SUÈDE ET NORVÈGE
Peinture. — Membres du jury : Dardel, Dietrichson.
— Médailles de 1'* classe : Munthc, A. Wahlberg. — Médailles de 2* classe : baron G. Gederstrôm, Pettersen.
— Médaille de 3« classe : Heyerdahl. — Mentions honorables : Salmson, Sinding. — Diplôme à la mémoire d*artiste décédé : Tideman.
Sculpture. — Mentions Iwnorables : M™* L. Ahlborn, 0. Berg, Borjésson.
Les artistes de la Suède-Norvège manquent de traditions nationales, a Ceux qui traitent la figure, dit
M. Charles Clément, se rattachent très étroitement à Fécole de Dusseldorf. Quant aux paysagistes, c'est à l'école française qu'ils ont, pour la plupart, demandé des enseignements. » Beaucoup d'entre eux sont devenus très Parisiens.
M. Heyerdahl est de ceux qui travaillent à Munich. Son grand tableau, Adam et Eve chassés du paradis, est curieux sous tous les rapports. M. Heyerdahl a incarné dans Adam l'esprit de révolte. « H en a fait, dit M. Paul Mantz un rude paysan qui, chassé par son maître, se* retourne, le visage contracté par la colère, le poîng^ fermé et menaçant... Quant à la peinture, elle n'est pas moins surprenante : les formes, empruntées à la réalité, sont de style médiocre ; les colorations sont brunes et éteintes, mais le modelé des surfaces est extraordinaire, et il n'y a pas à l'Exposition beaucoup de tableaux dans lesquels la morbidesse de l'épiderme ait été caressée avec une curiosité plus attentive. M. Heyerdahl indique les reliefs et les méplats avec la passion d'un sculpteur modelant l'argile. » Le même procédé de travail se retrouve chez M. Pettersen, qui réside également à Munich ; il avait exposé un Judas et deux portraits pleins d'intimité et de vie.
On regardait beaucoup à l'exposition suédoise le grand tableau de M. le baron Cederstrôm, représentant Charles XII mort et transporté par ses officiers à travers la frontière norvégienne. Les critiques en ont porté un jugement favorable ; voici celui de M. Charles Clément : « La composition est originale, inattendue, et, sans symétrie apparente, très bien pondérée... Les figures sont sérieusement étudiées... La facture est ferme,, et
Tatmosphère enveloppe bien les personnages. » Un autre tableau important était celui deM. Arbo, intitulé Asgaardreid; le sujet appartient à une légende norvégienne, d'après laquelle ceux d'entre nous qui n'ont pas. fait assez de bien pour mériter le ciel, ni assez de mal pour aller en enfer, sont condamnés après leur mort à chevaucher dans les airs jusqu'à la fin du monde : Tefifet de cette foule de figures, chevauchant dans les nuages et capricieusement éclairées par la June qui brille au-dessous d'eux, est très fantastique.
Dans le genre, nous citerons, avec M. Charles Blanc, « notamment M. Hagborg qui, habitant la France, a fait, comme Fortin, de la peinture bretonnante; M. Salmson, qui a peint en grand, avec netteté et fermeté, une Picarde dans le goût de Jules Breton; M. Lerche, qu'on pourrait prendre pour un Belge, d'après le caractère de son Réfectoire et de sa Chronique scandaleuse; M"« Schielderup, élève de nos Parisiens, et M"« Zetterstrôm, dont le tableau sans nom au livret, que j'appellerai Bonheur en famille, me rappelle, par le sentiment des figures rustiques groupées autour d'un enfant, les jolis dessins que Leprince rapporta • de Russie, au siècle dernier. » Il faut citer aussi : M. Fagerlin, le maître des scènes sentimentales, dont l'amitié pour Dusseldorf est si forte, qu'il paraît oublier son pays natal et que son touchant tableau, Plus d'espoir, se trouve dans la section allemande; M. Ross, dontZa Débutante et l'Introduction se recommandent par l'expression des figures ; M. Zetterstein, qui a représenté un jeune homme et une jeune fille en costume national, « petit ouvrage naïf et agréable )> ; M. Nordenberg, qui
a peint avec un grand accent de yérité des Chasseurs rentrant à la maison.
Les paysagistes sont très nombreux en Suède et en Norvège. Parmi ceux qui restent plus particulièrement fidèles au caractère de la nature locale, nous nommerons d'abord M. Munthe, à qui le jury a décerné une première médaille, et dont le nom, presque nouveau pour la France, est célèbre en Allemagne, en Hollande, en Belgique. Il a un talent plein de vigueur. Son Paysage dhiver était traité avec une maestria superbe. Vient ensuite M. Smith-Hald, qui a représenté avec beaucoup de talent un Débarquement de voyageurs quittant le bateau et abordant la côte couverte de neige; puis M. Hans Gude, habile peintre de Clairs de lune ; puis MM. Skramstad, Askevold, Bergh, Schirve, etc. Parmi les paysagistes de la Suède-Norvège, chez qui se voit plus particulièrement rinfluence de l'école française, la première place appartient à M. Wahlberg, auquel le jury a décerné, comme à M. Munthe, une médaille de 1*^* classe. Ses œuvres montrent parfois une préoccupation manifeste de Corot ; parfois aussi sa manière prend les allures du «décor, mais il a de la grandeur et de la puissance. Au même groupe se rattachent MM. Gegerfeit, Garl Skanberg, Lovas, Lindman, etc.
En Suède et en Norvège, la sculpture est rare. A peine peut-on citer quelques statues de marbre ou de plâtre : le Viking prisonnier, de M. Borjesson , bonne étude d'atelier, qui a été exécutée à Paris, ainsi que les deux bustes de M. Fallstedt ; V Enfant, de M. Berg, modelé à Bome, ainsi que le Méléagre,ûe M. Magelssen,etle Vase de M. Carlsson.