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CHAPITRE PREMIER

LA DIRECTION DES BEAUX-ARTS. — Discussion du budget. — La querelle faite à M. de Chennevières. — Réformes diverses. — La décoration des monuments publics; renseignement obligatoire du dessin, le Salon triennal, etc. — M. Guillaume, nommé directeur général dés Beaux-Arts.

De tous les pays civilisés, la France est sans contredit celui où les beaux-arts se trouvent dirigés et soutenus par Tadministration la plus étendue. Salutaire selon les uns, funeste suivant d'autres, Faction du gouvernement sur cette branche de l'activité nationale, n'en est pas moins extrême. Elle s'étend sur tout, sur l'enseignement, sur les expositions, sur les musées, sur les manufactures. Ne voulant point nous livrer ici à des considérations esthétiques d'aucune sorte, nous aborderons aussitôt le domaine des faits en analysant sommairement le mécanisme de cette administration, pour en étudier ensuite les actes durant l'année qui vient de s!écouler.

La direction générale des Beaux -Arts forme la deuxième section du ministère de l'instruction publique et des beaux-arts. Elle se compose de six bureaux : 1*» celui de renseignement ; 2« des encouragements ; 3» des monuments historiques ; 4*» des théâtres ; 5<» des manufactures nationales ; 6<» du personnel et de la comptabilité. Un budget d'environ 7,500,000 francs, est affecté chaque année à ces divers services, qui ont chacun leur attribution spéciale. Un personnel de^ quarante-cinq employés environ constitue cette administration centrale, qui est chargée de diriger et de contrôler toutes les dépenses ordonnées par le ministre et proposées par le directeur général.

Ce dernier fonctionnaire, qui est le chef direct de cette administration, jouit en France d'un prestige con-r sidérable, moins par retendue de ses pouvoirs que par Téclat de son rôle. C'est lui, en effet, qui est chargé des intérêts de tous les artistes, petit monde glorieux et remuant dans lequel les noms illustres sont plus sonores que partout ailleurs ; c'est lui qui choisit ou même inspire, avec Taide d'un conseil supérieur, les œuvres que Ton voit sur nos places publique$ ; c'est lui qui organise dans le palais des Chàmps-Ély^es lé Salon annuâ, lui qui préside aux destinées de noé nftûsèes, f lui qair ayant la haute main sur toutes^ les chosfeà relevant dé V^ft^ esl^ considérécomme le dépositaire de-la plus'pùredes gloirets de la patrie ; c'est lui enfin que l'impatience nerveuse du public rend responsable, à tort et à^ travers, de tout ce qui genne, fleurit ou avorte dans le vaste domaine dont il est le régisseur. Aussi ne doit-on pas plus s'étonner des ambitieuses convoitises que ce poste met en éveil,

malgré les faibles appointements qui y sont affectés*, que de l'instabilité des fonctionnaires qui l'occupent. En effet, il suffit d'un simple mouvement de la bascule politique pour faire tout à coup tomber un directeur des beaux-arts. Le successeur est immédiatement acclamé comme un rénovateur ; on le fête, on déclare que, nouvel Hercule, il va purifier « les écuries d'Augias » ; on entonne autour de lui tous les hymnes dont on avait salué l'avènement de ses prédécesseurs. Puis, peu à peu, ce bruit s'éteint et le « rénovateur », mis aux prises avec les difficultés toutes spéciales de sa situation, ne tarde pas à voir se refroidir les enthousiasmes, jusqu'à ce qu'un nouveau changement de ministère ou quelque subit engoûment ne vienne le renverser à son tour. Telle est la courte et vérldique histoire de nos directeurs des Beaux- Arts en- ces dernières années.

Tous les esprits sérieux reconnaissent aujourd'hui qu'il convient de modifier un tel état de choses ; mais ils ne s'accordent pas sur les remèdes à employer. Les uns voudraient détruire cette anomalie d'un directeur responsable devant l'opinion et d'un ministre en apparence irresponsable des actes de son subordonné, en créant un ministère des beaux-arts. Cette opinion a été exposée daijs un article très remarqué du journal la République française, à la fin de 1877. Les autres, niant que l'État ait à s'ingérer dans la question d'art, demandent la suppression de la fonction de directeur. Voici la- lettre qu'écrivait M. VioUet-le-Duc en janvier 1878, à un jour-

1. Les appointefifients da directeur des Beaux-Arts ne sont que' de 13,000 fr. ; ils sont inférieurs de 2,000 fr. à ceux des quatre directeurs de rinstruction publique.

naH qui avait désigné Téminent architecte comme un cîmdidat à ce poste :

Je n'ai jamais eu de goût pour les places, et ce goût ne m'est pas venu avec l'âge. Mais, en outre, permettez-moi de vous faire obsorver que, de tout temps je me suis élevé contre ce qu'on veut bien appeler la Direction des Beaux-Arts, et que si, chose peu probable, un ministre m'offrait ces fonctions, je les occuperais peut-être pendant vingt-quatre heures, dans l'unique espoir de lui démontrer que le plus sage est de les supprimer.

Ces différences d'appréciations se sont particulièrement accusées durant Tannée 1878, qui a été, entre toutes, on peut le dire, une année de trouble, de travail et de réforme, à la direction des Beaux-Arts. Nous parlerons d'abord de la discussion du budget et des divers incidents qui' ont précédé la chute de M. de Ghennevières.

Nommé directeur des Beaux-Arts en 1873, M. le marquis de Ghennevières avait su se concilier les sympathies de tous par la libéralité de son caractère et la vive initiative de ses entreprises. Sa longue carrière dans l'administration, où il avait débuté comme simple employé, ses livres nombreux et d'une compétence éprouvée, ses idées bien connues de décentralisation, l'activité de son esprit qui lui suggérait maintes réforrhes, son opposition à toute routine, faisaient oublier qu'il devait sa nomination, comme successeur de M. Gharles Blanc, au mouvement réactionnaire qui avait renversé le gouvernement de M. Thiers. On ne considérait en lui, ainsi que nous le disions il y a un instant, que « le rénovateur », Tout à coup le vent de l'opinion changea. M. de Ghenne-

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