SECTION DES MANUFACTURES NATIONALES
5 1er — Service général des manufactures nationales.
Ce service, qui dépendait autrefois de Tadministratlon de la liste civile, a été rattaché ap ministère de Tinstrùction publique, où il
eonstitue un des bureaux de la direction des Beaux^Arts; iL fallait dès lors, appliquer à la gestion des manufactures de l'État les règles ordi-^ naicfis de l'administration et de là comptabilité publique. >
A cet effet, un arrêté ministériel a remis en vigueur les disposi-^ tiens d'une ancienne décision, rendue en février 1849, dans des circonstances analogues : il a été interdit aux administrateurs des manu-^ factures de faire exécuter aucun travail dans les ateliers de ce» établissements sans autorisation préalable du ministre.
Les demandes des administrateurs doivent toujours être accompa~ gnées d'une évaluation de la dépense probable; ils doivent, de plu6,> suivant l'importance ou la nature des objets à exécuter, fournir des dessins explicatifs destinés à être soumis à l'examen et à l'appréciation^ du conseil de perfectionnement institué auprès de chaque manufac^ ture. Ces dispositions avaient d'autant plus d'importance qu'on s'est,depuis longtemps, habitué dans le monde des arts, à juger le goût de chaque époque «ur les travaux des manufactures du gouvernement.* C'est donc pour le ministre qui assume la responsabilité de ces tra^ vtiux, un droit et même un devoir de connaître les modèles, de les» examinef et d'en autoriser l'exécution.
D'autre part, les. administrateurs n'ont plus le droit d'accepter onde refuser, à leur gré, les commandes qui leur sont faites par des^ particuliers; ils doivent désormais se pourvoir auprès du ministre, pour l'exécution des commandes de ce genre, comme s'il s^agissait de travaux dont ils auraient pris eux-mêmes l'initiative.
. Toutes les règles de la comptabilité, publique ont dû être mises enpratique dans les manufactures; il a été établi une comptabilité de-. niers et une comptabilité matière dont le résultat principal est qu'aucune dépense ne peut plus être engagée sans le consentement du. ministre; grâce à cette mesure, d'importantes économies ont. été réalisées. .
L'application de cette réglementation nouvelle s'était faite presque^ spontanément à Beauvais et aux Gobelins; il importait surtout de. l'introduire à Sèvres. On aura occasion de montrer, tout à l'heure en: parlant plus spécialement de chacune de nos manufactures, les excel-; lents résultats dus a l'initiative et au contrôle des commissions de perfectionnement. ... - .i
Établissement d'un itwentaire général. — Un des premiers points» »ùr lesquels mon attention: fut appelée fut la nécessité d'établir. un inventaire général de tous les objets d'art qui se trouvent, dans les', manufactures nadonales à. l'exclusion des produits fabriqués par elles.:
Tableaut de tnaltres, cartonis de Delacroix, de Flandrin, .dé Gé- Tàme, terres cuites de Clodion, de Falconet, de Delarue, de Bachelier et des principaux sculpteurs du siècle dernier, rien n'avait jamais, été* • ni classé, ni catalogué; des instructions précises oAt été données pour la conservation de tous ces objets précieux ayant servi de modèles de tapisseries, de biscuits, de vitraux peints, de décors de vases et dont plusieurs sont de premier ordre. Nous sommes certains désormais qu'ils ne pourront plus ni se perdre ni se détériorer, et 'qué.lesartistes pourront trouver dans leur étude matière à de féconds enseignements.
Exécution des travatix, — La nouvelle réglementation des manu* foctures une fois terminée, il s'agissait de donner une direction utile, aux travaux à entreprendre et de rechercher le meilleur emploi possible des produits.
Un ^es premiers principes posés à ce sujet par les, commissions compétentes consiste à n'exécuter, autant que possible, aucun travail qu'en vue d'une destination déterminée, qu'il s'agisse de céramique ou de tapisserie; le domaine des manufactures est toujours, en effet,celui de l'art décoratif, et leurs travaux n'ont qu'à gagner à figurer dans des ensembles pour lesquels ils ont été conçus et où leur place a été réservée.
C'est dans cet ordre d'idées que la manufacture des Gobelins a mis sur métier des tapisseries destinées au Panthéon, à la nouvelle manufacture de Sèvres, à l'Opéra, au salon des Cinq. Senà à l'Elysée, à l'Hôtel de Ville de Paris et à l'escalier d'honneui: du palais du Luxembourg.
De même, la manufacture de Sèvres exécute des vases spéciaux pour la .grande galerie du. Louvre, pour le théâtre national de l'Opéra, pour le palais de la Légion d'honneur,* pour les membres des divers jurys, pour les personnages de distinction, présidents d'honneur bu. effectifs, à l'Exposition universelle; pour les lauréats des classes des Beaux-Arts,, de celles de l'agriculture , et des animaux. vivants, à l'Exposition universelle ; puis, sur la demande du ministre de la guerre, pour les concours de pigeons voyageurs.
Enfin, . la manufacture de Béauvais .sera chargée ,d!exécùter . la tapisserie des meubles du salon du chef de l'État à l'.Opéra éi . cjon-^ tribuera à la décoration'de l'escalier du Luxembourg. . •
Attribution des produits.^ — Le même esprit a présidé aux attri-: butions faites, pendant ces. dernières années, des produits de nos' manufacturés. Le ' Musée du Louvre, celui du Luxembourg, oïl
.' APPENDICE. m
J'avais songé à constituer le noya^i d'un Musée des arts décoratifs au' XIX' siècle , nombre de musées des départements, ceux ^ de Vienne, de Dresde et le Kensington Muséum, lés hôtels des ambassades ^ de France à Londres et à Vienne, celui de l'ambassade' de Turquie à Paris, les hôtels du ministère des affaires étrangères et de rinstruction ; publique ont reçu des dons importants;-, des services de table complets ont , été accordés aux ministères et au mobiilièr national; enfin des collections de poix^elaines blanches et décorées ont été données à diverses écoles pratiques de peinture. sur l^prcelaîne, de Paris et des départements. — Ajoutons q&é pour les innombrable^ loteries ' de bienfaisance, pour les cadeaux diplomapiques, pour les prix de courses, etc.^ etc., il a été distribué, en ces quatre^ années, 5,682 objets provenant de Sèvres et représentant une somme de 649,361 francs.
Réglementation de la/ vente des produits.^- En visitant Tadmlrable Musée ' de Sèvres, on est frappé d'un fait singulier : la rareté des produits de la niaison même. - C'est que, depuis la fondation, les plus belles pièces ont toujours été accordées en présent ; il n'en sera plus ainsi : la sortie, comme vente ou comme don, ne porte plus maintenant que sur les pièces non r.éservées au musée et à la décoration de la manufacture. Nos collections s'enrichiront ainsi' des produits les plus intéressants au .point de vue tech* Aique^ au point dé vue décoratif et à celui de l'histoire des manufactures nationales ; cette' réserve pratiquée avec discernement laissa Mne marge suffisante aux achats des amateurs, aux libéralité^ du gou.vernement. . >
La vente des produits de rebut vendus en blanc, avec la marque -de fabrication oblitérée, donnait lieu à de nombreuses Contrefaçons; jcllé a été supprimée. " . i
La commission du budget, par l'organe de son rapporteur, a pensé que la vente au public pourrait s'étendre aux tapisseries; cette qùes«> lion soulève des difficultés'; elle fait l'objet d'une étude approfondie ai sera résolue, en temps opportun, tes maaitfactures de tapisseries !û'ayant en ce moment aucun produit en état d'être vendu. - '. ■
s 2. — Manufacture dé Sèvres.
Au mois de juillet 1872, une commission dé perfectionnement avait
été instituée auprès de la manufacture nationale de Sèvres, présidée
par le directeur des Beaux-Arts, M. Charles Blanc;' elle se composait
de liM. Duc, Guillaume, Mazerolle^ Adrien Dubouché et Champfleury, secrétaire. «
Un arrêté du 17 juin 1874 réorganise cette commission et porte à treize le nombre des membres de la commission nouvelle ; .elle comprend désormais, sous la présidence du directeur des Beaux-Arts, MM. Guillaume, Duc^ Dubouché, Lameire, MazeroUe, Barbet de' Jouy, de Lajolais, Du' Sommerard, Galland, Deck, Berthelot, de Longpérier, G. Berger, Hache et Gerspach, secrétaire, M. Champfleury ayant donné sa démission^
Tous étaient connus par leur compétence spéciale en ce qui touche -aux arts décoratifs et nptamment à la céramique. La commission se mit à l'œuyre, elle multiplia ses visites à Sèvres, étudia les modèles, en suivit Texécution, visita les ateliers, examinant en détail chaque produit, conseillant et encourageant les artistes. Les résultats ne se firent pas attendre; le premier fut le remarquable rapport où M. Duc a concentré, dans une forme si claire et dans un esprit si élevé, les idées de la commission, en y ajoutant tout ce que pouvaient lui suggérer son savoir étendu, son goût particulièrement délicat et sa longue expérience. Ce rapport, qui- forme un volume de plua de cinquante pages, est Fœuvre essentielle- que devra désormais consulter quiconque voudra se rendre compte des principes généraux qui relent la forme et le décor, de toute œuvre céramique.
Ses conclusions pratiques furent adoptées à Funanimité par la commission et ipimédiatement réalisées par l'administration : une direction des travaux d'art fut instituée à nouveau à la manufacture^ cette fondation, dont Tidée n'était pas d'ailleurs nouvelle, est, je l'espère, destinée à produire de nombreux progrès. » Les artistes de Sèvres, dont plusieurs sont des hommes très éminents, sentiront qu'ils font groupe autour de ce directeur d'art 'et pourront ainsi marcher avec plus d'ensemble, partant avec plus de fruit, d'après des 'principes fixes et «vers un but commun. >
La proposition (faite dans un rapport du 25 juillet 1875) d'établir à la manufacture de Sèvres un atelier de mosaïque, approuvée tout d'abord pas :1a commission de perfectionnement, puis' par le conseil supérieur des. Beaux-Arts, fut définitivement sanctionnée par un vote de la Chambre des. députés, qui accorda pQur Tentreprise'^ nouvelle un crédit annuel.
, Mais, avant de ^commencer les travaux, l'administration des Beaux- Arts tenait à s'entourer de tous les renseignements désirables» M. Ger^ pach, chef du bureau des çtianufactures nationales, chargé, à ceteffQt^
de se rendre à Rome, où il prépara rengagement de deux des meilleurs artistes romains, releva les cotes des fours à cuire, acheta le matériel de Tatelier et une importante provision d'émaux, et exécuta de. beaux et. nombreux estampages représentant les types classiques des mostiques du ix' au xix* siècle. «Une lettre de M. Tambassadeur de France témoigna (2e la distinction et du rare bonheur avec lesquels ce fonctionnaire s'était acquitté de sa mission.
Dès son retour, les travaux ont pu rapidement être entrepris; le nouvel atelier, dirigé par M. Poggesi, a fonctionna immédiatement et il a aujourd'hui entièrement terminé la frise de dix mètres .de longueur, composée par M« Lameire et destinée au fronton de la nouvelle manu^ facture de Sèvres ; d'autres travaux sont en conrg^ ce so»t : Texécu^ tion^ d'après les dessins de ML rarchitecte Coquart, de la colonne votive du momuneat Rougevin, qui doit être placé dans la cour du Mûrier^ à fÉcole des Bieaux-Arts ; la restauration de l'importante itnosaîque gallo-romaine du Musée de Saint-Germain , connue sous le nom de Béllérophon ; enfin, l'atelier achève en ce moment les études préparatoires pour la décoration en mosaïque de l'abside du Panthéon, d'après -la composition de M. E. Hébert.
Il importe de rappeler qu'il ne s'agit, dans tous ces travaux, que de mosaïques décoratives : les avis du conseil. de perfectionnement et de tous les hommes compétents ont été scrupuleusement suivis; il ne sera question à l'atelier de Sèvres ni de copies de tableaux, ni d'aucun ouvrage de menue mosaïque soit de bijoux, soit d'ameublements.
Nous croyons pouvoir* passer ici quelques détails sur la.nomimination d'un correspondant en Chine, chargé d'envoyer des spécimens, -etc., ainsi que sur la fondation du prix de Sèvres, dont nous avons parlé dans le cours du volume, et enfin sur l'installation de la manufacture dans de nouveaux bâtiments.
$-3. — Mànufaoture des tapisseries. .
* Les résultats produits par l'institution d'une commission de perfectionnement auprès de la manufacture de Sèvres avaient été trop éyif denta pour que l'administration des Beaux-Arts ne songeât pas bientôt il établir un conseil analogue auprès des manufactures de tapisseries* C'est cette pensée qui a inspiré l'arrêté du 31 octobre 1876, insti: -tuant,. sous la présidence du directeur des Beaux-Arts, une commission de sept membres, architectes, peintres et décorateurs, chargée' d#
donner son avis, au point de vue de l*art, sur les travaux de tapisse* ries et de tapis, sur les modèles à choisir, et en général sitr toutes les questions intéressant la prospérité de la manufacture des Gobelins et les progrès de Tart de la tapisserie.
La commission, composée de MM. Duc, Ballu, Denuelle, Baudry, ' Cabanel, Puvis de Ghavannes, Lavastre, a- commencé aussitôt ses tra> vaux; elle a discuté les questions théoriques et posé des principes; elle s*est transportée plusieurs fois aux Gobelins, a rectifié des modèles en préparation et modifié des maquettes qui ont été présentées par les artistes. Je fus assez heureux, au mois d'avril 1876, pour provoquer auprès du conseil supérieur des Beaux-Arts et obtenir par la coopérar tion dévouée de V Union centrale la réalisatiou d'une exposition qui allait devenir le point de départ de tant d'études et de publications sur l'art, dont il s'agissait alors de bien refixer les origines et les lois. Je veux parler de cette admirable exposition rétrospective de tapisseries de toutes provenances qui s'ouvrit, quelques mois après, au palais des Ghamps-Élysées.
Voici le rapport adressé par moi, à ce sujet, à M. le ministre et publié dans le Journal oflioiel du 16 avril.
Suit le rapport ayant pour but de faciliter auprès de radmi^nistratîon Texécution du projet d'exposition de V Union centrale,,
Prenant pour point de départ les observations que cette exposition avait éveillées dans les esprits de tous les hommes de goût, un des membres de la commission des Gobelins, M. Denuelle, ne tarda jgias à résumer les ' conclusions pratiques auxquelles la commission était arrivée, dans un très ^marquàble rapport qui est pour . la tapisserie et la manufacture des Gobelins ce qu'a été celui de M. Duc pour la céramique et la manufacture de Sèvres.
Une des premières réformes réclamées par la commission consistait dans la création d'une école pratique d'art décoratif et de tapisserie.
Une école existait aux GoWins ; elle a été modifiée, et le règlement nouveau a été approuvé par décision ministérielle du 15 juillet 1877.
L'enseignement artistique professé à la manufacture, des Gobelins devait comprendre d'abord c6 qui concerne Fart, décoratif, puis les applications spéciales à l'art de la tapisserie : une première part a été faite à l'étude du dessin et du coloris ; une auti^ à celle de la tapisserie.
Deux ateliers ont été ouverts , Tun pour les cours élémentaires, l'autre pour les élèves plus avancés.
Le premier reçoit des jeunes gens âgés de .moins de quinze ans ; il sert au recrutement de Técole de tapisserie et à instruire des élèves étrangers à la manufacture. -
Le cours supérieur, au contraire, ne reçoit des étrangers qu'avec une autorisation spéciale et motivée. L'école du soir a été renforcée et continué à fournir des élèves et des concurrents aux concours de l'École des Beaux-Arts.
Un diplôme d'artiste tapissier a été créé; la Commission sera juge du chef-d'œuvre.
Un semblable diplôme a été institué pour les teinturiers de Tatelier de teinture.
Là création de l'École d'art décoratif et de tapisserie est encore trop récente pour avoir pu produire tous ses résultats; il est cependant permis de prévoir dès' à présent qu'ils seront excellents.
Le mérite en reviendra pour une grande partie à M. Galland, inspecteur des travaux d'art à la manufacture des Gobelins, qui a été chargé de la direction supérieure des écoles et du cours spécial d'art décoratif ;^ la compétence toute spéciale et le talent de M. Galland l'avaient tout naturellement désigné pour ces fonctions, dont la commission de perfectionnement avait demandé la création et que le nouveau titulaire remplit avec autant d'autorité que de dévouement.
IIANUFACTURB NATIONALE DB BBAUVAIS.
Cette manufacture est resté un type parfait J les tapisseries pour meubles qu'elle exécute sont d'un goût et d'une exécution irréprochables. J'ai tenté quelques efforts pour améliorer le sort trop modeste des artistes de cette maison ; les nécessités du budget ont fait ajourner ce projet