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Gaxette des Beaux-Arts, i'^^ octobre

cadres d'après les plus purs types de la Renaissance au temps de Charles IX. Il y avait, du reste, de la pure orfèvrerie dans Texposition de M. Barbedienne : ainsi une coupe d'argent repoussé, avec des branches de mûrier ; ainsi des flambeaux Louis XVI et un délicieux service à boire, aux vases enguirlandés de branches fleuries. Ces ouvrages d'argent étaient l'œuvre de Désiré Attarge, l'habile ciseleur mort récemment. Mais revenons au bronze, avec une remarque très juste de M. Falize : « Nous tous, dit-il, qui cherchons dans un bronze l'expression de la vie et la main de l'artiste créateur, nous avons remarqué l'immense progrès réalisé depuis quelques années par Barbedienne d'abord, par quelques-uns de ses émules ensuite. Les statuettes n'ont plus ces surfaces polies, poncées, usées par d'ignorants ouvriers qui, sous le rifloir.et le papier d'émeri, effaçaient le modelé (Jjbs chairs ou ratissaient les draperies. Un moulage plus fidèle, une fonte mieux surveillée et des patines plus transparentes ont, avec les progrès de la ciselure, réalisé cet important résultat. M. Barbedienne n'a exposé que peu de figures, mais les qualités ' que je signale y sont frappantes : la grande statue d'Auguste du Vatican et la Vénus de Milo, pour l'art antique ; et pour l'art moderne : le Louis XIII, de Rude ; la Jeanne d'Arc et la Jeunesse, de Chapu; le buste de M«^ Darboy, de Guillaume; le Chanteur florentin, le Saint Jean-Baptiste, la Charité et le Courage militaire, de Dubois ; l'Éducation maternelle, la Vierge au lis et la Musique, de Delaplanche ; les deux David . et le Gloria Victis, de Mercié. Voilà tout. C'est un choix heureux, il est vrai, et le Gloria Victis est, entre toutes ces œuvres,

celle OÙ se révèle le mieux le rôle du bronze. Mais ce qu'on trouve partout, et notamment dans les figures du Tombeau de Lamoricière et dans le Louis XIII, c'est la marque du doigt sur la terre, c'est ce pétrissage de la matière que n'a pas effacé le rifloir : une heureuse couleur chaude, transparente et mate tout ensemble, comme si la peau du métal mordorée par la fournaise avait conservé les moiteurs de la transpiration. » On remarquait encore, dans le salon de M. Barbedienne, des objets de petite dimension recouverts d'une teinte de porphyre, et des essais d'émaux cloisonnés pour le décor du bronze. Parmi les fabricants les plus habiles, on cite, après M. Barbedienne : MM. Jules Graux, Lévy, Raingo frères, Boyer, Aug. Lemaire, Ruffler, Graux-Marly, Dagrin et Casse. Il faut aussi compter, parmi les bronziers, ceux des fabricants de meubles qui unissent le métal à Tébénisterie, et il en est entre eux qui sont de véritables artistes : M. Grohé, qui fait courir sur ses panneaux des ornements empruntés à Salembier; M. Beurdeley, qui s'identifie avec de La Fosse, et dessine le meuble et le secrétaire à tête de bélier; M. Beurdeley fils, qui joint aux qualités de goût et aux connaissances de son père le talent rare, chez un chef de maison, de dessiner et de composer; et surtout M. Dasson, « un revenant du xvffl* siècle )>, qui a le secret des exquises élégances, la tradition de l'école, les finesses de l'outil, l'harmonie des couleurs, le secret des dorures, et dont le châtiment sera, dans cent ans, d'être discuté par les curieux, d'être placé dans les catalogues de musée entre les années 1720 et 1780. La maison Denièrepeut être citée aussi parmi celles qui se préoccupent le plus des qualités meublantes

des bronzes, bien que les richesses de ses ornementations ne se marient pas aux meubles et n'épousent pas les formes chantournées des bois avec la scrupuleuse exactitude des cuivres de M. Beurdeley et de M. Dasson. N'oublions pas les cheminées de MM. LeroUe, Martinet, Cornu, etc., non plus que les landiers de MM. Bodart et Morisot, les lampes de la maison Gagneau, les lustres de M. Graux, les torchères de M. Marnyhac, les lampadaires de M. Servant.

Des sculpteurs nombreux travaillent pour Tindustrie du bronze ; les plus renommés sont : MM. Piat, Carrierfielleuse, E. Robert, Joindy, Moreau : ils alimentent de leurs œuvres les bronzes français, fournissent à la fonte de fer et au zinc ; on vient même de Londres leur demander des modèles. Quel que soit, du reste, le talent déployé par l'artiste, le bronzier habile donne aussi à l'oeuvre son caractère personnel. « On reconnaît, par exemple, à première vue un bronze de Piat fondu par Servant, comme on reconnaît le crayon de Mouilleron ou la pointe de Gaucherel dans la copie d'un maître. » Les habiles bronziers sont donc comme des éditeurs imprimant leur marque aux bronzes qu'ils éditent. Nous avons nommé M. Servant; il faut nommer encore MM. Perrot, Houdebine, Point, More, Pautrot, Vallon et Meisner. Citons à part MM. Gain et Mère, qui s'éditent eux-mêmes.

Il suffit de jeter un coup d'œil sur les galeries étrangères pour reconnaître la supériorité des bronzes d'art français, et voir qu'ils ont peu à craindre la concurrence étrangère. Les bronziers autrichiens ont montré un ^us gêne, par trop indiscret, à s'emparer de nos créa-

lions, à exposer en France des modèles français à peine démarqués. En Russie, M. Chopin, Thabile bronzier, est un Français ; il n'avait pu transporter à Paris les gigan* tesques travaux de bronze qu'il fait pour les palais ou les églises russes, mais il avait exposé de charmants groupes d'après Lanceray. Le jury international a placé dans la classe des bronziers M. Placido Zuloaga, le fécond et habile artiste espagnol, «le maître de tous les damasquineurs », dont nous pouvons rapprocher en France, M. Dufresne, de Paris. Dans l'exposition des Chinois, on voyait réunies et mélangées par ces rusés marchands, comme pour la céramique, les œuvres anciennes ou nouvelles ; cette tromperie, à l'adresse du gros public, ne faisait; qu'accuser leur décadence aux yeux des connaisseurs. Les Japonais, par la beauté de leur exposition, rendaient encore plus frappante cette décadence des Chinois. Les meilleurs artistes du bronze se trouvent dans les deux villes japonaises de Kanasawa et de Takaoka. « Toute réserve faite de mœurs, d'usages, de goût et d'idéal, avouons, dit M. Falize, que nous n'égalons pas, dans l'art de fondre et de ciseler, ces inimitables et féconds artistes. » Il faut remarquer que, de toutes nos industries d'art, l'industrie du bronze est celle qui a donné le moins servilement dans le japonisme ; elle s'applique, et avec juste raison, à imiter des Japonais la perfection de l'outil, la science du métier. Ainsi, chez Barbedienne, il est un fondeur, M. Garnier, qui égale déjà, par ses moulages sur nature, les plus beaux échantillons japonais.

ORFEVRERIE.

Membres du jury. — France: Vejrat père, Bacheletpère, L. Falize fils, Roussel père, Fray. — Angleterre : Archer.

— États-Unis : Schieb. — Pays-Bas : Herman den Kate. — Russie : F. Chopin. — Suède et Noi^lge : le major Bjorkmann.

Grandes médailles. — France : G. Ghristofle et G'*, Fannière frères. — États-Unis : Tiflfany et &•.

Médailles d'or. — France : A. Gaillat, Froment-Meurice, Odiot (rappel), Philippe, P. Poussielgue^Rusand.

— Angleterre : Elkington et G'*. — Japœi: Kiriu-Kô-Shô- Kuaisha, Minoda-Ghiojiro. — Pays-Bas : S.-M. Van Kempen et fils. — Russie : Ovtchinnikoff, SazikoflF.

Dans Findustrie des métaux précieux, comme dans celle des bronzes, la France garde une supériorité marquée : « Ge n'est pas que tout y soit bien, dit un juge des plus compétents, M. L. Falize fils ^ Nous sommes les premiers, oui, mais parce que, à quelques exceptions près, la production étrangère est médiocre. Si les Anglais faisaient dans cet art les efforts qui ont été constatés dans la fabrication de leurs meubles, si TAméricain Tiflany poussait plus loin ses progrès, si l'Italie avait beaucoup de Gastellani, notre supériorité serait en danger. . . Orfèvres ou bronziers, nous allons à l'aventure, suivant notre fantaisie personnelle, manquant d'école, n'ayant ni conseils, ni direction supérieure.

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