‹ L'ANNÉE ARTISTIQUE (volume 2)Chapitre 7 sur 218 · Voy. à l'Appendice, pages · texte numérisé non relu

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soit de rÉtat, soit des municipalités. Ce ne serait, d'ailleurs, que reprendre une tradition fort usitée eii France à nos grandes époques d'art et particulièrement au xvir siècle, et dont témoignent Phôtel de ville de Lyon, les palais de justice de Rennes et de Montpellier, et l'hîstoiréde.tantti'autres monuments de province» à Rouen, à Aix, à Marseille, à Dijon, à Toulouse, partout! »

En conséquence, M. de Ghennevières demandait au ministre de Tinstruction publique et des beaux-arts d'ouvrir une enquête sur les monuments-qui seraient dignes d'être classés dans la répartition successive des travaux à entreprendre- (( Je suis profondément convaincu, ajoutait-il, que nos assemblées législatives, héritières des prérogatives et des ressources de nos anciennes assemblées provinciales des États de Rourgogne, de Rretagne, de Provence ou de Languedoc, ne se montreraient pas moins empressées qu'dles à voter les fonds nécessaires pour la décoration des monuments publics de leurs villes. Elles ne seraient pas moins soucieuses d'élever l'esprit et le goût de leurs populations par le spectacle des plus belles inventions de leurs artistes et des plus nobles souvenîns de leur histoire. »

L'enquête est commencée et de nombreuses demandes départementales en faveur des monumentis sont venues appuyelr cette excellente idée, qui du reste n'a rencontré qu'approbations unanimes. Elle n'était pas neuve, au surplus, Courbet, dont on a beaucoup parlé, en cette année 1878, avait eu, lui aussi, cette intuition qu'on ne parviendrait à secouer la torpeur dans laquelle se fige l'invention de nos artistes modernes qu'en appelant ceux-ci à orner les monuments les plus bruyants, les

plus mouvementés, comme les gares de chemins de fer. Une lettre de Sainte-Beuve, qui s'était fait Técho de cette pensée, a été citée par toute la presse^ à cette occasion. En voici le principal passage :

Je . causais Tautre jour avec Courbet, écrivait l'éminent critique; ce peintre vigoureux et solide a de plus des idées, et il me semble qu'il en a une grande, c'est d^naugurer une peinture monomentale qui soit un accord avec la société nouvelle. La peinture des églises est à bout de voie; des peintres incrédules remanient avec plus ou moins de talent de vieux sujets. Hors de là il n'y a guère que de la peinture de chevalet et de genre pour des salons et des galeries d'amateur; le grand effet de la peinture sur place et appropriée aux monuments est difficile à retrouver. Courbet a l'idée de faire des vastes gares de chemins de fer, des églises nouvelles pour la peinture, de couvrir ces grandes parois de mille sujets d'une parfaite convenance, les vues même anticipées des grands sites qu'on va parcourir, les portraits des grands hommes dont le nom se rattache aux cités du parcours ; des sujets pittoresques, moraux, industriels, métallurgiques.

N'est-ce pas là, ajoutait Sainte-Beuve, une idée encyclopédique? Sans doute, dirons-nous à notre tour, et il est , certain que tôt ou tard on y viendra, car Fart, dont on discute tant la mission, ne peut dévenir instrument de . morale et de goût qu'en parlant à la foule une langue colorée , que tous puissent comprendre, et non en slnspirant d'éterûelles énigmes tnythologiques et rdrgieuses qui ne peuvent être devinées que par des lettrés.

Nous arrivons au fait capital de Fannée, à celui qui restera comme le plus considérable de toute Tadministration de M. de Chennevières, c'est-à-dire à la réforme de l'enseignement du dessin, inaugurée par l'arrêté signé le

21 mai par M. Bardoux^ et imposant obligatoirement cet enseignement dans les lycées et les écoles primaires. Cette réforme avait été longuement préparée par les soins du directeur ; elle était réclamée depuis longtemps par tous les esprits clairvoyants, affligés de l'insuffisance flagrante de notre éducation artistique et épouvantée des dangers qui en pouvaient résulter pour nos industries nationales. Par un inexplicable et long malentendu, entretenu jusqu'à ce jour, Fart, — et par conséquent son premier instrument : le dessin, — a été considéré comme une superfluité de l'éducation ; on l'a relégué dans le menu et fastidieux bagage des talents d'agrément. Au lieu de lui donner la part noble et belle qui lui revient .pour développer le jugement, élever les idées, perfectionner le sens d'observation exacte par l'examen direct des formes, on a dédaigné ses services ou plutôt on a méconnu la grandeur de son rôle. Il importait donc de déraciner cette idée fausse que le dessin n'est qu'un accessoire plus ou moins brillant de l'éducation ; il importait de le faire entrer, au même titre que la grammaire, l'histoire et les langues mortes, dans le traitement gymnastique des intelligences.

C'est là un des côtés de cette grave question. Il en est un autre que n'a eu garde d'oublier M. de Chennevières dans le Rapport qui précédait l'arrêté du 21 mai. C'est l'action féconde que doit exercer sur les ouvriers l'enseignement bien compris du dessin dans les écoles primaires. Car alors il ne s'agit plus seulement de moyens généraux d'éducation pour les hommes du monde ; il ne

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