GRECE
Peinture. — Médaille de 3* classe : M. Gyzis.
Il y a aujourd'hui cinquante ans que le peuple grec eut un premier mouvement de résurrection et qu'il eut de nouveau conscience de lui-même. « Durant ce court intervalle, dit M. Charles Blanc, Athènes, qui n'était plus qu'une agglomération de misérables cabanes et d'auges à pourceaux, s'est couverte d'édifices en marbre, elle a bâti des écoles, des hôtels, des palais, une académie, des musées, un magnifique observatoire; elle a percé des rues spacieuses, de grands boulevards; elle a relevé les ruines du temple de la Victoire Aptère; elle a des sculpteurs... Le modèle en petit du fronton de l'Académie par M. Drossis, et celui des Luttes olympiques par M. Vroutos, sont des ouvrages importants qui annoncent un prochain développement de la nouvelle sculpture hellénique, encore voisine de son enfance. Mais le morceau le plus remarquable de l'exposition grecque est sans contredit le Génie de Copernic par M. Vroutos. Sans doute l'invention de ce marbre est hardie jusqu'à la témérité, pour ne rien dire de plus; mais l'exécution est très louable pour sa finesse, pour le rendu délicat des formes choisies, et Ton peut prédire que le talent de M, Vroutos, mieUiX dirigé, sera un talent chaleureux, expressif, comme il l'est déjà dans le buste à' Achille et dans celui de Canaris,,, M. Kossos a exposé des œuvres dignes d'éloges et d'attention, mais ses bustes me paraissent valoir moins que ses bas-reliefs et ses médaillons; le Satyre de M. Ghapelas, motif emprunté de la
statuaire romaine, est un groupe aimable, dont Texécution laisse à désirer. Il en est de même des marbres de MM. Philipolis et Fitali... »
Quant aux œuvres de peinture, elles sont ainsi appréciées par M. Victor Gherbuliez : « La Grèce est représentée au Champ de Mars par un imitateur de M. Gérônie, par un impressionniste, que M. Manet empêchée de dormir, et par un peintre de genre d'un vrai mérite. L'imitateur de Gérôme, M. Rallis, n'est pas sans talent; il a beaucoup appris de son maître, mais il n'a pas dégorgé; il le copie trop visiblement. L'impressionniste, M. Périclès Pantazis, est plutôt un simple intentionniste, et ses intentions sont tantôt bonnes et tantôt mauvaises. Son défaut le plus grave est que sa peinture manque de gaieté, elle est lugubre. Le peintre de genre est M. Nikiforos Lytras; . . Il a peint des intérieurs grecs, où tout est grec... Sa peinture est très claire et n'a rien de frelaté. C'est un petit vin du cru, qui a de la franchise et du montant. »
ITALIE
PEDiTURE. — Membre du jury : Pagliano. — Médaille dlionneur : A. Pasirii. — Médaille de 1*® classe : G. de Nittis. — Médaille de 2« classe : E. Pagliano. — Médailles de 3« classe : Girolamo Induno, A. Rotta ; — Mention honorable : A. Vertuni. — Diplômes à la mémoire d'artistes décédés : Faruflni, Fracassini.
Sculpture. — Membre du jury : le commandeur Monteverde. — Médaille d'honneur : Monteverde. — Médaille de 1'" classe : B, Civiletti. — Médailles de 2" classe :
Belliazzi, Ginotti. — Médailles de 3* classe : Borghi, Bortone. — Mentions hanorables : E. Ferrari, Maccagnani, D. Tabacchi.
Gravure. — Mention honorable : A. Gilli.
Architecture. — Membre du jury : le commandeur Basile. — 2« médaille : Trêves. — 3« médaille : G. Ferrario. — Mentions honorables : L. Boffl, A. Busiri.
« L'Italie, qui avait hérité de la Grèce le privilège du grand art, dit M. Charles Blanc, Ta depuis longtemps perdu, et, en fait de peinture, elle en est maintenant à se constituer une sorte d'école hollandaise. Qui jamais aurait pu prévoir que dans la patrie de Léonard et de Michel-Ange les artistes les plus distingués, les plus en vogue, du moins, seraient des peintres de genre, pimpants et coquets, ultra-maniérés, des imitateurs de Fortuny I On pouvait s'attendre qu'une école ressuscitée recommencerait par le commencement, qu'elle serait de nouveau naïve comme au xiv» siècle; c'est le contraire qui arrive : elle débute comme les autres finissent... C'est de l'Italie que nous viennent, ou plutôt que nous reviennent le joli, le coquet, le précieux, l'amour de l'intimité, le culte du détail. »
M. Victor Cherbuliez prend la défense de l'Italie contre ceux qui lui reprochent aujourd'hui de ne pas remonter, en art, jusqu'au xrv« siècle, ou pour le moins jusqu'au temps de Léonard, de Michel-Ange, deBaphaêl:
« Ceux, dit-il, qui exhortent les Italiens d'aujourd'hui à refaire la Transfiguration et la Joconde sont aussi raisonnables que ceux qui engagent les dramaturges français contemporains à refaire le (M et Britannicus; autant
vaudrait demander à la Normandie de ne plus produire de pommes et de se mettre à produire des olives. Chaque siècle, chaque époque a pour ainsi dire son diinat, et chaque climat n'est favorable qu'à certains genres de culture. Rendez à Fltalie la civilisation, les idées, les croyances, les mœurs du xvr siècle, et peut-être aurat-elle de nouveau des Léonard et des Raphaël. »
Quoi quil en soit, M. Ernest Ghesneau nous paraît donner dans les lignes suivantes, sous une forme humoristique, une juste appréciation de l'école italienne con-
temporaine: « Un tableau, le Pnntemps,ipdiTM. Michetti, peut passer pour l'œuvre-type de l'école; on l'y retrouve tout entière avec ses finesses et ses erreurs de goût, avec ses charmes et ses défaillances. Un vol de petits culs-nus d'amours s'est abattu sur un tertre en vue de la mér. En quel pays ? Quelle est cette mer ? Qu'importe ! La mer azurée, cela suffit; un tertre fleuri, que faut-il ,de plus aux amours, ces éphémères? Et là, se culbutant, se poussant, se tordant, se vautrant, s'ébattant, dansant, chantant, riant, criant, tapant des mains, ridant du pouce la peau d'âne des tambours de-basque, se branchant dans les arbustes roses, voletant comme des moineaux francs, dormant à poings fermés, ronflant la bouche ouverte, le ventre au soleil, la peau zébrée d'ombres violettes qui se posent comme des marbrures de baisers sur la chair nue et dorée de leurs petits corps, ces gamins turbulents, cravatés de fleurs, parés de draperies étrusques, de satins japonais, coiffés de calottes émaillées, batifolent prodigieusement dans ce coin de terre, où ils font la plus belle partie d'école buissonnière qui se puisse imaginer, sous la garde d'un bon chien, folie
dernière, aux yeux inégaux, brun etTairon. Ils ont laissé carquois et flèches à la classe de tir à Parc que M'"* Vénus dirige là-haut dans Tempyrée... Affranchissement de tout frein, renoncement absolu à toute mesure, violation spirituelle de toutes les règle^ rupture avec la tradition, dédain des routines, affolement du geste,, dérèglement des attitudes, verve endiablée, joie hîlarante, débauche de la forme, ivresse du ton, tumulte de la couleur, vertige de la lumière : tel est le tableau
et son amusante extravagance. Ce tableau, avec son
cadre sculpté, où rampent toutes sortes d^animaux, n'est pas le seul qui arrive à cette exorbitante exaspération du simulacre des énergies vitales. M. Michetti le double lui-même d'un autre tableau, le Baiser; et auprès de lui la pyrotechnie recommence de plus belle : c'est M°*® Sindici Stuart et M. le chevalier Mancini qui lancent à qui mieux mieux dans la poussière des routes napolitaines les attelages clinquants, enrubannés, chargés de fleurs et de gais visages, au retour de la fête de la Madone de PArc; c'est le chevalier Giuliano qui épanouit au soleil couchant le rire sonore des belles ftUes de la rivière de Gênes; et tant d'autres fantaisies..» Parmi les tableaux de genre, nous citerons: la Revue de r héritage, de M. Pagliano, qui a exposé une autretoile de qualité très inférieure à celle-ci; Napoléon- annonçant à Joséphine ses projets de divorce; une Fable d'Ésope,. de M. Roberto Fontana; les Èmigrants, de M. Girolama Induna; les Deux Mères, de M. Busi; Comment cela finirat-il? de M. Moradei; Carminé Giordano, par M. Battaglia; P Atelier de tailleur, par M. Favretto; la Gondole et le Retour du baptême, par M. Francesco Jacovacci; un Baptême dans.
rite dlschia et la Voie Flaminia, par M. Pio Joris, qui combine la figure ayec le paysage, et qui fait en outre de brillantes aquarelles. Au genre se rapportent encore les noms de MM. Marchetti," Simonetti, Volpe, Gioli, Bianclii, Nono, etc., et au paysage ceux de MM.Pittara, Tivoli, etc.
Une mention spéciale est due à MM. Pasini et de Nittis, deux Italiens de Paris et de Londres, qui se sont réunis à leurs compatriotes pour PExposltion universelle. M. Pasini était représenté par onze tableaux, « paysages d'un orientalisme adouci, turqueries spirituelles et charmantes », et Ton a pu se convaincre que cet artiste, qui eut à Porigine une manière légère tenant un peu de celle de Paquarelliste, a singulièrement afFernïi son pinceau. Comme le dit M. Charles Blanc, Pasini est le Fromentin de ritalie. « Pasini et Fromentin dessinent à peu près de même, sauf que le dessin de Pasini est mieux su, et celui de Fromentin mieux senti. Quant à la couleur, Pasini la resserre, lui aussi, dans de petits cadres, où il la fait pétiller, étinceler, chatoyer sur les riches harnais de ses montures, sur la soie des femmes de harem gui passent, sur les cafetans brodés, sur les armes de luxe, sur le ^plumage des oiseaux... » M. de Nittis avait exposé douze tableaux, Vues d'Italie, de Paris et de Londres. « Du soleil qui poudroie sur la route blanche de Brindisi, dit M. Paul Mantz, il est allé aux plus épais brouillards de la Tamise, et ses derniers tableaux doivent éveiller chez les Italiens des surprises extrêmes. Et ce n'est pas seulement le ciel qui a été renouvelé; c'est aussi le pinceau. M. de Nittis n'est plus le miniaturiste passionné qui, dans ses paysages du
Midi, exprimait, avec intensité du rayon lumineux, le fin dessin des figurines microscopiques et la physionomie des visages grands comme Fongle d'une main d'enfant; il a beaucoup laissé croître ses personnages, et, peu à peu, il a négligé l'exécution, cherchant l'efTet d'ensemble, les belles harmonies grises de l'air. extérieur, et ne voyant plus dans les figures humaines que des taches intenses sur des fonds plus clairs... Gomme clairobcuriste, M. de Nittis demeure d'une justesse prodigieuse... Parmi ses derniers tableaux, il en est un surtout qui nous paraît original et imprévu. C'est Westminster... L'eflfet est d'une vérité irrésistible... »
En sculpture, les tendances générales de l'école italienne sont plus que jamais de chercher le joli et de perfectionner le travail du ciseau, pour rendre péniblement, dit M. Charles Blanc, mais avec une adresse incroyable, inimaginable, ce qu'un peintre rendrait facilement en quelques coups de pinceau. » Depuis vingt ans, cette sculpture milanaise, avec ses œuvres enjouées, tourmentées, spirituelles et travaillées comme de l'orfèvrerie, est une surprise de l'art; elle provoque une
irritation bien compréhensible chez les amoureux du grand style. « Les statuaires italiens sont en effet, comme le dit M. Ernest Chesneàu, les premiers praticiens du monde; ils jouent du marbre avec une incomparable virtuosité, le manient comme de la cire, le tordent comme un linge, le réduisent par places à l'amincissement et aux transparences d'une feuille de papier, en font tour à tour et à coup sûr du drap, du satin, de la dentelle, de la soie à mailles, de la laine, du cuir : chaque matière est parfaitement reconnaissable à son
épiderme, dont l'aspect général fait valoir la finesse du grain de Pépiderme humain. »
Dans un pareil déploiement d'habileté pratique, il y a un grand danger : c'est que le praticien ne l'emporte sur l'artiste. L'œuvre capitale de l'exposition de sculpture italienne, Jenner essayant le vaccin sur son fils, par le commandeur Monteverde, évite ce danger; elle est d'un très habile praticien, mais en même tejnps, sans appartenir au grand style, elle est tout à fait d'un artiste. « L'œuvre, dit M. Paul Mantz, est absolument moderne; elle vaut à la fois par le travail du marbre, — car le corps de l'enfant est modelé avec la plus rare souplesse, — et par l'intensité du sentiment. Ce groupe, d'ordre secondaire pour le style, est un type achevé de sculpture expressive et pénétrante. » Parmi les œuvres que distingue surtout le mérite de l'exécution, nous citerons : la Cléopâtre de M. Braga; la Péri et la Baigneuse de M. Tabacchi; la Chevelure de. Bérénice, par M. Borghi; V Amour nous aveugle et r Aurore de la vie, par M. Barcaglia; le Colin- Maillard de M. Barzaghi; Sylvie se mirant dans un ruisseau, par le même; Liens d'amour, par M. Malfatti; V Ariane de M. Calvi. U faut citer parmi les œuvres qui visent à un. plus haut style le Canaris a Scio de M. Giviletti; la Mort d'Èpaminondas, de M. Dini, qui est un pur classique; et aussi les bustes, de M. Pupré, l'un des derniers représentants de l'art sévère.