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M. de Lafenestre, dans le Moniteur

L'ANNÉE ABTISTIQUE.

M. Ronot semble vouloir justifier cette prévision, en envoyant chaque année du fond de sa province des toiles toutes pleines de ces sentiments modernes de vérité, de précision, et animées 'de ces figures seules capables de toucher le cœur de Thomme, parce qu'elles sont prises au vif de la* nature. Sa peinture de cette année, les Aumônes de sainte Elisabeth de Hongrie, contient une collection de physionomies fortement étudiées et qui ont été vivement admirées, comme, par exemple, celle du vieux mendiant qui tend humblement son écuelle à la soupe que la reine lui verse, ou celle encore du pauvre qui attend son tour avec une stupeur somnolente. Ce sont tous des gens vivants, contemporains, que nous avons peut-être rencontrés hier. Pourtant, voyez recueil de la peinture religieuse I Cet artiste réaliste et consciencieux n'a pas eu le courage d'appliquer jusqu'au bout son principe d'observation fidèle. Il s'est troublé devant la figure de la sainte reine, et pour la faire plus belle, plus céleste, il a voulu l'inventer, faisant appel à je ne sais quel idéal. Cela a réjoui, il est vrai, les écrivains partisans de cette noble entité, et M. Ch. Clément a trouvé « la tête, l'ajustement, l'ensemble de la physionomie de sainte Elisabeth charmants. » Mais pour M. Paul Hantz, cette figure précisément est « une généralisation vague, une sainte en carton, » « une erreur grave , qui surprend de la part de M. Bonot », et pour M. Paul dfi^ Saint-Victor, à qui il faut toujours emprunter l'expression ardente, « elle rentre dans le commun des bonnes âmes, banale et quelconque, comme une sœur du pot »,

Il n'y a plus maintenant qu'à signaler d'un trait rapide quelques toiles qui se distinguent dans la foule des

compositions religieuses. C'est d'abord le Loup d'Agubbio, . de M. Olivier Merson, sujet emprunté aux Fioretti de saint François, dans lequel on voit un loup délicieux, aimable, sanctifié, ayant une auréole sur la tête, qui «ntre familièrement dans les boutiques de la ville, que les femmes caressent et que les enfants nourrissent de leurs petites mains. Peinture de virtuose et de lettré pour qui toute chose a du prix, qui écrit tout d'un pinceau précieux S qui a peut-être commis un excès de zèle u en ceinturant son loup de médailles et en plantant une auréole sur sa tête fauve », mais dont on ne peut s'empêcher de louer « les fins morceaux ». Ldi Sainte CècilCy de M. Guillaume Dubufe, a plu aussi par son caractère d'une suavité particulière, demi-religieux et demi-mondain, par « sa gracieuse figure coulée dans sa robe rose, comme dans une volute d'eau limpide », parla fine exécution des instruments de musique « tournés, nacrés, ciselés comme par la main d'un habile luthier- ». La tête de la sainte a un type trop moderne, au gré de M. Ch. Clément ' ; mais ce type ne déplaît point à M. P. Mantz, qui blâme seulement M. Dubufe de l'avoir encadré dans « toutes les fioritures de l'archaïsme », non plus qu'à M. Georges Lafenestre, qui accorde les plus sincères éloges à l'artiste, « jeune homme qui, agité de mille impressions diverses, séduit à la fois par la poésie des vieux maîtres et par la grâce des femmes vivantes, par les belles canfipagnes et les objets curieux, a voulu rendre d'un seul coup tous les enthousiasmes

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