AUTRICHE-HONGRIE
Peinture. — Membres du jury : Passini, F. de Harkanyi. — Médailles d^honmur : Makart, Matejko, Munkacsy. — Médailles de 2« classe : Canon, L'Allemand. — Médailles de 5« classe : V. Angeli, Benczur Cyula, Defregger. — Mentions honorables : Alt, L. Paal. — Diplômes à la mémoire d artistes décèdes : Germak, von Puhrich.
Sculpture. — Membre du jury : C. Kundmann. — MédaiMe de 1" classe : Zumbusch. — Médailles de 2« dasse :
Tautenhayn, THgi^er.— Médaille de 3« classe : Wagner. — - Mentions honorables : ScharflT, Schmidgruber.
Gravure. — Médaille de 2^ cl(me : Sonnenleitner. — Médailles de S* classe ■: Klaus, Unger.
ÂRCHiTEGnjRE. — Membre du jury : le cheralier Fertel. -^ Médaille dhonnenr : Schmidt. — l**» médaiUes : le chevalier T. de Hansen, le baron C. de Hasenauer. — 2" médailles : Schmoranz*-Machytka, A. Welemans. — 3" médaiUes ; Fellner et Heimer, Steindl. — Mentions honorables : C. Koning, F. Neomann, A Weber.
L'exposition de rAutriche-Hongrie était vraiment re*marquable : les ouvrages qui la composaient avaient été triés avec beaucoup de soin, et il ne s'y trouvait ipom ainsi dire aucun tableau qui ne méritât d'être regardé* Les critiques ont été unanimes à constater les progrès accomplis par l'Autriche-Hongrie, dans le domaine de l'art, depuis l'Exposition universelle de 1867. En recher* chant quelles influences ont pu déterminer cette évolution de l'art austro-hongrois, M. Paul Lefort s'exprime ainsi ^ : « A la seule exception près de la peinture de genre qui, avec MM. Defregger, Kurzbauer, Gabl, Max, Weisz et quelques autres, conserve encore d'étroits rapports avec Munich et Dusseldorf, l'Autriche-Hongrie n'obéit d^à plus exclusivementau courant germanique... Tandis que M. Makart, le plus brillanttles peintres viennois, abandonnant lui-même ses inspirateurs d'autrefois, Cornélius et Kaulbaçh, demande, depuis quelque années, un nouvel idéal aux glorieux décorateurs véai-
i. Gazette des beavaxfrU,
tiens ; que M. Munkacsy, un Hongrois établi à Paris et qui écoute volontiers les conseils de l'école française, cherche dans la voie d'un naturalisme expressif, môme, dramatique, un caractère de plus en plus accusé et personnel; que M. Sfatejka enseigne àCracovieles leçons d*un art élevé et y crée ce qui sera peut-être un jour Fécole polonaise;,,, la Belgique, la Hollande et nos propres paysagistes, — Troyon et Rousseau plus particulièrement, — comptent déjà nombre d'élèves et d'adeptes convaincus nés de l'un ou de l'autre côté de la Leitha ou du Danube. )>
Le morceau, capital de l'exposition austro^hongroise était l'Entrée de Charies-Omnt à Anvers, par M. Makart, tableau immense qui a fait événement et a sérieusement occupé l'opinion. « C'est un ouvrage magnifique et touffu, conçu avec ampleur, mené avec entrain, enlevé de haute lutte» et de main de maître, dit M. Charles Blanc. Gharles-Quint, monté sur un cheval de brasseur, à large poitrail, et revêtu d'une cuirasse d'argent sous sonman^ teau impérial, fait une 'entrée triomphale dans la capi* taie des Flandres, . précédé et soivi de seà hommes d'armes, au milieu d'un cortège de femmes superbes, les unes richehient costumées, les autres nues, ou plutôt voilées d'une gaze qui ajoute encore à letir nudité. La toilç régorge de monde. Les Aïiversoises, émbéguinées de leurs coiffes blanches et parées de leurs plus beaux atours, se pressent «iux fenêtres, sur les balcons, sur les perrons ; un léger vent agite lu soie des drapeaux, leS; pennons brodés, les bannières des gildes et des corperatiens religieuses,.. Toutes les conditions delà grande peinture, surtout dé là peinturé décorative, se trouvaient
réunies dans une pareille scène : des figures nues, des costumes opulents, des femmes et des vieillards, des jeunes filles, des enfants, des chevaux, des armures, des plumes, des linges blancs, des velours, des ors, de l'architecture... Les éléments pittoresques de son sujet, M. Makart s'en est joué avec l'aisance d'un maître pour qui la peinture n'a plus de secrets... Je sais bien ce qu'on peut dire de cette machine : qu'elle manque d'air, qu'elle est rissolée outre mesure, en mémoire des anciens tableaux, que les repos y sont un peu trop sourds. Mais ces critiques me paraissent oiseuses, en présence d'un pareil ensemble de qualités fortes. » M. Ernest Ghesneau, qui éprouve beaucoup moins d'enthousiasme pour l'œuvre de M. Makart et qui regrette que sa peinture ne soit pas plus voisine des illusions du réel, termine pourtant par ce grand éloge : « En dépit de tout, l'impression héroïque a été ressentie par l'artiste et retourne au public. M. Makart a ce double mérite : le mouvement de l'exécution, la flamme de l'idée. » A droite et à gauche de l'Entrée de Charks-Quint, se trouvaient deux autres toiles de M. Makart, deux portraits de grandes dames, œuvres parfaites de goût « dans la belle allure romanesque des portraits du xvin" siècle en France et du XIX* siècle en Angleterre ».
Suivant M. Charles Blanc, la différence est à peu près la môme de M. Makart à M. Matejko que d'Eugène Delacroix à Paul Delaroche. Mais M. Matejko est plus peintre que ce dernier, moins tendu et plus chaleureux, non-seulement dans VUnion conclue à Lubliri en 1569, ta-bleau dont l'effet se trouve affaibli par la dispersion des clairs et des vigueurs, mais dans le Baptême de la Cloche,
à Cracovie, qui éclate en colorations flambantes, et qui, suivant le mot d'un critique, est un véritable feu d'artifice de tons rutilants.
On avait reproché à M. Munkacsy de donner à ses compositions un caractère d'unité artificiel par des fonds trop obscurcis ; ce qui est visible dans V Atelier du peintre, tableau bien connu, où l'artiste s'est représenté lui-même. Il n'en est plus ainsi dans sa nouvelle composition : Hilton aveugle dictant le Paradis perdu a ses fUles. (( La scène représentée, dit M. P. Lefort, est émouvante dans son intimité bien observée. Assis dans un grand fauteuil à dossier élevé, le poète paraît absorbé dans ses pensées, tandis que celle de ses filles qui est assise au premier plan et écrit sur une table recouverte d'un tapis d'Orient semble à la fois écouter et admirer encore les beaux vers que le poète vient de dicter... Des deux autres jeunes filles, l'une est debout et contemple Milton avec une inquiète tendresse, et nous retrouvons cette même expression, mêlée de mélancolie, dans les traits de la seconde, qui a suspendu un instant son travail de broderie... Comme exécution, comme couleur,, ce tableau est une œuvre remarquable, où les noirs du costume du poëte, les gris variés des robes des jeunes filles, reliés par les tous plus gais ou plus francs de quelques acc^soires, forment un très harinonieux effet. ».
On a revu, non sans émotion, deux des meilleurs ouvrages de Cermak, mort cette année à Paris, dans toute la force de son beau talent. Le Monténégrin blessé, tableau saisissant, est peut-être le chef-d'œûvré de l'éminentet sympathique artiste. On a remarqué, de M, Beno-
zur, une œuvre plus énergique que savante, le Baptême de saint Etienne, premier roi de Hongrie.
Après les beaux portraits de M. Makart, Uiautcîttir les portraits de MM. Canon, d'Angeli, Griepôrlcen, -surtout le portrait de la Comtesse de 5c/ien6om, par R. Ganon, ceux de la Princesse Hélène de Schleswig et de M*"^* Schvbabè, par M. d'Angeli.
Parmi les tableaux de genre, citons : les Fugitifs et la Maison mortuaire, de M. Kurzbauer ; le Joueur de dthare et \eJeudup(mce dans le Tyrol,àe M. Defregger;5am patrie, de M. Schmidt ; fe Curé arbitre, de M. Gabl ; la Rue polonaise, de M. Kozakiewicz; les Paysans tyroliens, par M. de Blaas ; la Gare de chemin de fer, par M, Karger ; le Sacrifice de pigeons, par M. Fux; la Fiancée slave, î^diV M. Weisz. Parmi les paysages :.ceux de M, Otto von Thoren, Ribarz, Feszty, Meszoly ; la Rive gamde datbres, de M. Jettel; V Incendie dune forêt, de M. Zimmermann ; le Paysage hollandais, de M"' Tina Blau ; la Forêt de Fontainebleau, de M. Ladislas Paal ; le Brouillard d'automne, de M. Schindler, etc. Et, pour terminer,, n'oublions pas les brillantes aquarelles de M. Passini,- non plus que celles de M. Rudolf Alt.
En sculpture, nous ne trouvons guère à citer qu^un gracieux buste de femme, par M. Tilgner, et uû boudîer en métal, de M. Tautenhayn, remarquable par les compositions qui le décorent et par l'exécution.
ALLEMAGNE
On sait qu'après de longues hésitations, les peintres et les sculpteurs allemands furent autorisés par leur
gouTérnement à envoyer leurs œuvres à rExposition universelle du Ghatup de Mars, sans aVoir part toutefois à la Composition du jury ni à là distribution des récompenses. L'absence de TAllemagne dans ce grand tournoi eût été regrettable.
Ce n'est pas que FAUemagne pèse actuellement un poids bien considérable dans la balance artistique de l'Europe. Elle est restée, à cet égard, fort en arrière de PAngleterre, pour l'originalité comme pour la variété des oeuvres. <c Dans aucune branche de l'art, dit H. Charles Blanc, elle n'est égale à la France, même en tenant compte des tableaux militaires que les peintres allemands ont eu le bon goût de ne pas nous envoyer,* mais qui. n'auraient pas été supérieurs, on peut le croire;, à ceux qu'auraient exposés de Neuville, Détaille, si une réciprocité dé délicatesse n^avait fait écarter leurs œuvres de l'exposition française. »
Mais l'art allemand a son caractère propre, des tendances distinctes, et offre ainsi un intérêt considérable pour qui aime à établir le rapport des idées, à coordonner les observations. Il y a quarante ans, l'art allemand, subissant le coûtre-coup du mouvement littéraire inn prinïé par Schl^el, se fit symbolique, allégorique, philosophique, c'est-à-dire que, repoussant toute forme réelle, tout accident, toute particularîsatiôn, il s'enveloppa dans les isolennels et inaccessibles mystères de Fabstraction. On lui donna aussi le nom de romantique ; mais tandis qu'en France romantisme signifiait r^ur à la nature, en Allemagne il voulut dire réaction, et la peinture, remontant jusqu'aux maîtres primitifs,» dédaignant môme Rapha^, qu'elle' regarda comme trop
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paganisé, se perdit dans la quintessence du sentiment hiératique. La catholique Munich fut Iç berceau de cette école dont Cornélius et Overbeck se montrèrent les apôtres inspirés.
A Dusseldorf, sa rivale protestante, se formait également une lignée d'artistes remarquables, Lessing, Bendemann, Achenbach, etc. Quand Guillaume IV arriva au trône, Munich émigra à Berlin et bientôt les monuments prussiens se couvrirent d'immenses fresques où toutes les conceptions de la métaphysique furent traduites par la couleur. La peinture se fit hégélienne, et Kaulbach, avec un talent de premier ordre, personnifia dans ses immenses compositions le rôle spéculatif des diverses époques. Cette forme de l'art monumental tel qu'il est compris^ en Allemagne, nous l'avons vu à l'Exposition universelle de 1867 à la suite de laquelle Kaulbach obtint une médaille d'honneur en même temps que deux de ses compatriotes, M. Knaus, pour ses aimables scènes de genre, et M. Drake pour ses sculptures.
Aujourd'hui que les Cornélius, les Kaulbach, les Overbeck, les Schnorr, les Winterhalter sont morts, l'école allemande a perdu beaucoup de sa grandeur. L'art officiel, académique. Jouit encore d'un certain prestige, il est vrai, et possède de savants représentants en MM. Piloty, le célèbre professeur de Munich, Richter, Menzel, Hennéberg, etc. Mais ce n'est pas celui-là -que nous avons été à même d'apprécier, car il n'a pas quitté les murs de Berlin, de Dresde ou de Munich, pour venir nous parler à Paris son prétentieux et obscur langage. Le <( genre » et le paysage, la nature et la vie hur-
maine, représentés dans leurs aspects pittoresques, dans leurs mœurs intimes et caractéristiques, voilà la peinture qui s'est spécialement développée en Allemagne depuis quelques années, celle qui s'est surtout fait remarquer aux récentes expositions de Vienne et de Londres, et que nous avons pu voir aussi presque exclusivement à l'Exposition du Champ de Mars.
« C'est dans le tableau de genre, dit M. Edouard DrumontS qu'éclate incontestablement la supériorité de l'école allemande. Le tableau de genre allemand n'a pas l'aspect un peu superficiel qu'il a souvent chez nos artistes qui, en recherchant le charmant, tombent dans le maniéré et le faux. Examinez attentivement les œuvres de Knaus, et vous vous sentez enveloppés par la séduction exquise et pénétrante qu'elles dégagent par la seule manifestation de la vérité. . . Les artistes d'outre-Rhin ont une patience incroyable à regarder le visage humain ; ils sont incomparables pour produire des effets merveilleux avec des jeux de physionomie, pour tirer de ces deux choses si ordinaires, le rire et les larmes, des poèmes tout entiers. Us ne s'arrêtent pas, comme il arrive chez nous, à un air, à une moue, à une grimace ; ils saisissent avec moins de spontanéité, mais ils méditent davantage ; ils creusent plus, et cette intensité dans l'observation prête à leurs créations un accent de naturel qui vous impressionne profondément. Cet art naïf et bonhomme en apparence est au fond grave et fort. »
Il y a plus d'un quart de siècle que M. Knaus obtient en Allemagne et même en France un succès qui n'a