‹ L'ANNÉE ARTISTIQUE (volume 2)Chapitre 74 sur 218 · DANEMARK · texte numérisé non relu

DANEMARK

Peinture. — Membre du jury : M.-L. Prœlich. — Médaille 1" classe : Cari Bloch. — Mention honorable : Jerndorff.

ScuLBTURE. — Mention honorable : Smith.

« Si Ton dressait une carte des forces comparatives des diverses nations en peinture, le Danemark devrait

être teinté en noir. » C'est M. Paul,Mantz qui parle ainsi, et il n'a fait que formuler en termes précis la pensée qui se retrouve chez tous les autres critiques. Le même écrivain ajoute : « Par une singularité inexplicable, on . sait peindre partout, excepté à Copenhague. L'exposition danoise n'a cependant pas été organisée au hasard ; on a envoyé â Paris quelques-uns des tableaux de la galerie royale de Christiansborg, et la plupart des exposants sont membres de l'Académie. )>

Malgré les défauts d'une exécution insuffisante, indécise, terne et noire, l'exposition du Danemark oflfrait un genre d'intérêt spécial. <( Se promener dans la section danoise, disait M. Victor Cherbuliez, c'est faire un voyage en Danemark, et ce voyage est aussi agréable qu'intéressant. Une bonhomie patriarcale dans le choix des sujets, des mœurs locales étudiées sur le vif, des visages honnêtes qui inspirent la confiance, de bonnes gens qui ont l'air de se trouver bien où ils sont, une lumière, tantôt voilée, tantôt crue, un dessin consciencieux, appliqué, dont le seul défaut est un excès de rondeur, voilà ce qu'on trouve dans la plupart des

tableaux que nous a envoyés Copenhague. » M. Cherbuliez disait encore : « Ce qui distingue surtout les peintres du Danemark, c'est que leur pinceau est toujours propre, il Test même trop, il est propret... Quand on regarde un tableau danois, on se prend à soupirer après une tache... M. Exner nous introduit dans l'intérieur des ménages rustiques, et sa peinture a du charme. Pourquoi faut-il qu'avant de nous être montrés, les plafonds, les planchers, les chaises, les tables, les assiettes, l'herbe et les arbres aient été lavés, récurés avec un soin trop minutieux ? Comme les meubles, comme les vêtements, il semble que les visages n'ont jamais servi jusqu'à ce jour, et les sourires sont tout neufs... Mais ce qui nous intéresse le plus en peinture, ce sont les meubles qui ont un passé et les âmes qui ont vécu... On peut adresser aux paysages danois la même critique qu'aux tableaux de genre ; ils sont trop soignés, trop ratisses. On attendait du monde, on a balayé les allées, peigné les arbres, les voilà dignes de figurer dans la cérémonie. »

M. Exner est un peintre de genre qui a du sentiment. Son Enfant malade offre une intention émouvante. Malheureusement il ne sait pas peindre. L'aspect de ses scènes familières est celui des chromolithographies ou des enluminures à bon marché. M. Cari Bloch peint des scènes historiques, des sujets religieux, des motifs de genre, mais tout cela dans une manière indécise et effacée. Son Roi prisonnier, Christian II, dans le château de Sonderborg, est une grande page vide ; son meilleur tableau, bien faible encore, est une Scène d'abattoir. Citons, avec M. Charles Blanc, un Effet de forge de

M. Kroeyer, lies Élans tués et la Chusse au sanglier, de M. Bâche, le Garde suisse au Vatican, de M. Lund ; avec M. Charles Clément, un Paysage de M. Frûs, et surtout de M, Rôlle un Paysage « qui se distingue de la plupart des ouvrages des peintres danois par sa couleur claire, fraîche et vive » ; puis le Jour d*étè, de M. Kyhm, et de M. Block, un Moine qui plume un poulet, des Forgerons, M ouvrage inégal, mais qui a du mérite », une Vieille femme gardant son vieux mari malade, « scène pleine de recueillement ». Suivant M. Paul Mantz, le seul tableau danois intéressant est celui de M. Dalsgaard, la Jeune Fille- qui écrit une lettre, « La disposition est ingénieuse... l'attitude est naturelle, et, au point de vue du clairobscur, il y a là une velléité délicate et presque hollandaise. Mais M. Dalsgaard ne sait pas donner d'accent à sa pensée. Cette impuissance est d'ailleurs générale chez les honorables académiciens de Copenhague. Leur exécution, plate et propre, évite soigneusement tout ce qui ressemble à l'esprit. »

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