Voy. à TAppendice, page
cultes cFéatrices, On s'approprie simplement des formes impersonnelles, on sacrifie l'art au procédé^ on étouffe son originalité. La phrase apprise tue la pensée. L'auxiliaire, en devenant le but, se transf<M*me en obstacle.
Telles sont, résumées brièvement, les raisons très complexes qui expliquent l'importance de la réforme entreprise ainsi que les espérances qu'elle fait naître pour le progrès de nos industries et du goût public. Mais le principe de l'enseignement obligatoire du dessin une fois admis, il restait à déterminer le genre de méthode à employer par les professeurs. Comme il arrive toujours, plusieurs systèmes étaient en présence. Adopterait-on celui qui depuis si longtemps est en vigueur dans nos écoles et nos lycées et qui consiste à faire copier dès le début par les élèves des estampes, des gravures, des fragments de figures? ou bien suivrait-on l'exemple donné depuis quinze ans par la société de YUnion centrale des beauxHirts appliqués à l'industrie y qui condamne l'emploi exclusif de ces modèles surannés en lui substituant celui des modèles en relief ou fournis par la nature? Tel est le problème qu'avait à résoudre le conseil supérieur des beaux-arts et qui donna lieu à de longues discussions avant la publication de l'arrêté du 24 mai. Les uns, et; au premier rang, M. Ravaisson, conservateur des antiques au musée du Louvre, soutenaient que les seuls modèles qui pussent être féconds pour l'enseignement projeté, étaient les estampes et la figure humaine. « Parmi toutes les formes, disait M. Ravaisson, quelles sont celles qui sont le plus propres à faire l'éducation de l'œil, à rendre son jugement sûr? Ce sont celles, — tous les maîtres l'ont pensé, — qui offrent le plus de
physionomie, et dont les proportions sont les plus harmoniques ; en d'autres termes, les formes de ce que la nature vivante a de plus élevé et de plus parfait, c'est-àdire la figure humaine. » Selon lui, ce qu'il importait avant tout de chercher, c'était moins l'initiation aux études professionnelles, que le moyen d'intéresser les enfants par des images gracieuses et belles, d'exciter leur imagination par des spectacles sublimes, enfin de les préparer à remplir plus tard « leurs heures de loisir » et « à se plaire dans cette sorte de divine et salutaire ivresse que procurent, par l'ouïe ou par la vue, les proportions et les harmonies ».
Les partisans de la doctrine préconisée par VVnion centrale, au contraire, envisageant les choses d'une façon moins philosophique mais plus précise, demandaient qu'on abandonnât les traditionnels modèles graphiques pour adopter la méthode progressive de l'enseignement géométral et des reliefs, se fondant sur la logique et en même temps sur les r^ents succès obtenus par cet enseignement. M. Eugène Guillaume, aujourd'hui directeur général des Beaux-Arts, avait formulé, en 1866, dans une remarquable conférence, les avantages de ce système. MM. I>arcel, Racinet, René Menard, L. de Boisbaudran, et surtout M. Louvrier de Lajolais, — l'âme du mouvement accompli depuis quinze ans par VUnion centrale, — avaient porté la conviction qui les animait dans tous les esprits pratiques.
C'est la méthode, de VUnion qui a triomphé et que l'arrêté de M. Bardoux a mis en vigueur dans nos écoles primaires comme dans les lycées. Aussi M. Louvrier de Lajolais, en montrant les avantages de la réforme, a-t-il
pu dire avec raison * : « Il en résultera pour le public tout entier un bienfait appréciable ; le goût se généralisera et la production, singulièrement améliorée par l'éducation et la délicatesse de tous, conservera les distances qui lui ont assuré^jusqu'à ce jour la supériorité sur les marchés du monde. Dans la sphère d'action où elle s'est généreusement agitée au profit de ces intérêts, VUnion centrale est admise aujourd'hui à se louer des efforts qu'elle a faits et, à l'heure où on semble oublier, en rendant justice à tous, qu'elle seule a prisa sa charge de donner les preuves renouvelées d'où l'on a conclu le programme officiel, elle a droit de revendiquer la part qui lui revient et de rappeler qu'elle a grandement fait pour obtenir la réforme. »
Un des derniers actes de l'administration de M. de Chennevières a été le projet de loi sur les monuments historiques, projet qui conclut à un classement nouveau et général de tous les meubles et immeubles ayant un intérêt réel au point de vue de l'histoire et de l'art dans notre pays. Une commission spéciale a été nommée pour étudier ce projet et présenter des conclusions. Tous ceux qui savent de combien de trésors la France est chaque jour dépouillée au profit de l'étranger par le fait de certaines municipalités cupides ou ignorantes, hâtent de leurs vœux la prompte réalisation de cette loi préservatrice.
Cependant, en dépit de cette activité et de ces efforts, le directeur des Beaux-Arts ne parvenait pas à ramener à lui l'opinion. On était arrivé au mois de mai et