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La Liberté

jamais été contesté. Presque seul parmi les artistes étrangers, il est représenté à notre musée du Luxembourg. On aime chez lui un sentiment délicat du vaudeville, une émotion doucement attendrie, une habileté ingénieuse à mettre en scène Téternelle comédie des enfants. Il y a un sentiment très dramatique et une vérité émou- • vante dans son Enterrement, Sa Fête éTmfants est une charmante composition. Mais, suivant M. Paul Mants^ il semble dans ses plus récents tableaux avoir exagéré sa manière douce et fondue, et avoir voulu donner plus de souplesse encore à son modelé. Ainsi, dans Une Bonne Affaire, physionomie comique et très expressive de gamin, le travail paraît plus caressé qu'il n'est nécessaire en des sujets de petite dimension et de petit injérêt. « 11 est inutile d'être suave dans la caricature », ajoute M. Mantz. Après M. Knaus, nous nommerons M. Piltz, qui s'est inspiré évidemment de lui dans la Leçon de gymnmtique ; puis la Baraque de foire, par M. Meyerheim; V Heure de crise, par M. Hildebrand; la Banque populaire en faillite, par M. Bockelmann; les Paysans politiquant, par M. Leibl ; une Salle de bibliothèque à Rome, par M. Louis de Hagn.

M. Menzel mérite une place à part. Artiste de premier ordre, il a voulu faire dans VVsinei en quelque sorte, l'épopée de la fonderie. « Les feux orangés des fourneaux, dit M, Durnnty, et le jour pâle du dehors, voilé par une buée de vapeur, se combattent dans l'antre sombre et confus où des bras, des têtes, des corps, des roues, des tringles, des charpentes, entremêlent leurs silhouettes, leurs détails, à travers les lueurs et les ombres... Un peuple d'ouvriers, la pipe à la bouche, les

reins cambrés , les bras levés ou le dos courbé, se raidit, pour frapper, soulever, traîner. Des hommes mangent dans le coin le plus noir ; d'autres, demi-nus, se lavent et s'essuient. Les gestes, les mouvements me rappellent Daumier., M. Menzelesf un profond observateur. C'est. très àim^ple, très fort et très beau, en dépit des tons lourds et salissants qui écrasent certains coins de <5ett6 toile. » Le même peintre avait exposé, en outre, le M officiel, petit tableau excellent da, poses, d'attitudes, -de vérité.

Le paysage purement germanique n'était sérieusement représenté au Champ de Mars que par les Bords de ï Estant et le Moulin, de M. André Achenbach, auxquels on peut ajouter la Solitude, par M. Schennis. Tout le monde à Paris connaît le talent de M. Achenbach, qui, comme M. Knaus, est représenté au Luxembourg. Les deux toile? citées plus haut sont justes de ton, très consciencieuses, très finies.

Parmi les portraitistes allemands, M. Lenbach est venu se placer au premier rang à côté et peut-être au-dessus de M. Leibl. Son portrait du docteur Dollinger restera l'ull'dfis irifeill^ars<souvenîrs de cette exposition. Nos critiques ont signifié chez lui une exécution singulièrement léè^^ré qui fait que ses portraits ressemblent à d'anciens tableaux*

Dans la peinture de style, quand nous aurons cité une œuvre célèbre en Allemagne, la Chasse à la Fortune, de Rodolphe Henneberg, mort en 1876, V Idylle marine, de M. Bœcklin, empreinte d'une poésie farouche, ks Disciples de Platon, motif de frise sur fond d'or, par M, KuUé, il ne restera plus guère que le Wallenstein, de

M. de Piloty, ta))leau qui n'est pas notablement supérieur à un Claudius Jacquand, et le Crucifiement, de M. Altdorfer, qui est un pastiche ifort anodin.

Reste la sculpture. M. Reynold Begas est aujourd'hui le plus célèbre sculpteur allemand. Ses bustes de M** Hopfen et de M. Menzel, Tauteur de rUsine, sont d'une grande vérité. Son groupe de FEnlèvement des Sabines a de l'expression, mais aux dépens de la beauté des lignes, qui sont anguleuses. Quant à son autre groupe, qui représente Mercure enlevant Psyché, il ne mérite qu'un éloge modéré, a La draperie de Mercure s'arrondit en paraphe, et Psyché est trop Têtue. Elle a positivement une jupe. C'est de la morale ; ce n'est pas de la sculpture. » Nous n'avons plus qu'à citer VAdam, de M. Hildebrand, le groupe où M. Sussmann-Hellborn a réuni la poésie lyrique et la chanson populaire, le Satyre de M. Hartzer, F Amour impertinent, de M. Kopf, les bustes de M. WagmûUer,

BELGIQUE

Peinture, — Membres du jury : Delin, Slingeneyer, de Laveleye. — Médailles d'honneur : Wauters. — Médailles de !'• classe (rappels) : Alfred Stevens, F. Willems. — Médailles rfe !'• classe : Verlat, de Winne. — Médailles de 2* classe : Glays, Cluysenaar. — Médailles de 3* classe : M"* M. Collart, F. Lamorinière» Verwée. — Mentions honorables : H. de Brackelaer, A. Hennebieq. — Diplômes à la mémoire d'artistes décédés : baron Leys, Madou, baron Wappers.

Sculpture. — Membre du jury : Fraikin. — Médaille

de !'•' classe : de Vigne ; — de 2' classe : L. Mignon ; — de 3« classe : A. Cattier. — Mentions honorables : P. Comein, Wiener.

Gravure. — Médaille de 1'* classe : G. Biot. — Men-ikn honorable : St. Pannemaker.

Architecture. — 3« médaille : Carpentier.

Il n'y a de Paris à Bruxelles que quelques heures de chemin de fer. « C'est là un obstacle à l'originalité, dit M. Charles Blanc... Les maîtres charmants que la Belgique a enfantés depuis la révolution qui Ta constituée «n nation indépendante sonj pour tous les Français qui visitent annuellement nos salons de vieilles connaissances. Leur esprit ressemble au nôtre, leurs palettes ont les mêmes tons, et ceux d'entre eux qui ont une physionomie distincte ne l'ont guère que dans les détails, dans quelques roueries d'exécution; encore les ont-ils empruntés de nos réalistes. Les tableaux de genre et les paysages qui abondent dans l'école belge auraient pu tout aussi bien être peints place Pigalle ou dans le quartier du Luxembourg... Rien d'assez particulier pour qu'on fasse une distinction profonde entre l'école française et l'école belge. L'une est aujourd'hui la succursale de l'autre. Il n'est guère que Leys et son école qui aient donné un caractère bien flamand à l'école flamande moderne. »

M. Paul Mantz a pourtant signalé dans l'exposition belge de 1878 une note particulière. « En entrant dans les salons de l'exposition belge, dit-il, on se trouve en présence d'artistes honorables, sagaces, attentifs, mais qui inclinent à la mélancolie. Et pourquoi la Belgique

s'est-ella attristée ? Pourquoi la couleur, qui fut si longtemps son rêve et son triomphe, ne tient-elle plus qu'une place secondaire dans son idéal?... Ce sentiment de langueur se trouve chez presque tous les peintres belges. Il est à peine dissimulé chez Pùn des plus habiles d'entre eux, M, Emile Wauters. Certes M. Wauters a la main fine, Pour le juger comme exécutant, il suffirait d'examiner une étude d'après nature, un Mendiant, qu'il peignit autrefois pendant son voyage à Rome. C'est robuste et franc. Depuis lors, M. Wauters s'est passionné pour l'histoire, et telle est, en effet, sa vocation véritable. Marie de Bourgogne demandant la grâce de deux de ses conseillers, la Folie de Hugo van der Goes, et Marie de Bourgogne jurant de respecter les privilèges de Bruxelles, sont de bons tableaux, où le souvenir du passé s'exprime convenablement pour le caractère des types et la coupe des habits,mais beaucoup plus faiblement sous le rapport du ton... Il a en outre une tendance singulière pour un Brabançon : il donne aux chairs dev ses personnages des colorations jaunissantes. C'est là, du reste, une des caractéristiques de l'école actuelle : les Belges, même ceux d'Anvers, peignent aujourd'hui les carnations avec un mélange de jaune et de gris. Le résultat a de la finesse ; mais cette suppression systématique du beau sang rouge et des belles peaux blanches étonnerait un peu Rubens. »

On remarquait encore, parmi les tableaux d'histoire, la grande toile de M. Cluysenaar, Canossa en 1077, représentant l'empereur d'Allemagne agenouillé et repentant devant Grégoire VU ; le Barabbas et le Repos de la Sahite Famille, par M. Verlat; les tableaux où M. A. de Vriendt

a mis en scène Charles-Quint et Jacqueline de Bavière; puis, dans les sujets symboliques, la Marche des Saisons, par M. Eugène Smits.

Pour la représentation de la vie actuelle, le peintre consacré est M. Alfred Stevens, « le premier homme du inonde, dit M. Victor Gherbuliez S pour broder une dentelle, pour faire chatoyer le satin, pour peindre la soie, le velours, et surtout les châles de cachemire. Les femmes qu'il afiFuble de ces robes et de ces châles incomparables sont le plus souvent des créatures interlopes, profondément versées dans Fart des dangereuses séductions. Le chef-d'œuvre de M. Stevens en ce genre est son Sphinx parisien. » M.' Florent Willems, Thabile spécialiste du satin, possède des qualités d'exécution remarquables. M. Henri de Brackelaer, un des peintres les plus intéressants dé la Belgique, cherche savamment la lumière et l'ombre, comme on peut le voir dans son Géographe et dans sa Fête de la grand'mère. M. Théodore Gleynhens, dont la célébrité est encore toute nouvelle, parait vouloir suivre la môme voie. Il y a aussi du talent, un calme harmonieux, dans les intérieurs de MM. Ter Linden et Lagye.

Dans le paysage, il faut nommer au premier rang M** Marie Gollart, seg vergers, ses modestes herbages, art tout à fait intime, sous un léger voile de tristesse ; puis MM. Xavier de Cockj Lamorinière, de Knyff, Papeleu; puisMM. Isidore Meyers et van der Hecht, qui sont des nouveaux venus. M. Hippolyte Boulenger, mort en ^^74, était en grand honneur près de ses compatriotes ;

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