CHAPITRE m
LA DERNIÈRE SAISON DES VENTES.— La peinture le cède au bibelot, — Quelques comparaisons de prix. — Ventes des collections Pajou, Duclos, Lenglarty Hermann, Sieurin, A. Saucëde, Laperlier^ Paravey, etc.
La saison à Thôtel Drouot n'a pas été très brillaDte. Si Ton compte une ou deux ventes de tableaux, telle que celle de la collection Saucède, ce sont surtout les objets d'art, les bibelots, les livres, les antiquités, qui ont été livrés aux convoitises des amateurs, et qui ont entretenu dans le monde spécial des marchands de curiosités l'ardeur et l'activité habituelles. Une vente de tableaux hors ligne avait été annoncée cependant, et avait mis en émoi les collectionneurs les plus délicats ou les plus célèbres: c'était celle de M. Reiset, au moment où il quittait son poste de directeur des musées nationaux. Cette galerie était bien connue de quiconque est quelque peu au courant des choses d'art; on savait qu'elle contenait des œuvres du plus grand prix, surtout parmi les primitifs italiens. Mais un événement imprévu coupa court aux espérances surexcitées des habitués de l'hôtel Drouot. Le catalogue de M. Reiset était prêt, le jour de la vente était même ûxé, lorsqu'un avis du commissaire-priseur annonça que la collection ne serait définitivement pas mise aux enchères. On
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apprit bientôt en effet qu'elle avait été achetée en bloc par M. le duc d'Auraale pour la somme de 000,000 francs.
Force fut donc aux amateurs de se rabattre sur les bibelots, sur les céramiques, les bronzes, !cs livres, les objets de bijouterie antique, etc., et Pon peut voir dans les pages qui suivent qu'on ne s'en est pas fait faute. Les prix vraiment exorbitants, auxquels parviennent actuellement ces charmantes reliques du passé, sont à coup sûr^ignes d'un profond respect, mais l'on est toujours tenté de s'étonner de la hausse progressive qu'elles obtiennent en passant sous le marteau du commissaire-priseur. On verra par exemple, à la vente Barbey de Jouy, que les merveilles de l'art oriental, qui étaient déjà bien largement cotées, .montent sans cesse. Ce n'est plus 600 ou 700 francs que l'on a payé une assiette; de simples tasses se sont élevées à la somme de 1,000 et 1,200 francs. Aux ventes de M. Lefrançoîs, du docteur Mandl, etc., les céramiques ont atteint également des prix très respectables. Il en est de même à l'étranger, notamment en Angleterre, où la porcelaine de Sèvres réalise des enchères insensées. Il n'y a pas longtemps qu'à Londres (vente Thomas Winter),le comte Dudley a payé 195,000 fr. une paire de vases de dix-huit pouces de haut. Trois autres furent acquis le même jour, par le duc de Portland moyennant 130,000 francs. Un service de dessert monta à 110,000 francs. C'est à cette même vente qu'un spectateur maladroit, qui venait de casser et de renverser un tout petit vase de Sèvres, apprit avec stupeur que la paire venait d'être adjugée moyennant 1,800 guinées (48,000 francs).
Quant aux merveilles de l'art grec, aux chefs-d'œuvre de l'orfèvrerie ancienne, on verra que la valeur n'en a pas diminué, à la vente Paravey, par exemple. Les guerres de religion nous ont fait perdre les travaux de plusieurs siècles
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des saint Éloi, des Volvioius, des Théophile, des Bonnard, des HaDs Crest, des Jean de Clichy, des Papillon, etc. Louis XIV lui-même, qui était passionné pour la belle orfèvrerie et la bijouterie envoya à la Monnaie les chefs-d'œuvre de ses joailliers pour tenir tête à la ligue d'Augsbourg et les grands seigneurs imitèrent l'exemple du roi. C'est ainsi que furent détruites les magnifiques pièces des Gourton, Labarre, Ballin, Desfontaines, P. Germain. Ces destructions ont fait hausser considérablement le prix de la belle orfèvrerie qui a aujourd'hui décuplé. Dernièrement, un service de table Louis XV, qui ne pesait que 20 kilogrammes, a été poussé jusqu'à 107,000 francs. Une superbe coupe de jaspe et or, émaillée, signée Morel et représentant Andromède et Persée,qn\, à l'Exposition universelle de 1855, valut à son auteur la grande médaille et la croix, fut adjugée à M. Henry Hope, de Londres, au prix de 85,000 francs. La matière première de ce merveilleux travail représentait 15,000 francs. Elle a été récemment revendue 250,000 francs par le duc de Newcastle, gendre de M. Hope.
VENTE PAJOU 16 décembre 1878.
Gette vente « après décès », comme disent les commissaires-priseurs, a été intéressante. Elle comprenait quelques tableaux et surtout des bustes en marbre, bronze, terres cuites, parmi lesquels figuraient des œuvres de l'illustre sculpteur dont le défunt était l'un des descendants. Nous citerons seulement les deux œuvres suivantes comme absolument hors ligne : n° 1. Buste de Lemoyne, célèbre sculpteur, a Get admirable marbre, disait le journal rArt\ a été adjugé