LE SALON (SCULPTURE
ment des accessoires et Teffacement trop grand de la tête, qui sentent la griffe d'un maître. Mais nous ne croyons pas nous tromper en nous imaginant que M. Mercié, condamné à soumettre son imagination à toutes sortes de détails réels, s'est senti, dans ce travail, moins à l'aise, moins hardi, moins sûr de lui-même, que lorsqu'il a yis-à-vis de lui des conceptions allégoriques dont l'intention, le mouvement, le style, acceptent sans résister les décisions de sa ferme voloûté. Quant au Tombeau de Michekt, la conception première nous parait malheureuse, nous l'avouons. Si un historien devait, même après la mort, être représenté sous les formes de la vie, n'est-ce pas Hichelet, le plus vivant, le plus ardent, le plus brûlant de tous les érudits qui aient jamais secoué la poudre des tombeaux et soulevé la pierre des siècles pour ressusciter sous le grand jour de l'histoire les générations disparues? Dans le projet de M. Mercié, Michelet, comme un froid humaniste du xr siècle, est couché de son long, mort, dans un sarcophage. Une femme voilée, trop voilée et trop lourdement, s'élance au-dessus de ce sarcophage, dont elle parait sortir, le doigt levé vers une inscription gravée sur la muraille : U histoire est une résurrection. Certes, rien n'est plus vrai que ce mot de Michelet, surtoutpour Michelet ; mais la composition exprime-t-elle suffisamment, avec assez de clarté plastique, cette haute et flère pensée? Il ne nous semble pas. Cette femme mystérieuse, qui s'envole, cachant sa tête, au lieu de la montrer hardiment, comme devrait faire une ressuscitée qui aspire à l'air, au soleil, non à la nuit etàrétoufrement,est-ce l'âme du défunt qui monte, est-ce l'histoire qui s'élève ? La caractéristique est trop vague. La main de M. Mercié s'est ressentie de l'incertitude de son esprit, et le parti pris qui manque à la pensée manque aussi à l'exécution qui n'est franchement
Di celle d'un haut relief, ni celle d'un bas-relief. Nous ne doutons pas que dans l'exécution définitive M. Hercié n*apporte le sentiment de perfection qu'il imprime à tous ses ouvrages, et que la position de ce bas-relief dans l'ensemble de l'architecture ne lui donne, sous la lumière, un plus grand effet. N'importe, il nous semblera toujours que le génie si original du grand agitateur de l'histoire devait inspirer un monument plus moderne et plus original.
M. Falguière se trouvait moins gêné vis-à-vis de Saint Vincent de Paul, qu'il avait à sculpter, dans des dimensions colossales, pour l'église Sainte-Geneviève. La laide et noble figure de l'excellent homme était faite pour séduire un artiste comme M. Falguière, d'une imagination prompte et d'un cœur chaud, très sensible à l'expression passionnée et morale des figures non moins qu'à leurs formes sculpturales. Le bon patron des enfants trouvés est debout, naturellement et tranquillement drapé dans sa longue soutane ; il tient dans ses bras deux nouveau-nés, tout nus, tout grouillants, tout petits, qu'il réchauffe comme il peut, en bon père, les couvant avec amour de son regard tendre et ému. Nul effort d'expression, nulle affectation sentimentale. C'est bien parce que c'est vrai. L'exécution est sommaire où il faut, poussée où il faut dans les parties maîtresses, comme il sied à la sculpture monumentale, sans recherche intempestive du pittoresque. C'est l'ouvrage d'an esprit mûr, calme et maître de lui. Au-dessous des œuvres de MM. Guillaume, Mercié, Falguière, nous pouvons signaler encore un certain nombre de statues intéressantes, destinées à l'ornement de nos places, mais dont les qualités honorables ne s'élèvent pas au-dessus delà moyenne nécessaire dans ces sortes d'ouvrages, le Voltaire de M. Caillé, le Gribeauval de M. Bartholdi, le Denfert-Rochereau de M. Bau-