Dans la République française, avril
tribution sobre et agréable de caissons et de ronds en mosaïques vertes et dorées. Cette décoration règne sur tout le monument» De près, elle se montre légère et délicate ; de loin, elle détermine un ton rompu, analogue à un glacis. »
Quant aux blâmes de ceux qui ne jugent Tarchitecture qu'avec leur sentiment, on ne peut mieux y répondre qu'en citant M. VioUet-le-Duc : « J'ai entendu, dit-il, reprocher aux architectes du Trocadéro la diversité d'échelle admise dans leur vaste édifice. Au dire de ces critiques, il eût fallu donner aux ailes et aux portiques convexes qui les bordent, du côté du jardin, une ordonnance plus monumentale et mieux en rapport avec l'objet principal : la grande salle. Ces personnes eussent voulu évidemment quelque chose comme la colonnade du Louvre ou du Garde-Meuble. D'autres trouvent que cQitte grande salle ressemble à une abside d'église, indiquant la partie postérieure d'un monument, non sa façade, laquelle eût dû naturellement se présenter du côté le plus honorable et le plus en vue. D'autres encore, sans repousser cette saillie circulaire donnée par la grande salle, eussent voulu, tout au moins, qu'elle montrât un motif milieu grandiose, un frontispice. C'est le mot adopté.
« On comprendra que, si j'écoute ces critiques, je n'y réponds guère, car il est assez difficile d'entamer un débat sur ces matières... Telle est la manie chez nous, — et cela date de loin, puisque Philibert de l'Orme s'en plaignait déjà de son temps,» — de croire qu'on ne saurait parler législation sans avoir au moins fait son droit ; médecine ou chirurgie, sans avoir suivi des cours ; marine, sans
avoir longtemps navigué ; commerce, sans avoir vendu ; industrie, sans avoir fabriqué quelque chose, mais que, pour Farchitecture, chacun en peut discourir en pleine connaissance et cela parce que, depuis le xvii« siècle, bon nombre d'honnêtes gens ayant du loisir ont rempli des volumes de phrases sur Farchitecture sous le prétexte qu'ils savaient assez de latin pour très mal traduire Vitruve et qu'ils avaient été faire un tour en Italie... »
Passant en revue les diverses parties de Fédifice de MM, Davioud et Bourdais, Féminent écrivain en loue les proportions et la simplicité. Puis, venant à parler des deux tours qui flanquent la grande salle, il leur adresse, lui aussi, quelques critiques. « Si on établit, dit-il, un rapport entre elles et la grande salle, ces tours sontévidemment trop hautes et trop maigres ; elles n'appuient pas, à l'œil, la construction étendue de cette grande salle ; puis, elles contribuent à jeter un certain trouble dans les lignes de transition des annexes aux ailes... Cela manque de netteté et forme un couronnement indécis, d'auta»t que la lanterne qui termine ce, comble le coiflfe pauvrement, non pas tant à cause de Fabsence de décoration que par la forme générale, d'un profil un peu mou. Il sera possible, quand on en aura le loisir, de reprendre ce couronnement, partie faible d'un ensemble si satisfaisant d'ailleurs.
« Pour nous résumer, dit en terminant M. Viollet-le- Duc, nous n'ajouterons que quelques mots. L'immense entreprise des bâtiments de FExposition universelle de 1878 était de telle nature, en raison de Fétendue donnée aux constructions, du peu de temps laissé pour les élever et du caractère de durée qu'on prétendait leur imprimer.
que les plus hardis aient pu être effrayés de la responsabilité qu'ils allaient assumer... Il faut le dire hautement, si, dans le palais du Champ de Mars, si dans le palais du Trocadéro on relève, *en y mettant beaucoup d'attention, quelques négligences, certains détails qui ne s'accordent pas parfaitement avec l'ensemble, parfois un nlanque d'entente entre le constructeur et l'artiste chargé de faire choix de la forme convenable, touâ ces défauts sont minimes si on tient compte de la direction qu'on a su donner à une^si vaste entreprise, de l'ordre qui n'a cessé de régner dans les chantiers,, de la justesse des prévisions, de l'intelligence de tous, chefs et ouvriers attachés pendant dix-huit mois, sans relâche, à un travail écrasant. On devrait s'étonner plutôt que, dans cet ensemble, l'art tienne encore si bien sa place, ait l'air d'être chez lui et qu'il n'ait pas été complètement négligé devant les nécessités impérieuses qui s'imposaient. »
L'architecture étrangère était représentée à l'Exposition universelle par une série de façades, reproductions de monuments indigènes, qui, placées à la suite les unes des autres, ont formé ce qu'on a appelé la rm des Nations. Rien n'était plus curieux, plus original que cet ensemble de spécimens exotiques, que cette juxtaposition qui accentuait, par ce contraste saisissant, le caractère de chaque art.
Et d'abord, voici. l'Angleterre. Ce peuple, d'après M. Charles Blanc, n'a aucun sentiment original de l'architecture, parce qu'il est au plus haut degré le peuple de l'individualisme, et que les monuments, au contraire, doivent exprimer des idées générales. « Il ne faut donc pas s'étonner, ajoute le même critique, si la façade de
Texposition anglaise au Champ de Mars ne présente rien de grand, rien d'original. Les surfaces, d'un style gothique bâtard, c'est-à-dire du style. Tudor, mêlé de RenaissajDice, sont morcelées par les. lignes et par la différence des matériaux, rompues par des alternances de couleur, fractionnées par des applications, en petit, d'émaux et de faïences ; les colonnettes y sont divisées par des anneaux ; la sculpture y est ciselée dans le menu ; la matière céramique y est refouillée ; enfin les fenêtres sont à guillotine, et des rosaces sont inscrites sous l'ogive. Tels sont les caractères de cette façade, à laquelle nous, préférons de beaucoup les constructions en pans de bois qui font suite. Le bois ayant de grandes portées permet des encorbellements hardis, et il faut reconnaître que l'architecte, en s'abstenant de toute imitation de la pierre par le. bois, et en se procurant des ombres décidées par le creusement d'une matière qui se prête aux sculptures, a fait preuve de sens et de goût. » La façade anglaise comprenait cinq pavillons distincts; le plus important, placé au centre et destiné à l'exposition du prince de Galles, était de l'époque d'Elisabeth ou de l'architecture castellated.
La façade des États-Unis manquait totalement de caractère ; c'eût été une construction des plus convenables pour un café de New-York ou de Chicago. La Suède et la Norvège avaient pour façades. deux édifices de bois, dont le style était un mélange de suédois et de norvégien ; l'ensemble se divisait en quatre parties : un clocher d'église idu xv* siècle, une maison ancienne avec galeries du arcades, un portail d'église norvégienne, un stabuur, partie d'habitation destinée à conserver les pro-
visions de l'hiver. Tous les bois des façades et tous les éléments de décoration avaient été envoyés de Stockholm ou de Christiania.
A ces constructions Scandinaves succédait la façade italienne, grande arcade centrale, flanquée d'autres arcades plus petites, séparées par des colonnes de stuc imitant le marbre vert, avec mosaïques, terres cuites et marbres sculptés de toutes couleurs. « Les auteurs de ce frontispice ont été mal inspirés. Après avoir construit des arcades portant sur des pieds-droits, ils ont imaginé de boucher en partie le vide au moyen de deux colonnes et d'un énorme linteau sur lequel se dessine un second arc, séparé du premier par un vide, et s'y reliant par des pièces carrées qui figurent des bouts de poutre ou des bouts de panne. On se demande à quoi bon ces colonnes et le linteau qui les surmonte, et le second arc qui surmonte le linteau, et ce que tout cela signifie, même dans une façade élevée, seulement comme un simulacre d'architecture. Il y a là évidemment une réminiscence malheureuse de notr« Opéra de Paris; mais au moins, dans l'édifice de Charles Garnier, l'œil est agréabl^nent frappé de l'opposition que présentent deux ordres juxtaposés et très différents de proportion. Et le frontispice italien n'est pas mieux orné qu'il n'est conçu, car les ornements en sont chétifs et maigres, sans parler des petites peintures en mosaïque d'un style mince, qui viennent diviser la composition et, sous prétexte de la décorer, ne font que l'appauvrir. »
Une façade très curieuse, quoique très simple, était celle du Japon. Tous les morceaux apportés de Yeddo en avaient été assemblés sur place. C'était une porte à
deux battants soutenus par deux poteaux, avec deux sablières et deux trumeaux en menuiserie. On voyait le bois de charpente tout nu ; une capsule de cuivre vert> couleur bronze antique, revêtait l'extrémité des jambages. Les bouts de la sablière étaient redressés à la manière chinoise, mais légèrement, avec goût et mesure. Sur la seconde baie se trouvait un auvent, dont la courbure correspondait en sens inverse au redressement de la sablière. A droite et à gauche de cette seconde baie," les murs étaient décorés de deux grandes cartes géographiques coloriées, la carte du Japon et le plan de Tokio. Quant à la façade chinoise, dont les angles se retroussaient sans mesure vers le ciel, elle n'offrait rien de remarquable que les octogones et les losanges figurés sur la teinte ardoise des murs, comme pour un pavement. La façade espagnole consistait en un raccordement de divers morceaux de PAlhambra ; ce spécimen de Farchitecture arabe, avec ses frêles colonnettes et ses voûtes en stalactites, était élégant, soigneusement travaillé, ingénieusement arrangé pour la circonstance. Dans la façade austro-hongroise, galerie formée de neuf arcs pleincintre supportés par des colonnes accouplées d'ordre dorique, avec graffiti dans les tympans et les frises, on sentait l'influence du style allemand. La Russie avait une vaste construction de bois, comme celles de la Suède et de la Norvège, mais affectant beaucoup plus le caractère de la force par des assemblages de rondins dégrossis, et y ajoutant, dans les chambranles, une grande prodigalité de sculpture, La Suisse, au lieu de se faire représenter, comme on pouvait s'y attendre, par un simple chalet, s'était donné le luxe d'une lourde
construction sans caractère : larges fenêtres en arc bombé, garnies de vitraux peints ; grand arc surbaissé à pieds-droits énormes ; balustrade fluette formant une terrasse surmontée d'une toiture convexe qui n'avait aucun rapport avec le reste de l'édifice*
La façade de la Belgique se distinguait entre toutes les autres, surtout par la diversité et la beauté des matériaux. Cette constructioTi, remarquable par la solidité, par l'excellence de l'appareil et l'emploi raisonné des matières, avait aussi tous les défauts de la Renaissance. Partout des profils tourmentés, partout des bossages ; une profusion de loges, de galeries, de balcons, de balustrades ; des frontons brisés, des corniches à enroulements de mauvais goût, des acrotères n'ayant aucune raison d'être. « Ce sont là les caractères que l'architecture de la Benaissance, en ..passant d'Italie en Flandre, y mit en honneur au xvn« siècle, et dont le style parait être préféré aujourd'hui en Belgique ; ce style n'est autre que celui dans lequel ont été bâties la maison de Bubens à Anvers, l'église des Jésuites dans la même ville, et, en général, les églises élevées par la Compagnie de Jésus en Allemagne, en Italie, en France, à Coblentz, à Cologne, à Dusseldorf, à Venise, à Bome, à Naples, à Paris et dans mille autres lieux. »
Nous n'avons pas à nous arrêter devant la Grèce, dont la façade était uli édicule sans grâce et sans proportion, porté par d'énormes modillons romains et bariolé de tons crus, sous prétexte de polychromie. Un mot suffira pour le Danemark, qui avait reproduit le style de la Benaissance allemande et belge, avec un peu plus de sobriété, pien à dire du Maroc, de Tunis, de
Siam ni de la Perse, ces pays s'étant contentés de petites loges à peine suffisantes pour les concierges de leurs souverains.
Le Portugaji avait pour façade un portail d'église, construction singulière, mélange de tudesque et de roman, de gothique et de moresque, où Parc ogival se montrait épaté^en plein cintre, où les parois du porche étaient ornées de colonnes torses, de statuettes gothiques, et aussi de quelques détails arabes.
Enfin la Hollande, dans sa façadCj construite en brique et en pierre, avait mis un goût, une distinction, une mesure, qui contrastaient avec Pexubérante prodigalité de la façade belge, en modérant l'emploi des bossages, en ménageant des parties lisses, en usant de Taltemance des matériaux sans aflfectation, sans étalage.
Pour compléter cette revue de l'architecture à l'Exposition universelle, il nous reste à jeter un coup d'oeil sur les annexes dont les plus intéressantes, — un temple égyptien, une mosquée» le palais en miniature du shah de Perse, le bazar tunisien et la maison japonaise, — étaient placés au Trocadéro.
Le simulacre de temple antique , construit par les soins du gouvernement égyptien, offrait une masse imposante, avec ses hautes murailles, n'ayant de jour que par des ouvertures placées très haut, et son unique entrée ; il respirait le mystère : c'était bien la demeure impénétrable d'un dieu et de ses prêtres ; c'était bien l'architecture qui convenait à l'esprit de l'Egypte avant l'invasion arabe. Mais avec les Arabes un peu de mou-
vement et de gaieté vint modifier cette sombre immobilité de l'Egypte. Les surfaces, de simples devinrent ouvrées, et des moucharabiehs , fenêtres garnies d'un treillis délicat et serré, s'ouvrirent dans les murailles, La maison égyptienne, faisant suite au temple, présentait de ces moucharabiehs.
La mosquée, construite par M. Charles Wable dans l'espace réservé à l'Algérie, était une imitation libre de celle qu'on admire à Tlemcen. Remarquable par ses proportions, elle l'était également par le contraste entre la nudité extérieure des murailles et la richesse d'ornementation de l'intérieur. La rareté des ouvertures, dont quelques-unes percées en meurtrières, et les merlons surmontant les corniches des tours donnaient à la construction un caractère militaire, en rapport avec l'histoire et les nombreux sièges de Tlemcen. AprëS avoir franchi la porte extérieure, revêtue de faïences, on entrait dans le vestibule, puis dans une pièce carrée, à coupole ronde, d'où l'on arrivait, par une porte à arc quintilobé, dans un jardin icntouré d'arcades en fer à cheval sur colonnettes, et rafraîchi par la fontaine des ablutions. A trois des angles de la mosquée s'élevaient des coupoles, et, au quatrième angle, un minaret de forme carrée.
Le palais en miniature construit aux frais du shah de Perse était lé modèle réduit d'une de ses résidences, connue dans le pays sous le nom de pavillon des Miroirs. La pièce principale lui aurait valu également le même nom à Paris. Elle avait une voûte en stalactites, à nombreuses facettes revêtues de petites glacefe; le même revêtement se produisait sur les parois. On a
compté que onze cent mille morceaux de verre étamé avaient été mis en^ œuvre pour cette ornementation ; les lambris étaient divisés en petits damiers, dont les cases, taillées en pointes de diamant, mesuraient deux centimètres carrés. Les chambres non lambrissées de verres devaient être revêtues de faïences à colorations sans nombre ; mais ces faïences expédiées de la Perse et embarquées sur un navire à destination de Marseille, furent brisées dans une tempête, en sorte qu'on les remplaça par un papier peint fabriqué à Paris. A la fin de FExposition, ce joli palais a été donné par le shah de Perse au gouvernement français.
Le bazar construit par les ordres du bey de Tunis et le café marocain présentaient Tarchitecture arabe de l'Afrique occidentale, les alternances de couleur. Parc outre-passé, les arcades sur colonnettes et la voussure à plusieurs cintres.
La maison japonaise était très simple, avec une disposition très intelligente. Un grand rôle est joué par le bambou dans les constructions du Japon. C'est avec du bambou que le Japonais couvre son toit ; c'est dans un canal de bambou qu'il dirige l'écoulement des eaux de pluie ; c'est avec du bambou fendu et aplati que les pauvres gens se font des planches. Point de vitre aux fenêtres, mais du papier de riz rendu imperméable au moyen d'une préparation. Des cloisons mobiles, gHssant dans des rainures du plancher, permettent d'agrandir ou de rapetisser les pièces à volonté. Aucun autre meuble, à part la natte qui sert de tapis, de divan, de lit et de nappe, qu'une étagère et des paravents.
PEINTURE, SCULPTURE, etc. — La France et les Écoles étrangères. Angleterre, Autriche-Hongrie, Allemagne, Belgique, Pays-Bas, Suède et Norvège, Danemark, Russie, Grèce, Italie, Suisse, Espagne, Portugal, États-Unis.