LE SALON (SCULPTURE
jault, le La Quintinie de M. Cougny, les Jeanne d'Arc de H. Etienne Leroux et de Ai. Gugnol, le Guillaume Budé de M. Maximilien Bourgeois, etc., etc.
La sculpture d'intérêt purement plastique est représentée par deux excellents morceaux : la figure amoureusement modelée dans un marbre admirable, par M. Scbœnewerk, qu'il appelle Au matin (c'est simplement une jeune femme nue, assise sur un tabouret très bas et mettant à son pied une pantoufle), ei\e Mercure inventant le caducée, ipeiT^IL. Idrac, figure de pose tourmentée, mais si consciencieusement, si fermement, si largement exécutée que tout bomme sensible au langage pénétrant des belles formes en demeure surpris et ravi. Ces deux figures de premier ordre suffiraient à elles seules, dans ce genre, pour affirmer la vitalité de notre école ; mais nous en rencontrons près d'elles bien d'autres encore,^ qui, sans atteindre la même perfection, témoignent d'une recherche semblable de la pondération harmonieuse des pleins et des vides^ des contours et des reliefs, ce qui est l'essence même de l'art sculptural et d'un amour égal, sinon toujours aussi heureux, de la belle et vivante vérité des formes humaines. Telles sont les figures de MiM. Hector Lemaire, Leenhoff, Boucher, Marqueste, Blanchard, Boucher, Blé, Printemps, Guglielmo, Charles Lenoir, Dampt, Hiolin, de Gravillon, etc., etc. MM. Ferrary et Gaudez ont trouvé, l'un dans son Belluaire, l'autre dans son Moissoiineur, des attitudes d'une vérité puissante, dont l'efiet, au point de vue de la décoration et du plein art, est calculé avec une grande habileté. Le groupe colossal, Saint Christophe, d'un mouvement heureusement recherché et d'un style hardi, par M. Coutan ; le grand relief, à tendances inquiètes, mais plein de beaux morceaux, la Résurrectioji, par M. Lanson ; le groupe trop tourmenté de Francesca de Rimini et de
Paolo Malatesta, par M. Hugues, affirment que la Villa Médicls est en proie à une agitation laborieuse des esprits, dont on doit s'applaudir.
Si nous rappelons encore, dans la sculpture poétique, la délicieuse Clotilde de Survilk, par M. Gautherin, Taustère et vigoureux Dante Alighieri, par M. Aube, l'étrange et joli Saint Michel, par M. Freiôiet, et surtout les Adieux d'Âlceste, ce noble groupe, où la douleur résignée de la mère qui s'en ya et la douleu^r naïve des enfants qui oe la veulent pas laisser partir est exprimée dans un style si expressif, par M. Allar ; si nous comptons tous les beaux ou aimables bustes qui prouvent chez tous le respect de leur art net et l'amour de la vie, ceux qui, en particulier, sont signés par MM. Ghapu, Degeorge, Tony Nocl, Lafrance, A. Lenoir, Renaudot, etc., nous nous trouvons tout à fait rassuré sur les destinées de la sculpture française. Bien moins exposés que les peintres aux fluctuations de la mode et aux entraînements du commerce, nos sculpteurs se trouvent plus que jamais en mesure de contri);»uer puissamment à l'éducation de la nation par la décoration monumentale, si la France comprend enfin qu'elle a dans les mains une armée tout équipée d'instituteurs par les yeux aussi puissants que les instituteurs par l'oreille et dont la seule ambition est de la servir utilement.