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JOAILLERIE ET BIJOUTERIE

Membres du jury. — France : A. Bapst, Martial-Bernard, Hericé, Fontenay, Piel, Vever. — Angleterre : R. Phillips. — Autriche-Hongrie : J.-G. Klinkosch. — Italie : A. Câstellani. — Pays-Bas : G. Harsem. — Suisse : J. Rossel.

Grandes médailles. — France : Boucheron, Falize, Massin.

Médailles d'or. — France : T. Bourdier, J. Brodgen, Gaillot, Dumoret,- Durand-Leriche, Duron, Ferré, Fouquet, Garreaud, P. Hamelin, veuve Héros, L. Hubert, Leblanc-Granger, Lion, Màrret et Jarry, Mellerio dit Mel- 1er (rappel), Michelot de Thierry et G", MoUard, Murât, Robin, Roulina, Rouvenat et Lourdel, veuve Savard, Soufflot, Teterger, Topart, Vaubourzeix, Vinit. — Autriche-Hongrie : J. Bâcher, Bolzani Fùssi. — Dammark : Ghristesen. — États-Unis : Tiffany et G''. — Italie : A. Castellani, J. Melillo. — Pays-Bas : Daniels et fils. — Russie: Tchitcheleflf.

Les classifications établies par l'usage distinguent les bijoutiers des orfèvres, et mettent encore à part les joailliers. Il n'en est pas tout à fait ainsi dans la réalité : tel ouvrage tient de l'orfèvrerie et de la bijouterie ; tel autre de la bijouterie et de la joaillerie.' Ainsi, MM. Duran, Philippe et Hubert ont fait à la fois œuvre de bijoutiers et d'orfèvres dans leurs pièces d'art, charmants objets de vitrine, qui n'ont pas l'emploi déterminé des services à

thé, des plats et des couverts d'argent, et qui cependant ne font point partie de la parure.

Aujourd'hui, M. Boucheron est le bijoutier en faveur, comme le furent en leur temps les Froment-Meurice, les Janisset, les Baugrand. « Boucheron a su comprendre le goût de son époque, dit M. L. Falize fils. J'aime entre ses Mjoux un gracieux pendant de col Renaissance, aux' formes ventrues, qui, dans des entrelacs d'une ciselure grasse et souple, porte un saphir en son milieu ; un médaillon de cristal incrusté, d'un adorable travail; une croix byzantine aux symboles des quatre évangélistes ; des. bijoux d'acier damasquiné et ciselé; des émaux à jour, etc. » Nous avons- encore à citer, dans la bijouterie, les envois de MM. Vaubourzeix, Fontenay, Mollard, Rouvenat et Lourdel.

En joaillerie, la palme appartient sans conteste à M. Massin. « Comme ouvrier, Massin a fait cette année mieux que les Viennois, mieux que les Russes, ces joailliers réputés; comme inventeur, il a créé une école nouvelle. Il ne s'est pas borné à cqpier la fleur vivante avec l'esprit et la fidélité de la meilleure fleuriste, mais, prêtant aux pétales et aux feuilles tout l'éclat du diamant, . il a inventé des fleurs nouvelles ; il a mêlé aux pierres des filigranes d'argent, qui gardent à la plante une légèreté, une transparence indéfinissable... Il a tissé des den- • telles de diamants, dont le canevas e3t souple et léger comme une trame de fils, n Immédiatement après M. Massin viennent M. Boucheron, dont nous avons fait l'éloge quelque? lignes plus haut; M. Vever, que distin- guent surtout la pureté du goût et la sobriété des formes ; M. Fouquet, (Jessinateur élégant et fin; MM. Rouvenat

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et Lourdel, déjà placés par les expositions antérieures au nombre de nos meilleurs joailliers ; M. Teterger, d'une habileté hors ligne dans le dessin et Texécution des bagues.

Les nations étrangères sont, en général, trèsinfé^ rieures à la France dans la bijouterie et la joaillerie. C'est à peine si la Suède, la Norvège et le Danemarb gardent dans leurs bijoux quelques capricieux enlacements imités des Scandinaves. La Russie copie servilement la mauvaise bijouterie des Allemands, et elle a hésité cette fois à nous montrer sa fine joaillerie. L'Autriche donne à ses bijoux des raffinements d'élégance, mais qui ont le défaut de rappeler Paris ; sa fabrication gagnerait à se rendre plus libre et plus indépendante. La Hollande a perdu ses traditions, et la Belgique est trop notre voisine pour garder une note personnelle. L'Espagne a toujours l'amour de l'or et du diamant, mais elle nous emprunte nos montures. En Italie, Naples continue à monter les coraux et les camées en lave du Vésuve, Florence à incruster les pierres en façon de fleurs, Venise à enfiler en colliers ses perles de verre soufflé. Gênes à fabriquer

• ce léger filigrane d'argent connu dans le monde entier sous le nom de « mousse génoise » , Rome à copier les monuments antiques ou sacrés pour les vendre aux touristes ; mais l'Italie n'a vraiment en bijouterie qu'un artiste, un grand arjiste, Castellani : il a ressuscité la délicieuse bijouterie fossile qui nous vient des Grecs par les Étrusques ; il a refait l'histoire de la parure avec les dé-

• bris trouvés à Herculanum et dans les catacombes^ tour à tour païen et chrétien, il nous a rendu ces produits d'une civilisation disparue, si coquets, si légers, si fins

en leurs détails. L'Angleterre n'a pas naontré sa bijouterie et sa joaillerie au Champ de Mars. Pourquoi s'est-elle abstenue? Ses joailliers qui, parle choix (te leurs pierres, * tiennent une si large place dans le commerce, ont-ils eu peur dans un concours de n'avoir d'autre mérite que celui de leurs richesses?

• En somme, l'Exposition de 1878 a été, dans le domaine de la joaillerie et de la bijouterie comme dans celui de l'orfèvrerie, l'un des plus grands succès qu'ait jamais eus la fabrication parisienne. Telle est la conclusion de M. Falize, qui ajouté : « Bijoux, joyaux, orfèvreries sont en progrès et dénotent dans la fabrique française le goût le plus rafflïié, l'entente du métier la plus complète, la possession des éléments les plus multiples, mais aussi la plus grande diffusion d'idées... On fait bien; on ferait mieux si demain surgissait un homme, un artiste capable d'enrégimenter ces ciseleurs, ces émailleurs, ces ouvriers si différents, de les jeter dans une voie unique, de leur donner un style, de leur imposer un thème. Alors notre art grandirait d'un coup; ce ne serait pas seulement un public futile et curieux qui nous viendrait, mais de vrais et savants amateurs. )>

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