SUISSE
Peinture. — Membre du jury : Saussure. — Médaille ds 1« classe : B. Vautier ; — de 2« classe : R. KoUer. —
Mentions honorables : Simon Durand, L.-P. Robert. — Diplôme à la mémoire d'artiste décédé : Gleyre. Gravure. — Médaille de 2* classe : F. Weber, Arcritegture. — 3' médaille : H.-A. de GeymûUer. — Mention honorable : A. MûUer et G. Ulrich.
Nous trouvons la situation artistique de la Suisse résumée dans les lignes suivantes de M. Paul Lefort : « Obéissant à d'irrésistibles affinités de .langage et de race, la Suisse se trouve entraînée dans le mouvement intellectuel et artistique des grandes nationalités qui Tenveloppent. Aussi n'est-elle point parvenue et ne parviendra-t-elle sans doute jamais à se créer une expression d'art propre, une école.. De même donc que la Confédération helvétique est composée de cantons de langues allemande, française et italienne, de même on voit clairement au Champ de Mars l'Allemagne, la France et l'Italie exercer sur ses artistes une influence plus ou moins directe et prépondérante. A l'heure présente, c'est la France qui parait y avoir la plus grande part. »
Un instant, la nature exceptionnelle de la contrée inspira deux peintres d'un certain renom, Calame^Diday, et, après eux, Zimmermann. « Mais on reconnut bientôt, dit M. Charles Blanc, que les Alpes n'étaient pas des montagnes à l'échelle de l'homme... Les paysagistes suisses se sont donc résignés à sortir de leur pays. Bodmer est allé s'établir à Barbizon, c'est-à-dire au cœur même de notre école de paysage ; Baudit est dans les Landes; Castan a préféré au lac Léman les bords de la Creuse, sans doute en mémoire de George Sand, ce grand peintre de la campagne. Bocion, comme s'il était
las des ravissantes beautés de la nature autour de Lausanne, a fait une excursion en Savoie: et Adolphe Potter ^ pris possession de la Camargue. Enfin, les Girardet ont quitté le canton de Neufchâtel pour aller dans le Maroc retrouver la piste d'Eugène Delacroix et de Regnault, et M! Frôhlicher, si habile, lui aussi, a planté son chevalet aux environs de Munich. » Outre les paysages de M.Bodmer, on remarquait au Champ de Mars : de M. Bandit, la Lande de Begaar et V Étang de Lacanan; de M. Castan, Sous bois dans le Ben^y et les Bords de la Creuse a Gargilesse; de M. Bocion, les Bords du, lac Léman et les Laveuses de San-Remo; de M. Potter, des Étangs en Camargue; de MM. Eugène et Jules Girardet des études prises au Maroc; de M. Lugardon, un site de montagnes, avec des animaux; de M. Pata, un Village de Normandie ; de M. Auguste Berthoud, Unpunnen, environs d'Interlaken ; de M. KoUer, Troupeau sur la mx)ntagne, de M. Loppé, Traversée des crevasses au-dessus des Grands-Mulets; de M. E. David, la Campagne de Rome et le Bosphore.
La Suisse possède aussi des peintres de^ genre d'un véritable talent, et au premier rang M. Vautier, dont le Dîner de circonstance est une amusante composition, pleine sous son apparente bonhomie* de la plus spirituelle causticité d'observation; puis M. Simon Durand, dont le Mariage a la mahHe, grand succès de gaieté, était accompagné de deux autres toiles, iin Bout de conduite et un Marché, Il faut citer encore : la Politique m couvent, de M. Bosshardt; la Diseuse de bonne aventure et les Bo/iémtens au bord de la Birs,]fdiV M, Stûckelberg; le Marché de 7Vac«o,par M. Bourcart; Il pleut, par M. Ravel; la Fournée au village, par M, Burnand.
22i L'ANNÉE ARTISTIQUE.
Nous n'avons à nommer, dans la peinture de style, que M. Léon-Paul Robert et M. Zuber Bûhler, qui se réclament tout particulièrement de notre enseignement académique; le second est élève de Picot. Leurs tableaux, Zéphyrs d'un beau soir par M. L.-P. Robert, et Naissance de Vénus par M. Zuber Bûhler, sont de cette [peinture honnête qui ne fait guère parler d'elle.
Ajoutons à cette énumération d'œuvres diverses quelques bons portraits : celui de M, Cérésole et un Portrait de femme, par M. A. Berthoud; la Famille F.. „ le Portrait de 3f~* St,.. et celui de M. N. B..., par M. E. Stûckelberg.
ESPAGNE
Peinture. — Membre du jury : Ponte de La Fftz. — Médaille d'honneur : F. Pradilla. — Médaille de l'« classe (rappel) : Fr. Madrazo. — Médaille de l'« classe : R. Madrazo. — Médaille de 2" classe : D. Manuel Dominguez.
— Médailles de 3« classe : G. Plasencia, M. Rico. — Mention honorable : P. Ribera. — Dipl&mes à la mémoire d'artistes décèdes : Fortuny, Rosalès, Zamacois.
Gravure. — Médaille de 3« classe : J. Gandarias, Architecture. — !'• médaille : École royale d'architecture. — 2** médailles : R. Amador de Los Rios, M. Aguado.
— Mention honorable : H. Rumeny Guarini.
L'exposition espagnole a obtenu le plus vif et le plus légitime succès. Elle comptait 115 à 120 tableaux, dont quelques-uns de très grandes dimensions. « Il me semble, disait M. Charles Clément, que l'école espagnole s'est
EXPOSITION UNIVERSELLE. — E§Ï>AGNE. 223
beaucoup modifiée depuis dix ans. Au lieu de s'inspirer des Herrera, des Zurbaran, des Velasquei, c'est plutôt la tradition de Murillo que suivent les peintres de ce pays, en se laissant considérablement influencer par l'exemple des peintres français et par celui de leur compatriote Fortuny. Peu de tableaux religieux, peu de scènes nationales, pas la moindre course de taureaux, mais des sujets familiers et des portraits... Les peintres espagnols d'aujourd'hui semblent rechercher avant tout l'élégance, et dans l'exécution la clarté. » Il est certain que le public a été surpris par la soudaineté, la vigueur et l'éclat de la nouvelle et curieuse évolution de l'école espagnole; car c'est à peine s'il avait pntrevu jusque-là, des œuvres de Fortuny et de ses élèves, autre chose que des ébauches et deux ou trois tableaux terminés : « L'Espagne, comme l'Italie, dont elle partage au surplus les inquiètes et fiévreuses aspirations, se * montre grandement préoccupée de renouveau, dit M. Paul Lefort. Ici et là, même fermentation, mêmes entraînements, même gaspillage des énergies créatrices au profit de recherches, d'inventions, de dextérités, de subtilités de pratique, s'accusant, se faisant jour dans la technique de l'art avec les mêmes excessifs caractères : prédominance du procédé sur l'idée, soin extrême et exubérance du détail, outrance du rendu, ivresse de la couleur, tumulte des tons, affolement de la lumière crue, diffuse, du plein air, du vrai soleil, »
Le tableau de M. Francisco Pradilla, Jeanne la Folle, qui a obtenu du juryja médaille d'honneur, est une œuvre importante, dont tout l'ensemble, paysages et figures, est traité avec un sentiment remarquable aussi bien du
drame historique que de l'expression physionomique et de reflfet pittoresque; la couleur en est harmonieuse et forte, et l'ordonnance, d'un dessin élégant et toujours clair. Dans la Mort de Lucrèce, la dernière œuvre de Rosalès, on remarquait une exécution molle et manquant de caractère, quoique Rosalès restât un remarquable coloriste, t^armi les autres tentatives de grand art, mentionnons VOrigine de la République romaine, où M. Plasencia a peint avec mouvement, mais dans un style déclamatoire, la scène qui suivit la mort de Lucrèce; V Enterrement de saint Sébastien, par M. Ferrant; la Mort de Fr, Pizarre, par M. Ramirez; F Éducation du prince don Juan, par M. Martinez Cubells; Guillende Vinatea devant Alphonse IV ^ par M. Sala.
Zamacois, ce peintre charmant et spirituel, n'était représenté que par le Jeu d'échecs et par le Favori du roi. On regrettait aussi de ne pas voir les meilleurs ouvrages de Fortuny; les morceaux exposés de cet artiste étaient, en général, des esquisses, des pochades, des tableaux inachevés, qui ne donnaient pas la mesure de son talent, mais où l'on retrouvait pourtant la verve, Pesprit, la couleur fine, légère et brillante, la facture d'une étourdissante habileté de l'auteur du Mariage à la Vicaria, Suivant la remarque de M. Charles Clément, les qualités de Fortuny sont de celles qui tiennent au tempérament, qui ne s'acquièrent point par l'étude et par la volonté; en sorte qu'il est à craindre que plusieurs des peintres de genre espagnols, en cherchant à l'imiter, ne perdent sans profit une grande partie deJeur originalité.
L'un des plus brillants émules de Fortuny, M. Martiti Rico, n'avait pas exposé moins de seize tableaux, la
plupart de petite dimension, et dont plusieurs étaient des morceaux exquis par Tesprit de l'arrangement comme par le soin extrême de la facture : Canal à Venise, Quai des EsclavonSy Marine à Fontarahie, Marché de l'avenue Joséphine, etc. M. Raimundo de Madrazo, beau-frère de Fortuny, cherche également « Féclat de la couleur et le triomphe du rayon )> , mais dans des données particulières et individuelles. Il avait exposé quatorze tableaux, parmi lesquels de petits paysages, un sujet de genre très important, la Sortie dun bal costumé, des études de types espagnols, une peinture décorative, la Pierrette, et cinq portraits, entre autres celui de Coquelin dans le rôle d'Annibal de . V Aventurière, Bien d'autres jolis tableaux, charmants de couleur et pleins d'esprit, se trouvaient dans l'exposition espagnole : la Visite a l'accouchée et les Cadeaux de noce, de M. Gonzalès; VAte- ' lier d'un peintre, de M. Casanova; le Trouble-Fête, de M. Mélida; Zairfa, <Je M. Gasdido; Après l'averse, de M, Ferriz; le Concert de famille, de M. Ëgusquiza; une Aventure de don Quichotte, de M. Moreno ; le Perroquet effronté, de M. Escosura; le Café ambulant, le Café chantant et la Marchande de volailles, de M. Ribera; Pleurant sa mmtresse, de M. Santa-Gruz; VAtelier de modiste, de M. Garcia Hispaleto, etc.
Il nous reste enfin à mentionner les remarquables paysages de M. Carlos Haes et ceux de M. Morera, son élève, des intérieurs de cathédrale par M. Gonzalvo, et les Poissons de M. Gessa.