‹ L'ANNÉE ARTISTIQUE (volume 2)Chapitre 65 sur 218 · Gh. Blanc, les Beaiix-Arts à V Exposition universelle · texte numérisé non relu

Gh. Blanc, les Beaiix-Arts à V Exposition universelle

des idées qui se développeront à Tabri même de ces temples. Lorsque ces prodiges, qui n'en sont encore qu'à leur commencement, auront reçu le baptême de Fart, lorsque la grâce aura consenti à se marier avec Futile, on pourra dire vraiment que l'architecture révèle et consacre un nouvel ordre de choses : Noms xdium et rerum nascitur ordo, ))

Le palais du Trocadéro entraîne à des idées différentes. Là ce ne sont plus les matériaux employés qui sont présentés d'une façon nouvelle, c'est la forme, ce sont les lignes, c'est tout l'ensemble de l'œuvre qui, soit parla situation du monument, soit par sa structure ou sa destination, se trouvent en désaccord avec les formes habituelles et acceptées. Aussi, les jugements sont-ils très complexes et les avis fort partagés. Un édifice neuf est comme un habit que l'on met pour la première fois ; gare aux épigrammes, s'il affecte quelque apparence contraire à la mode du jour ! Il est inutile de rappeler dans quelles conditions a été élevé le palais du Trocadéro. Un cour cours fut ouvert, dont le programme, conçu en termes laconiques, imposait la construction d'une salle de con^ cert et de galeries devant servir à des expositions. MM. Davioud et Bourdais, qui l'emportèrent, ont donc établi deux galeries à droite et à gauche du motif dominant de l'édifice qui est la salle de concert. Cette salle, que les architectes ont faite ovale, et dont Fobésité énornie jaillit hors du demi-cercle formé par les bras des galeries, est dominée de chaque côté par deux minces et hautes tours. Tel est l'aspect général. « Le style de toute cette architecture, dit M. Gh. Blanc, est un style mixte, composite, qui ne saurait être bien défini, par cela

même qu'il s'est enrichi de beaucoup d'emprunts. On peut dire cependant que c'est une imitation libre de notre belle architecture romane des xr et xii* siècles... » Oui, si l'on tient absolument à rattacher le monument à un style connu et classé. Mais ne vaut-il pas mieux reconnaître franchement dans l'œuvre de MM. Davioûd et Bourdais une originalité forcément accentuée par les difficultés du programme et les dispositions mêmes du plan? On a l'habitude chez nous de considérer tout édifice comme une enveloppe plus ou moins grande, plus ou moins somptueuse à l'intérieur, qui doit avoir à peu près toujours la même apparence extérieure, que ce soit un ministère, un théâtre ou un palais de justice. Peu importe que -la disposition du dedans s'accorde ou non avec l'ensemble architectonique. Ce que l'on veut, ce que Ton cherche avant tout, c'est la ligne régulière, c'est l'ordonnance traditionnelle, convenue, apprise par cœur, connue de tous les yeux et insipidement monotone. C'est pourquoi le palais de MM. Davioud et Bourdais a été dans le public l'objet de maintes satires, de comparaisons plus ou moins plaisantes, de critiques sévères parmi lesquelles il en est quelques-unes de certainement justifiées. La hauteur démesurée des tours, la façade incertaine, la nudité de la cage de la salle des concerts, tels sont les plus gros reproches qui aient été faits par quelques écrivains sérieux. « En revanche, dit M. Ph. Burty S le fin talent de décorateur, qui caractérise M. Davioud, s'affirme dans les profils, dans le ton alterné des moellons piqués et de la pierre brune du Jura, dans une dis-

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