ENSEIGNEMENT DU DESSIN
Quant à cette grande question de l'organisation de renseignement du dessin en France, la plus grave question qu'un directeur des Beaux- Arts pût soumettre à un ministre de l'instruction publique, et à laquelle je vous ai dit bien sincèrement que j'attachais dans l'avenir l'honneur d,e mon administration, je n'e crois pouvoir mieux faire que de replacer sous vos yeux le rapport dont, il y a cinq mois, j'accompagnais le dépôt en vos mains du programme très complet, très étudié qu'avait forinulé après de longues et j)atiente8 discussions le conseil supérieur des Beaux-Arts :
« Monsieur le ministre ^, j'ai toujours pensé que la direction des Beaux-Arts avait pour devoir, non seulement de favoriser l'éclosion des œuvres d'art les plus considérables que puisse donner à la France le génie de ses artistes, mais encore de favoriser dans la nation tout entière et par tous les moyens- le développement du goût et l'intelligence des œuvres d'art.
1. Ce rapport a été l'objet de notre examen dans le chapitre 1*' de ee voIttin'e< Voy. pages 11-16.
« L'art est uii ; son principe s'étend des plus hautes conceptions des grands maîtres au plus infime produit de la main de l'artisan ; aussi le goût et Tintelligence de Tart sont-ils devenus, dans tous les pays civilisés, la condition première de leur industrie, la meilleure raison 'de leur richesse. La France le doit savoir mieux qu'aucune autre nation, elle qui, depuis deux siècles, doit son crédit unique en matière de goût à rinfluence que la suprématie de ses artistes, acceptée de l'Europe entière, a exercée sur ses praticiens et ses artisans de touâ genres,
« De là, monsieur le ministre, cette préoccupation instinctive chez nous, de ré]fiandre dans la classe ouvrière la science et la prati^e du dessin; de là, il y a cent ans, cette mode de fonder, non seulement à Paris, mais dans nos grandes villes de province, des écoles gratuites de dessin à l'usage des enfants du peuple. L'exemple était bon, il a été suivi par delà nos frontières, et je ne saurais vous énumérer les efforts et les sacpiAces immenses qui ont été faits par nos voisins pour propager chez eux l'enseignement du dessin, particulièrement depuis la première Exposition universelle de Londres en 4851, où il avait été démontré que la France* devait à l'art, c'est-à-dire au dessin, la supériorité de ses industries de luxe.
« De notre côté, monsieur le ministre, nous ne sommes point restés tout à fait inactifs; les écoles de dessin se sont multipliées, notamment dans la ville de Paris, qui a bien compris de quelle nécessité première étaient de telles écoles pour entretenir et développer le goût de ses Ateliers ; mais il fallait aller plus loin encore, et c'est dans l'instruc^ tion public[ue de la nation qu'il convient aujourd'hui d'introduire, sans plus tarder, cet élément vital de sa grandeur et de sa prospérité.
« Vous avez à la fois dans vos mains, monsieur le ministre, l'administration de l'instruction publique et celle des beaux-arts. La réunion de ces deux importants services rend aujourd'hui facile l'accomplissement de cette grande mesure d'intérêt national.
« On est fondé à croire qu'une telle considération ne fut pas" étrangère à la création du conseil supérieur des Beaux-Arts^ puisque le décret du président de la république qui instituait ce conseil, sur la proposition de vos prédécesseurs, l'appelait à donner son avis sur les questions intéressant l'enseignement des beaux-arts.
« Dès le mois de mars 1875, mon cher collègue, M. Boùtan, directeur de l'enseignement primaire, et moi, avions réuni quelques personnes compétentes pour rechercher les premiers moyens d'assurer au dessin, dans l'enseignement primaire,* la place digne et sérieuse qu*il y doit occuper; et, le 6 janvier 1876, M. le ministre de l'instruction publique
et des beaux-arts chargeait le conseil supérieur des Beaux-Arts d'étudier la question de la réorganisation de renseignement du dessin eo France. La commission spéciale nommée à cet effet par le conseil supérieur, et à laquelle avaient été adjoints MM. les directeurs de l'enseignement primaire et de l'enseignement secondaire et M. le directeur de renseignement primaire à la préfecture de la Seine, pour lui fournir les éléments indispensables de Texpérience acquise et des réformes désirées, po'ursuivit ses travaux avec une ardeur au-dessus de tout éloge depuis le 7 février jusqu'au 13 mars 1876. E41e put souniettre enfln au conseil supérieur une série de programmes mûrement approfondis, applicables à Tenseigneàient primaire et à l'enseignement secondaire et répondant à tous les. détails de la question telle que l'avait présentée en son ensemble M. le ministre. Ces programmes furent transmis par M. le ministre au conseil supérieur de l'instruction publique, dont Pavis était exigé par la loi pour leur mise à exécution. L'avis des deux conseils ét^it, en effet, nécessaire à l'élucidation de la question, car l'un y apportait la compétence spéciale d'hommes considérables, dont les principes, renseignement et Papplication du dessin avaient été la préoccupation professionnelle; Pautre y apportait . une expérience incontestable des moyens de mêler cet enseignement aux autres exercices de l'esprit dans l'ensemble bien ordonné de l'instruction générale.
« Vous avez aujourd'hui sous les yeux, monsieur le ministre, les avis de ces deux conseils ; vous avez les procès-verbaux des savantes discussions du conseil supérieur des Beaux-Arts et le résumé analytique de ses travaux, rédigé en son nom par M. Guillaume, l'honorable directeur de l'École des Beaux-Arts, inspecteur général des écoles de dessin. Jamais affaife n'a été mieux informée, conduite avec plus de sagesse et de persistattce) mieux mûrie en un mot, que celle-ci ûe Ta été durant ces trois dernières années, sans parler de la préparation de longue date dans les congrès spéciaux de la France et de l'étranger. Il vous appartient aujourd'hui de la résoudre par votre décision.
« J'ose affirmer qu'il. n'en est pas qui mérite à un plus haut point votre sollicitude, ni qui touche plus profondément aux besoins intellectuels de la nation; je dirai qu'il n'en est pas de plus pressante, car il ne serait pas digne de la France, qui fut en tout temps un pays d'initiative, de se laisser devancer dans cette voie par des voisins, plus actifs et plus soucieux de leurs progrès. Déjà, vous ne l'ignorez pas,.le roi des Belges, dans le discoprs qu'il adressait il y ft deux mois, le 13 novembre dernier, à la Chambre des représentants et au Sénat de
son royaume, annonçait ayec un légitime orgueil que « le dessin venait àe prendre rang parmi les matières du programme des écoles primaires )>^ Nous, qui avions précédé par nos études, n'arrivons pas les derniers. Le 11 août 1875, le président de la distribution des prix aux élèves de PÉcole niationale de dessin et de mathématiques, après avoir raconté à ses jeunes gens comment s'était introduit dans les lycées, puis dans les écoles primaires, renseignement, aujourd'hui obligat;oire, de rhistoire et de la géographie, ajoutait : « 11 faut bien convenir pourtant que par ses applications de toute sorteet de tous les moments, le dessin entre plus que l'histoire et la géographie dans les nécessités quotidiennes de l'homme; le dessin est la base de toutes les industries et de tous les métiers; il sert au maçon et au charpentier avant de servir à l'architecte : il sert au menuisier et au forgeron, au serrurier, à l'arpenteur, au charron, à la brodeuse, à la dentellière, au tapissier, au bijoutier, au jardinier, à tous les ouvriers de profession, avant de servir ai| sculpteur et au peintre, et c'est le comte de Laborde qui 4isa»t, dès PEiposition universelle de Londres en 1851» que tout homme devait apprendre le dessin au même titre que l'écriture, et devait l'apprendre, pensait-il, sans beaucoup plus .de peine, l'écriture étant en- elle-même une sorte d'exercice du dessin... Vous qui savez aujourd'hui que la prééminence du commerce universel dans les choses sans nombre et sans bornes qui constituent l'habitation, l'ameublement, le costume, et j'allais dire les moeurs et les manies des nations civilisées, appartient au pays qui infiltrera dans, tous ses produits le goût le plus délicat et le plus élevé, vous jugez' quelle immense et bienfaisante révolution serait opérée dans l'industrie de notre France par l'obligation imposée de l'enseignement du dessin dans les , écoles primaires, et quelle gloire en rejaillirait sur un ministre qui accomplirait cette œuvre si simple en son exécution. ».
• « Soyez cet homme, monsieur le ministre, .et nul n'aura motivé par un service plus éclatant à l'honneur et à l'intérêt suprême de la France, l'union du ministère des beaux-arts avec le ministère de l'instruction publique.
« J'ai l'honneur d'être, avec un profond respect, monsieur le ministre, ▼otrô très humble et très dévoué serviteur.
a l\ est juste, monsieur le n^inistre, de dire ici de quels membres se composait le Conseil supérieur des Beaux-Arts,, lorsque votre prédécesseur lui confia le soin d!étudier la très grave question de l'organisation en France de l'enseignement .du dessin, et à quelle sousrconùnission le
conseil remit la préparation de son travail. Les importantes discus» sions de la sous-commission et du conseil supérieur ont été précien-sèment conservées par des procès-verbaux détaillés, qui fur^t auUH graphies alors pour Tusage du ministre et du Conseil.
■ « En janvier 1^76, les membres du conseil supérieur des Beaux-Arts étaient, sous la présidence de M. le ministre et la vice-présidence de: M. le secrétaire général du ministère et du directeur des Beaux-Arts, MM. Cabanel, Lehmann,Muller, Bonnat, J. Dupré, CSomte, GaYelier, P. Dubois, Henriquel-Dupont, Lefuel, Bœswillwald, Bazin, Ferdinatid* Duval, de Longpérier, Ravaisspn, Duc, Delaborde, Ghevreul, Guillaume, Ambr. Thomas, Reiset, de Gardaillac, Aclocque, J. Buisson, Clapier, Lambert de Sainte-Croix, de Vinols, Costa/de Beauregard, d*Armaîllé,: Maurice Cottier, M. G.' Lafenestre, chef du bureau des Beaux-Arts, secrétaire; M. Ma^ou, sous-chef du bureau, secrétaire adjoint.
■ « La sous-commission, élue par le conseil, se composant de M. le préfet de la Seine, de MM. Ouillaume, Delaborde, Cabanel, Lehmann, Muller, Cavelier, P. Dubois, Henriquel Dupont, Duc, Bœswillwald, Ravaisaon^ de Cardaillàc, de Longpérier, du Mésnil, directeur de l'enseignementsupérieur, BHourier, directeur de l'enseignement secondaire, Boutan, directeur de renseignement primaire, Gréard, directeur de l'inatruc» tion publique à la préfecture de la Seine.
« Après la révision du projet d*en8eignement du dessin dans les école» primaires qui eut lien en 1877, — MM. Baudry, Gérôme, Delaunay, Berthelot, Tetréau, Gounod, Jourdain, Ed. Charten, Turquet, Tirard,, lé colite L. de Ségur, ayant remplacé au conseil supérieur, MM. Bonnat, MuUer, Comte, Chevreul, de Cardaillàc, Bazin, Ravaisson, Aclocque, J. Buisson, Clapier et de Vinols, — l'ensemble des programmes constituant renseignement du dessin dans les écoles primaires et secondaires se trouva formulé' et à peu près tel que vous avez bien youIu, monsieur le ministre, l'Approuver ces jours derniers et Tinsérer.aw Journal officiel, « -