée d'architecture de Londres. Il a publié divers ouvrages sur son art, entre autres le suivant, comme architecte de l'abbaye de Westminster : Glanures de l'abbaye de Westminster (Gleanings from Westminster Abbey), qui a une forme plus archéologique que littéraire.
SUMMER (Charles), sculpteur anglais, mort à Neuilly,