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SECTION DES MONUMENTS- HISTORIQUES

Durant ces quatre années, la commission des monuments historiques, à laquelle a été remise, par la confiance traditionnelle et si justement méritée des ministres et des directeurs des Beaux- Arts, la répartition des fonds consacrés à la restauration des monuments qui fbnt l'orgueil du pays, a continué ses délicats travaux, et les grands

services qu'elle n'a cessé de rendre, depuis cinquante ans, à l'art français et à notre archéologie nationale*

Vous savez, monsieur le ministre, quelle a été, depuis 1874, la composition de cette copimission : le ministre, président; M. de SoubejrraDy vice-président; les membres de droit :-le directeur des Beaux-Arts, le directeur des bâtiments civiis, le chef de la 2* division de l'administration des cultes, chargé des édifices diocésains; membres nommés par décret : MM. Bœswillwald et Des Vallières, inspecteurs généraux ; Gautier, contrôleur; Abadie, Bailly, Courmont, Denuelle, de Guilhermy^ mort récemment; Laisné, Ferdinand de Lasteyrie, de Longpérier^ Millet, Questel, Quicherat, Ruprich-Robert, Du Sommerard, Viollet- ' le-Duc; — secrétaire : M. Eugène VioUet-le-Duc, le chef du bureau des monuments historiques ; secrétaire-adjoint : M. Baumgart, sous-chef du même bureau; archiviste-bibliothécaire : M. Demanget...

Suit la liste des monnments restaurés de 4 874 en \ 877 dans les divers départements.

En résumé, le nombre des entreprises en cours d'exécution qui ont pu être continuées pendant cette période de quatre années est^e 34 en 1874, 30 en 1875, 41 en 1876 et 42 en 1877.

Les entreprises nouvelles et les entreprises interrompues qui ont pu être reprises sont au nombre de 18 en 1874, 26 en 1875, 34 en 1876et 40 en 1877.

Les augmentations du crédit obtenues en 1875, 1876 et 1877 ont permis de donner une nouvelle impulsion aux travaux de restauration^ ce qui explique la progression des entreprises continuées, reprises ou commencées dans le cours de ces. trois années.

Durant cette même période, la commission des monuments histo> riques a été appelée à examiner 426 affaires, préalablement instruites par le bureau des monuments historiques, qui a, en outre, organiséles trois expositions partielles des archives de ladite commission : à Londres, en 1874; à Paris, ed 1876; et enfin à l'Exposition universelle de 1878, dans les b&timents du Trocadéro consacrés à l'art rétrospectif.

Dès les premiers mois de 1874, dans ses séances du 18 février et du 7 juin, la commission des monuments historiques, sur la proposition de MM. Boeswillwald et Viollet-le-Duc, prît, dans la mesure qui la concernait et avec l'ardeur la plus louable, l'initiative d'une des affaires les plus importantes qui pussent intéresser la direction des Beaux-

Arts.. Là commission émit le vœu que la question de protection des monuments et des objets d'art fût mise à Tétude, en vue de la préparation d'un projet de loi, et M. de Fourtou, qui, comme ministre, présidait la première de ces deux séances, voulut bien me charger de faire rechercher les lois qui régissent la matière à l'étranger et notam* ment en Italie.

Depuis longtemps déjà, en effet, la France enviait à l'Italie, à la Grèce, à l'Espagne, à la Turquie, aux trois pays Scandinaves, à l'Angleterre, les efforts que ces nations avaient faits pour s'assurer la perpétuité de possession des chefs-d'œuvre d'art nés sur leur sol ou acquis par elles, et pour garantir à ces ouvrages les bons soins de préservation qui peuvent en éterniser la durée. Chez nous, au contraire, dans ces dernières années surtout, il s'était produit coup sur coup, et aux points les plus opposés de notre territoire, maints faits scandaleux pour les auteurs desquels semblaient lettre morte et la circulaire ministérielle du 27 avril 1839, et l'arrêt, pourtant bien récent, de la Cour d^appel de Lyon dans l'affaire du tableau d'Eugène Delacroix donné par l'État à l'église de Nantua, et que le conseil de fabrique n'avait pas craint d'aliéner. En 1875, des panneaux en bois sculpté, décorant le chœur de la cathédrale de Valence, avaient été détachés à la scie et vendus par le trésorier de la fabrique à un marchand de curiosités de Paris. La même année, le conseil de fabrique de l'ancienne cathédrale de Narbonne avait aussi vendu, sans autorisation, une porte sculptée du XVI' siècle. A Paris même, la fabrique de l'église Saint-Gervais et Saint-Protais vendait, sans autorisation, des tapisseries précieuses, et le ministère ' ne parvenait qu'avec peine à entraver la vente par le miisée de Draguignan à un marchand de Marseille d'une admirable armure historique et de vases d'un très grand prix. Je ne parle point des merveilleuses marqueteries du château de La Bastie en Forez, travail italien du plus beau xvi' siècle, dont il nous avait été impossible d'empêcher la vente et le transport en Angleterre, bien que le ch&teau, appartenant à un particulier, fût compté parmi nos monu*ments historiques. Je ne parle «ni des tableaux de l'église de Nonancourt, vendus au plus vil prix à un vitrier d'Évreux, ni des vitraux d!une chapelle voîsinie de la forêt de Lyons en Normandie, ni des tapisseries de Boussac, ni de éelles de Chàlons, ni du maraudage organisé, sous forme d'échange, dans les églises des Pyrénées. On eût dit qu'en ces derniers temps, un mot d'ordre eût invité amateurs et brocanteurs à satisfaire effrontément leur intraitable avidité, et que licence fût donnée à tout venant de piller dans nos monuments les plus précieui^

des trésors d'art de la nation. Il n'était donc que trop démontré, par un exemple de chaque jour, combien nous devenaient indispensables et d'urgence extrême certaines mesures absolues, légales et précises, irréfutables, s'imposant à tous, un projet de loi, en un mot, capable de protéger désormais nos monuments et les objets d*art qu^ils renferment contre la mutilation et la destruction des uns et l'aliénation deé autres.

Le 2 novembre 1875, votre prédécesseur, M. Wallon, voulait bien, sur ma demande, adresser à M. Rousse,* avocat près la Cour d'appel de Paris, une lettre qui priait cet éminent jurisconsulte de se charger de rédiger un mémoire et de préparer un avant-projet de loi sur la question de la conservation des monuments et des objets d'art. Ce travail, monsieur le ministre, n'était point petite affaire, et l'administration, pour le faciliter, mit à la disposition de M. Rousse tous les documents qu'elle avait pu rassembler, et dont les plus précieux,' redit du cardinal Pacca (1820), et ^e projet de loi et le rapport au Sénat italien (1872), venaient d'être insérés par elle dans les rapports français sur l'Exposition de Londres eh 1874. De plus, elle pria MM. Tardif et de Boissieu, chefs de la l'* et de la 2* division des cultes, de Watteville, chef de la division des sciences et lettres, Boëswillwald, inspecteur général des monuments historiques, et MM. Violletle-Due, chef du bureau des- monuments historiques, et G. Lafenestre, chef du bureau des Beaux-Arts, de vouloir bien renseigner M. Rousse sur les précédents utiles : les premier^, sur les garanties légales que possédait, depuis le Concordat et la réouverture des églises, l'administration des édifices diocésains pour la sauvegarde de ses monuments; M. de Watteville, sur les lois et règlements qui, depuis les premières années de la révolution, assuraient rigoureusement la bonne conservation des bibliothèques départementales et communales auxquelles, dès l^ principe, avaient été assimilés les musées et les autres collections scientifiques de la province. Puis, quand M. Rousse eut livré son i^vant-projet et le très remarquable exposé des motifs où il avait développé, dans les termes les plus éloquents, les considérations d'ordre hisiorique et national qui rendaient n'écessaire le remède à tant d'abus, alors commença, à travers une série de comités particulièrement compétents, l'examen le plus approfondi du travail du savant juriste. Ce travail, autographié par nos soins, passa successivement, tant on jugeait, avec raison, la question délicate, par les discussions longues et patientes de la commission des monuments historiques^ puis de la commission de Vinventairè des richesses â^art de la Fmnce;

puis, votre prédécesseur, M. Waddington, qui s^ntéressait très vivement à la solution de cette grave affaire, nomma, le 15 février 4877, une commission spéciale dont il s'était réservé la présidence, et dont les vice-préâidents étaient MM. Bardoux, député, de Ghennevières, directeur des Beaux- Arts. Les membres étaient MM. Boeswillwald, de Boissieu, de Guilhermy, Lafenestre, de Longpérier, P. Mantz, Servaux, Du Sommerard, Tardif, Tétreau, Tirard, VioUet-le-Duc. Le secrétaire était M. Viollet-le-Duc fils, chef du bureau des monuments historiques, lequel, je (lois. le dire, a apporté dans toute la suite de cette affaire, chez M. Rousse, aussi bien que dans les diverses commissions, son esprit persistant, exact, érudit et précis. Vous qui avez alors, monsieur le ministre, présidé la plupart des séances de cette commission, vous vous souvenez de la conscience avec laquelle furent étudiés chaque article, chaque terme du projet transformé, et de la part brillante que prirent notamment, dans sa discussion, MM. Tardif et Tétreau. Le nouveau projet de loi, avec le nouvel exposé des motifs, furent transmis par vous à M. Waddington, et le premier résultat de ces délibérations fut la con'sécration par décret de la comtftission de Vinventaire, qu'il vous parut dès lors utile à vous-même d'armer solidement du crédit nécessaire à la constatation savante des œuvres qu'il s'agissait de conserver et de protéger à l'avenir. Les procès-verbaux des séances de la commission ont été imprimés, comme avaient été autographiés ceux de. la commission de l'enseignement du dessin, pour être communiqués au conseil supérieur des Beaux-Arts. C'est vous, monsieur le ministre, qui avez remis dernièrement cette affaire entre les mains du conseil supérieur. Là encore, nouvelle discussion, dont vous-même et M. le préfet de la Seine avez porté le plus çros poids. Enfin le projet de loi pour la conservation des monuments historiques et des objets d'art, — projet si nécessaire, que les nations de l'Eu^ rope en ont, toutes à la fois, ressenti, dans ces dernières années, l'impérieuse opportunité, — a reçu de votre plume sa forme définitive, à la fois prudente et ferme, respectueuse de notre Code civil et . soucieuse aussi de la gloire du' pays. Nous n'avons plus aujourd'hui qu'à vous remercier d'avoir satisfait à l'un des plus nobles besoins de la France, en déposant ce projet de loi sur la tribune de notre Assemblée nationale. ' ■

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