‹ L'ANNÉE ARTISTIQUE (volume 2)Chapitre 94 sur 218 · Bévue des Deux Mondes, 1*' août · texte numérisé non relu

Bévue des Deux Mondes, 1*' août

tant on remarque chez les uns d'élégance et de spontanéité, autant on constate chez les autres de mauvais goût et de maladroite recherche. Avant même d'entrer au Champ de Mars, ce contraste frappe le visiteur dans les pavillons mitoyens duTrocadéro. Cette construction prétentieuse, chargée d'ornements bigarrés, encombrée de marchandises de pacotille, dépourvue même du mérite de l'exactitude, c'est l'annexe chinoise... Au contraire, entrez dans l'annexe japonaise : parmi les plantes indigènes, vos yeux s'arrêtent sur une maisonnette d'une attrayante simplicité, qui semble un joujou délicat et donne immédiatement, par ses supports de bois, ses cloisons de papier et sa construction à jour, l'idée d'une nature gaie et d'une race hospitalière. Sans doute le titre de villajge japonais est légèrement ambitieux : jamais l'humble couple de paysans que nous avons vu barboter

jusqu'à la ceinture dans les rizières, les jambes protégées

par des guêtres de soie contre les piqûres des sangsues, n'a dormi sur des nattes aussi fines et ne s'est abrité derrière des paravents si rutilants d'or. Mais il faut bien passer un peu de toilette aux jolies femmes et de coquetterie aux exposants. »

Dans les salles du Champ de Mars, où le contraste entre le Japon et la Chine n'était pas moins accusé qu'au Tr.ocadéro, l'un et l'autre pays avaient eu le tort de ne pas réunir une collection d'objets pouvant donner une idée vraie de l'état de leur civilisation, mais bien plutôt un assortiment de curiosités à l'adresse des acheteurs européens. « L'exposition du Japon, ajoute M. Bousquet, est loin d'offrir un tableau des mœurs actuelles. Quant aux articles de luxe, qui y tiennent tant de place, on peut

affirmer sans crainte qu'aucun Japonais, riche ou pauvre, ne les marchanderait aujourd'hui. Non que les belles laques et les beaux bronzes soient dédaignés ; il s'en faut bien, et c'est même une qualité remarquable de la race que la sûreté du goût en pareille matière, chez les petites gens comme chez les grands. Mais ils n'estiment que les vieux meubles, sortis des mains d'anciens artistes, et dont la plupart, vendus dans un jour de gène par les familles qui les avaient précieusement gardés jusque-là, sont venus dépuis longtemps enrichir nos collections particulières. Us n'ont que mépris pour les nouveaux, dont la fabrication cesserait immédiatement, s'il ne se trouvait des étrangers pour les acheter. C'est donc une marchandise d'exportation qui remplit les salles du Champ de Mars, soif que l'industrie moderne se borne à la reproduction moins achevée, mais encore exacte, des vieux chefs-d'œuvre, soit qu'elle essaie de s'adapter aux mœurs occidentales. »

M. G. de Molinari disait à son tour^ : « Les merveilles qui attirent à bon droit la foule dans la section japonaise sont leç produits du passé, et elles ne donnent pas plus une idée du présent qu'une exhibition des vieux gobelihs, des vieux sèvres et des émaux de Bernard de Palissy ne fournirait à un amateur japonais une image exacte de l'état actuel de nos industries d'art, avec cette différence que nous avons recommencé à progresser avec des éléments nouveaux, tandis qu'on nd peut signaler chez les Japonais, en. fait de nouveautés, que des enjolivements européens qui s'adaptent au style de leur

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