‹ L'Année artistiqueChapitre 231 sur 352 · RHONE · texte numérisé non relu

RHONE

Lyon. — Une galerie nouvelle consacrée aux tissus, a été ouverte en 1879, dans le musée d'art industriel que la chambre de commerce a créé et entretient généreusement dans le palais de la place des Gordeliers. Jusqu'à présent, le musée n'occupait que le grand hall situé dans la partie occidentale du palais. L'autre galerie, qui s'étend dans la partie orientale, avec les mêmes dimensions, était restée vide. C'est là que, avec le concours aussi dévoué qu'éclairé de M. Brossard, la Chambre a réuni toutes les pièces qui peuvent faire ressortir le rôle de la fabrique lyonnaise, ses origines et sa grandeur. La collection embrasse une période de plus de trois mille six cents ans. Le plus ancien spécimen remonte à la xvni< dynastie égyptienne. C'est un fragment de la tunique de la princesse Ameuset, fille d'Aménophis III, trouvé dans son tombeau. Les Orientaux, Chinois, Japonais, Indiens et Persans, sont représentés par des pièces de choix. Le développement de l'art textile en Europe est attesté chronologiquement par des tissus de valeur. Enfin, parmi les tissus les plus récents, on en compte quelques-uns, en trop petit nombre malheureusement, qui ont été ofierts par les grands fabricants contemporains : MM. Henry, Schuk, Lamy et Giraud.

Les acquisitions principales faites depuis que le musée est en préparation ont été celles des collections Meynier et Bock. La première est surtout technique, le regretté

M. Prosper Meynîer s'étant appliqué à réunir des échantillons propres à éclairer l'histoire de la fabrication de la soierie à Lyon; la seconde a un caractère exclusivement archéologique. Le savant chanoine Bock, d'Aix-la-Chapelle, avait collectionné avec une patience et un savoir de bénédictin les produits de l'art au moyen âge, spécialement les ornements d'église. La majeure partie de ses trésors est allée aux musées de Vienne et de South-Kensington. Mais ce qui en restait, après les prélèvements faits au profit des Autrichiens et des Anglais, constituait encore un fonds précieux, et la chambre de commerce, sur les conseils de H. Brossard, n'a pas hésité à payer 16,000 francs pour acquérir les pièces introuvables qu'on peut admirer aujourd'hui dans les vitrines de la travée de droite.

Jusqu'à présent les prix payés pour les différentes collections qui ont aidé à la formation du inusée, constituent un total d'environ 80,000 francs. Ce chiffre n'a rien d'exorbitant, lorsqu'on songe que l'on est dès à présent en possession de séries complètes d'objets, classés méthodiquement, et de nature à fournira l'étude des «documents d'autant plus précieux, qu'ils deviennent chaque jour plus rares. La dernière acquisition faite est un panneau, tissu merveilleux, qui appartenait à M"* V« Callery. Ce panneau avait été offert au fameux sinologue par Ki-Ing, précepteur du prince impérial et signataire du premier traité conclu avec la France en 1844. Ki-Ing l'avait payé mille onces d'argent à Pékin ; c'est dire assez quelle est la valeur de cette pièce.

Nous féliciterons donc la chambre de commerce d'avoir doté Lyon d'un établissement artistique comme il s'en rencontre bien peu, même dans les capitales qui ont un gros budget à leur disposition, et H. Brossard d'avoir su si bien mettre en lumière des curiosités que le public ne soupçon-

nait pas, de les avoir disposées suivant uo plan logique, et enfin de faciliter les recherches des artistes et des industriels par des inscriptions qui nous édifient sur l'époque, la nature et la provenance des objets.

Lyon possède un autre musée, construit par M. Ghartron sur le boulevard du Nord, près du parc de la Tête d'or. Un riche et intelligent manufacturier lyonnais, M. Emile Guimet, y a réuni tous les trésors qu'il a rapportés d'Orient et qu'il complète chaque jour par des acquisitions nouvelles. Le musée, qui reste une propriété particulière, contribuera au progrès artistique et à la grandeur de la ville de Lyon, et l'on ne peut trop admirer la générosité de M. Guimet, qui a bien voulu faire servie sa collection à l'enseignement de tous.

11 nous faut signaler l'inauguration du nouveau théâtre élevé à l'entrée de la f ue de la République. M. Ghartron, l'architecte, a heureusement triomphé des difficultés résultant de la conformation du terrain, immédiatement après le vestibule, on pénètre dans une salle indoue, décorée de colonnes trapues, de têtes massives d'éléphants, le tout d'un très puissant effet. La salle est vaste et belle. Le plafond, très remarquable, a été peint par M. Damer. Il représente la ville de Lyon couronnée par la Renommée, Apollon guidant son char à travers la chaîne des Heures, et des figures symboliques de circonstance.

Page 1