Dans le National
Le sujet répète à peu près l'idylle qu'il exposait en 1872. C'est un Giorgîone crépusculaire... Honneur et salut à cette noble page! {Paul de Saint-Victor.) — Un peu de ciel pâle, un peu d'eau qui reflète le ciel; une herbe touffue, des arbres et une colline d'un vert sombre; au premier plan et près des extrémités delà toile, deux jeunes filles nues d'une blancheur d'ivoire; voilà tout l'appareil d'un tableau que nous considérons comme une œuvre de maître... {Eug. Guillaume,) — Il n'aimera jamais la peinture celui qui, traversant la salle où rayonne CÉglogue, ne se sentira pas arrêté au passage par une œuvre où une sorte de douceur violente fait parler si haut les blancs et les noirs... Jamais l'éminent artiste ne nous a montré une page plus virgilienne, jamais il n'a mieux prouvé que c'est avec de la lumière qu'on fait de la poésie. {Paul Mantz.) — Le seul défaut qu'on ait généralement trouvé dans cette œuvre, c'est de paraître un peu vide, à cause delà grande distance qui sépare les deux nymphes placées chacune à une extrémité du tableau.
Le Chmt au tombeau. — Je goûte peu le Christ au tombeau^ redite monotone d'un sujet tant de.fois repris par l'artiste. {Paul de Saint-Yictar,) — M. Henner sait fort bien avoir le charme dans les tableaux religieux : témoin l'adorable Magdekine qui nous avait si fort séduit l'an passé; mais il a voulu, cette fois, être farouche. Il a bien fait de jeter là, sur ce drap noir, ce maigre corps étendu. Une impression vigoureuse s'en dégage. Ces cheveux roux, collés par l'agonie, cette bouche ouverte d'où le dernier souffle semble s'échapper, ce torse émacié où les côtes font saillie, ces genoux osseux, ces maigres mains crispées, ces bandelettes qui enserrent le mort, ces pieds que le peintre plonge dans l'ombre, cette tête mystérieusement copiée, ce fond noir qui fait ressortir la blancheur exsangue du
cadayre, tout cela est d'un maîti-e... {Juks Clarelie.)— Tontes les carnations lumineuses sont superbes... Aux rondeurs tournantes des jambes et du torse, je trouve encore quelques ombres trop vigoureuses. (P. Mantz:)
Landelle. — La Messagère des Tempêtes et la Sirène, — Nous préférons la première (de ces deux toiles), parce que ridée en est nouvelle et que cette avant-courrière des naufrages, avec son corps qui a la blancheur de l'écume et qu'un vol effaré de mo nettes bat de ses ailes, est une personnification qui manquait au cortège que Vénus partageait à sa naissance avec Neptune et Amphitrite. (Eug. Guillaume,)
Laugée. — Le Triomphe de Flore. — Soyons indulgents pour les entrepieneurs de plafonds. On regarde si peu leurs œuvres à la hauteur où elles montent qu'ils ont bien la permission de prendre les libertés qui leur paraissent de bon emploi. Tout n'est pas rose dans la vie, disait un mauvais plaisant, en regardant VApoûièose dHomière^ mais dans le royaume de Flore cette couleur-là est d'ordonnance. Va donc pour le rose. Quant à la forme, pas de concession et M. Laugée était tenu à moins de caprice. {Ch. TimbaL) — C'est une composition vaste, bien remplie et d'une harmonie un peu tendre mais réelle. {Armand Sylvestre*.) — Par quelle inexplicable fantaisie loge-t-il la déesse dans un joujou du V^ janvier, monté sur quatre roues de bois peint^ dont le bandage est armé de clousénormes ? Tout cela pour rouler sur les nuages, vous m'entendez bien ! Et quelle idée de mettre à l'avant-gardedeux amours qui tirent de l'arc et visent soigneusement, les yeux bandés. {Ed. About.)