‹ L'ANNÉE ARTISTIQUE (volume 2)Chapitre 6 sur 218 · Voy. à V Appendice, page · texte numérisé non relu

Voy. à V Appendice, page

dépenses et s'aperçut que Targent avait été emprunté à différents chapitres : frais de personnel, frais de matériel, ouvrages d'art et décoration d'édifices publics, monuments historiques, etc. On avait prélevé sur plusieurs de ces crédits de petites sommes de 5,000, de 6,000, de 7,000 francs pour les donner aux employés, un seul excepté, le directeur. « Ce sont là, s'écriait M. Tirard, de graves irrégularités qui ont l'inconvénient de détourner les crédits de leur destination et d'en priver les artistes auxquels ils sont destinés, m

Nous voudrions éviter ces détails, mais ils sont nécessaires pour expliquer la petite comédie qui s'est jouée à cette occasion. Tout en parlant sévèrement des actes qu'il signalait, le rapporteur n'avait pas été jusqu'à en attribuer la responsabilité à M. de Chennevières, sachant bien que ce n'est pas le directeur des Beaux-Arts, mais le îninîstre qui ordonne et signe les dépenses. Il avait; au contraire, rendu forcément justice à l'initiative intelligente du directeur, en citant les innovations de son administratîoû : l'ouverture du musée des études à l'École des beaux-arts, la réorganisation des écoles de Paris et deLyot), la publication de VInventaire génériil des richesses étart de la France, etc., etc. Cependant qu'arriva-t-il? Cest que certains journaux s'emparèrent des sévérités du rapport et les retournèrent contre qui... contre le ministre? Non. Contre M. de Chennevières.

On agît de même à la Chambre des députés, le jour de la discussion publique du rapport. On sembla oublier 1^ intérêts de l'art pour s'arrêter à des considérations de personnes. C'est un fait à'remarquer d'ailleurs, que tandis que la plupart des autres budgets donnent lieu à des dis-

eussions souvent approfondies et à des allocutions parfois excellentes, celui, des beaux-arts n'excite à la Chambre que des observations très courtçs et montre une ignorance extraordinaire^ de cette branche administrative. Ainsi, on ne songea même pas à examiner avec une attention suffisante quelques parties tout à fait singulières du rapport dont nous parlons, notamment celles qui concluaient à une diminution de crédit pour les monuments historiques et le chapitre des souscriptions aux ouvrages d'art. On laissa passer des erreurs matérielles de chiffres, sans les relever. Il ne se trouva personne pour démontrer que, même en admettant lès irrégularités dont parlait le rapport, c'était un bien burlesque châtiment pour l'administration que de supprimer dans chaque chapitre la somme correspondante à celle distribuée au personnel, et qu'en agissant ainsi, on frappait non pas le prétendu coupable, mais les artistes, auxquels on enlevait une niotable partie de l'argent affecté aux commandes. Quant au crédit plus que mesquin accordé aiix achats du Louvre : 150,000 francs qui doivent être répartis entre huit départements, il ne se trouva personne pour proposer de l'augnienter. Vainement des hDmmes prévoyants ont demandé la faculté de créer au ,moins un fonds, de réserve ; vainement, le directeur de ce grand musée, M. Reiset,,dansuné substantielle brochure, a démontré que tandis qu'en Angleterre on dépense en échats pour la National Go/fern/, plus de 500,000 francs par an, il. était dérisoire de né donner en France qu'une c^tàine de mille francs pour huit musées. Cette «dmme à ét^ maintenue et aucune réforme n'a été promise à cet égard.

Voici, tel qu'il résulte du vote, le tableau des dépenses du budget des beaux-arts pour 1878 :

Administration centrale (personnel) 497.000 fr.

Administration centrale (matériel) 40,000

Établissement des Beaux- Arts 597,540

Ouvrages d'art et décoration d'édi6ces publics. 787,U0

Exposition des artistes vivants 502,300

Théâtres nationaux. Conservatoire de musique. 4,854,500

Souscription aux ouvrages d'art ....... 90,000

Encouragements et secours (beaux-arts). . . . 440,000

Encouragements et secours (théâtres) 440,000

Monuments historiques 4,335,000

Musées nationaux 76^1,000

Palais du Luxembourg 82,000

Manufactures nationales 883,800

Manufactures nationales (Exposition) 25,000

Total 7,434,830

Il n'y a pas à insister à l'heure présente sur les chiffres que nous venons de citer ; les crédits ont été votés et sont maintenant dépensés : toute discussion serait donc inutile. Mais les mêmes réclamations surgissant chaque année et sans résultats, en ce qui concerne le budget des beaux-arts, nous demandons instamment aux députés qui sont chargés d'examiner et d'accorder les crédits demandés pour l'administration des Beaux-Arts dans notre pays, d'étudier à l'avenir avec plus de soin cette question spéciale, de se mettre en mesure de pouvoir répondre aux observations du rapporteur de la commission du budget ainsi qu'au ministre, en un mot de ne pas accepter, comme cela a généralement lieu, sans enquête suffisante et sans connaissances pratiques, les conclusions qui leur sont présentées.

La campagne entreprise contre M. de Chennevières, malgré les plus énerçiques efforts pour le compromettre dans la discussion du budget, ne put aboutir cependant à une révocation. Le directeur des Beaux-Arts poursuivit donc avec une recrudescence d'activité les réformes par lui projetées. Tout en demandant, dès le mois de février, la constitution d'une commission chargée de modifier les divers services de sa direction et d'étudier les moyens de lui donner plus de cohésion et d'unité S il essayait par une série de commandes de relever l'art de la lithographie, qui chaque jour se perd et s'oublie '. Il montrait en même temps sa préoccupation de fournir à la pensée de nos artistes un noble aUment en organisant sur un vaste plan la décoration des monuments civils de la province et en désignant l'histoire nationale comme la source d'innombrables et patriotiques motifs d'inspiration. « Notre école de peinture, disait en substance le marquis de Chennevières, dans le rapport ^ publié à cette occasion, prouve chaque année combien elle est prête par la solidité de ses études et l'habitude des grandes ordonnances, à un ensemble de décorations monumentales qui feraient l'orgueil de notre pays tout entier. Il serait donc nécessaire d'étendre et de régulariser le principe de tels travaux en l'appliquant aux hôtels de ville, aux palais de justice, aux facultés de droit et de médecine, de sciences et de lettres, aux bibliothèques et aux musées, aux chambrés de commerce de la province, à tous les édifices, en un mot, qui rélèvent

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