si. Paul Mantz, dans le Temps
hautaine en face des iniquités de la yie et des crimes de l'histoire... La plupart des figures sont dessinées ayec force et peintes avec largeur^ ». On pourrait peut-être y ajouter le Loreley, de M. Ulman, qui, « quoique très inégal », a pourtant reçu d'encourageants éloges, mais non toutefois sans quelques restrictions relatives au bas du' tableau encombré « d'accessoires nombreux et en partie inutiles » qui ont rappelé à M. Castagnary les « rébus de M. Gustave Moreau ».
LA PEINTURE REUGIEUSE. — MM. Henner, Henri LeroUe, Ronot, Olivier Merson, G. Dubufe, A. Maignan, G. Doré, Clairin, G. Ferrier, Comerre, Besnard, Weertz, BetseUère, Guay, GreUet, Zier.
La religion inspire-t-elle nos artistes contemporains plus vivement que l'histoire? parle-t-elle davantage à leur cœur ? leur imagination s'essaye-t-elle à revêtir de nouvelles formes ces touchantes poésies qui ont vivifié le monde pendant des siècles ? Non, la peinture religieuse, pas plus que la peinture historique, ne montre des œuvres émues, vécues, exprimant une pensée sincère et éloquente. Elle aussi semble disparaître dans l'anecdote insipide et glacée.
La raison ? dira-t-on. La raison, il y a longtemps que nos critiques ne la cherchent plus. A quoi bon énumérer des causes qui éclatent aux yeux? L'art chrétien a eu son heure ; il a apporté au monde un idéal nouveau. Mais cet idéal ne correspond plus à nos idées modernes sur la
: 1. M. Georges Lafenestre, Moniteur universel»
vie et sur l'humanité. Il a restitué à la famille le rôle considérable qu'elle joue et qui avait été méconnu par l'art antique. Mais la famille qu'il a célébrée n'est plus de notre temps ; elle était incomplète d'ailleurs, car elle n'a ni père ni époux, saint Joseph, tuteur officieux et dévoué, n'étant pas le mari tel que nous le comprenons. Que peut-il résulter de cette divergence entre l'expression particulière adoptée par l'art chrétien et l'idéal moderne, si ce n'est un effort monotone et stérile pour copier le passé? On fait des Christs ei des Vierges par métier, pour meubler les églises, non pour exprimer une foi que l'on n'a plus. Or, nous le demandons encore un coup, l'art n'étant fait que de sensibilité et de passion, que d'émotion ressentie et de conviction, est-il possible de compter comme œuvres d'art des compositions qui ne peuvent être que des pastiches plus ou moins habiles ?
Un artiste, le seul peut-être parmi nos contemporains, se signale par le sentiment exquis, étrange et personnel de ses peintures chrétiennes : c'est M. Henner. Encore peut-on dire que ce qu'il y a de plus chrétien dans ses œuvres, c'est le titre. Les deux toiles qu'il a exposées cette année, la Magdeleine et le Christ mort, ont paru le résumé complet de sa manière. Aussi la critique a-t-elle saisi cette occasion pour affirmer abondamment ses antipathies ou ses sympathies sur le talent du peintre. Quelques citations feront comprendre à quel point elle est en désaccord. Voyons d'abord le Christ mort. a C'est un très beau morceau de peinture, dit M. Ch. Clément, dans le Journal des Débats.,, Le Christ est cou- >ché le corps à plat, les jambes à demi pendantes ; en arrière, la Magdeleine s'approche pour baiser sa main :
Texpression d'hésitation est très heureuse et bien rendue. Il y a des parties fortes comme dessin et comme facture dans le torse et dans les cuisses de la figure principale, dont la structure est indiquée avec une largeur et un relief extraordinaires. Mais les jambes finissent par trop dans le vague, et je retrouve ces ombres noires et tristes faites avec de la suie qui donnent une apparence sale et terne à la peinture. » — De son côté, M. Castagnary (Siècle) loue sans réserve : « Le Christ mort est tout à fait admirable, dit-il. C'est un morceau de peinture d'un modèle extraordinaire. Quant au mouvement de la Magdeleine, à cette sorte de baiser hésitant et convulsif qu'elle va déposer sur la main du maître, il y a là un trait d'observation morale qui fait le plus grand honneur au maître. Oh reproche à M. Henner, dans ces sortes de tableaux, de s'en tenir à certaines parties du corps et de ne pas achever les personnages. Qu'importe ? Que pourraient ajouter, je le demande, au tableau, les pieds de Magdeleine ou le prolongement des jambes du Christ ? Tel qu'il est, le tableau est complet, le surplus serait du rempUssage. Quand M. Henner a fait l'essentiel, il s'arrête et noie le reste dans le vague ; je ne saurais l'en blâmer. » — On vient de lire l'éloge, passons maintenant au blâme, qui est d'une yiolence incroyable. « Le Christ mort est affreux, déclare tout net M. Paul de Saint-Victor {Liberté) ; son torse martelé, rompu, désossé, est celui d'un patient qu'on voit se détacher de la roue, ce qu'expliquerait d'ailleurs le vague suspect qu'on entrevoit de sa tête escamotée par une barbe hirsute, par un raccourci strapassé et qui est celui d'un mauvais larron. £es pieds ne sont pas plus visibles ; ils baignent et se
fondent dans une encre épaisse... La Magdeleîne qui baise sa main pendante est marquée, du front au menton, par un paquet de cheveux blondasses. » M. E. Chesneau, dans la Revus de France, va plus loin encore, et après avoir fait en bloc le procès à M. Henner, il termine en disant : « C'est une jolie main, comme disent les calligraphes ; mais une jolie main à laquelle le cerveau n'a encore rien dicté, et, j'en ai peur, ne dictera jamais rien. »
Après cela, faut-il parler de la Magdekine, un des morceaux les plus parfaits de la peinture contemporaine, au dire de bien des juges ? Citons encore nos mêmes critiques: — « C'est un ouvrage pour ainsi dire sans tache, dit M. Ch. Clément, et, je crois, le chef-d'œuvre de l'artiste... Le corps est noyé dans une lumière intense et il se modèle pour ainsi dire sans ombre de la manière la plus étonnante. La couleur ambrée, chaude et riche, est superbe, et la figure emprunte au contraste produit par le fond sombre delà grotte et du rocher au-devant desquels elle se trouve, un éclat vraiment extraordinaire. » — « La Magdeleine n'est-elle point une de ces productions qui font date dans l'œuvre entier d'un artiste, s'écrie M. Marins Vachon S un point lumineux qui éclaire toute une période de sa. vie? » — « La Magdeleine est un ouvrage exquis, déclare à son tour M. Castagnary... C'est de la chair, c'est de la vie, c'est-à-dire ce qu'il y a au monde de plus difficile à rendre. » — Mais nous voici à la contrepartie. Pour M. Paul de Saint-Victor, « la Magdeleine