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L'ART A ^ÉTRANGER (GALICIB ET POLOGNE

GALIGIE ET POLOGNE

La race slave comprend 45,350,000 iadiyidas. L'on sait que chacun des différents peuples entre lesquels die se divise a traversé dans l'histoire une brillante phase politique et militaire. Aujourd'hui, disséminée et abattue, elle n'a plus ni cohésion ni force politique ; mais l'esprit de cette race n'en subsiste pas moins, avec ses qualités d'imagination, de poésie et d'énergie, qui expliquent ou autorisent les mâles espoirs et les rêves d'indépendance dont elle est travaillée. Les aptitudes artistiques en particulier sont plus hautes et plus vivaces chez elle que dans la plupart des pays d'alentour. L'art polonais a* une histoire remplie de pages glorieuses, avec des noms illustres, des vicissitudes et des succès qui la rende'nt palpitante. Raconter cette histoire pour dégager son influence des milieux un peu troublés dans lesquels cette malheureuse nation maintient son individualité, montrer le caractère spécial de la race, qui se manifeste en dépit des événements, mettre en relief ses facultés plastiques : telle serait la tâche qu'il serait utile de remplir ici. Car il n'est pas de questions moins connues et qui méritent pourtant d'être plus étudiées que celles-ci. Des raisons de modestie et de prudence nous déterminent néanmoins à attendre pour résumer l'histoire artistique de la raceslave. Le célèbre écrivain J. Kr^szewski, qui est non seulement un grand romancier, mais encore un érudit et un éminent critique, se propose de publier un livre important sur ces matières dans le courant de l'année 1880. Nous nous réservons, après avoir lu et étudié cet ouvrage, dédire à notre tour les phases diverses et extrême-

meot curieuses par lesquelles a passé l'art slare depuis quatre siècles.

Mais ce qu'il nous parait intéressant de montrer dès maintenant, c'est Factiyité de cette race dans le sens artistique, activité heureuse et féconde, puisqu'elle met en lumière des œuvres supérieures, activité naturelle et spontanée, puisqu'elle éclate en dehors de toute espèce d'efforts officiels ou administratifs, par la seule puissance de l'instinct et, pour ainsi dire, de la sève nationale. La Pologne, on le sait, se divise en trois parties : la partie russe ou royaume de Pologne, la partie autrichienne ou Galicie, la partie allemande ou duché de Posen. Nous allons voir comment se manifeste dans ces diverses contrées le mouvement artistique.

Varsovie. — Le Salon, l'Exposition du palais Brdhi.

Le Salon de Varsovie, c'est l'exposition permanente de la Société d'encouragement des beaux-arts. Cette année, il a de nouveau témoigné du progrès toujours croissant de la peinture polonaise. Nous n'avons pas la prétention de parler de toutes les œuvres qui y ont été exposées, nous nous bornerons à mentionner ce qu'on y a vu de plus remarquable.

M. Hans Makart envoie souvent ses œuvres aux expositions polonaises ; nous avons eu de lui, cette année, à Varsovie, son Entrée de Charles-Quint à Anvers, une (Catherine CornavQ et Aine Cléopâtre. H. Makart a obtenu surtout un vif succès avec quatre magnifiques morceaux de peinture décorative, destinés à orner un plafond, et représentant /^ Jlfaim, le Midi, le Soir et la Nuit. Ces quatre toiles sont d'un coloris superbe.

M. Siemiradzki est aussi un habile coloriste; mais il ne

se laisse pas, comme H. H. Makart,. exclusiTement dominer par la préoccupation de la couleur : il a, plus que le peintre autrichien, le sentirpent de la beauté de la forme. Il a exposé cette année, à Varsovie, le Naufragé mendiant, la Coupe ou la Femnie, qui étaient à l'Exposition de Paris, et la Rèsurrection du Sauveur, une grande toile pour l'église de Tousle&-Saints, à Varsovie. Dans cette œuvré nouvelle, M. Siemiradzki montre un progrès évident. La composition a plus d'unité, le peintre se préoccupe davantage de l'étude des valeurs et y fait toujours preuve des mêmes grandes qualités d'invention, de dessin et de facture.

La Guerre sans combat, de M. Rodakowski, n'est pas une œuvre nouvelle ; mais on la voit toujours avec plaisir, tant ce grand artiste y déploie des qualités éminentes.

Lizdejko sur les ruines du temple de Perkur, par M. Alchimowicz, est une œuvre très remarquable; mais cet artiste possède un si joli coloris, si brillant, si étincelant de lumière, qu'il serait mieux employé à des sujets moins sombres.

M. Abramowicz est un homme de talent qui s'est trompé dans sa Fête de Wierzynka; c'est une œuvre dont la conception n'était pas mûre et qui porte la marque d'une trop ^ grande précipitation. Les deux toiles de M. Lesser méritent d'être mentionnées.

Parmi les portraits, il faut citer le Portrait dhomme de M. Stan Heymann, remarquable par le dessin et la vigueur du coloris (M. S. Heymann est un des meilleurs portraitistes polonais) ; le Portrait d'un artiste dramatique, par M. Miller; des éludes de tête par M. Stenzla ; le tableau de M™^ Dukszynska, et ceux de MM. Harowitz, Maleszewski et Grabowski.

M. Sholc a exposé plusieurs paysages italiens très chauds

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de cotoris, mais qui sont peut-être d'un fini trop délicat : la nature doit être plus largement traitée.

De M. Roman Kochanowski, une Rue de Cracofoie d'an coloris un peu monotone; les tons manquent de yariété; mais ce défaut est racheté par un grand sentiment poétique et une remarquable perspective.

Citons encore les paysages de MM. Brochoçki, Brzozowski, Malecki, Sidorowicz/Swieszewski, et adressons des compliments à MM. Buskiewicz et Wasikowski» qui s'approchent de plus en plus de la nature, tout en se débarrassant de ce que leur coloris avait de fade.

Parmi les tableaux de genre, mentionnons de M. Kozakicwicz le Divertissement au lieu d* arrêt, où sont représentés une trentaine d'individus de différentes classes : soldats, citoyens, juifs. Tous ces types sont d'une vérité saisissante.

M. Witkiewicz a exposé une Halte d'un conducteur de chevaux auprès d'une auberge, tableau remarquable par l'expression et le mouvement. La même observation est à faire sur le tableau de M. Ryszkiewicz, représentant un berger qui, quoiqu'au milieu de la neige, n'en conserve pas moins sa bonne humeur. M. Papieski devrait empruntera M. Ajdu* kiewic? ses qualités de coloris. Ce dernier, dans la Plainte d'une jeune fille, a fait une œuvre charmante sous le rapport de la vérité et de l'harmonie remarquables des couleurs.

Mentionnons encore, avant d'en finir avec la peinture, les tableaux de MM. Brodovrski, Gebloki, Kowalski, Kurella Streit, qui ont également contribué à l'éclat du Salon de Varsovie.

Gomme dans toutes les expositions polonaises, la sculp ture était rare. Les œuvres les l^plus remarquables étaient : le Naufragé, de M. Kucharzewski, œuvre d'an grand inté-

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rét ; le maDument du médecin Girzîow, que M. Ostrowski a fait pour régiise de Sainte-Croix, à Varsoyie; le baste d'une * impératrice romaine, de H. T. Rjrgier; le buste de Mickiewicz, de M. Pruszynski.

Mais, ce qu'il y avait dans la sculpture de particulièrement intéressant, c'était le concours annuel de la Société d'encouragement des beaux-arts. Le sujet du concours était: la Victoire de David sur Goliath et le Miracle de la multiplication

des pains. Le premier prix a été obtenu par JM. Ostrowski, le deuxième par M. Kioss, et le troisième par M. Lozinski.

Ces œuvres se distinguent, comme toute la sculpture polonaise, par une grande expression; et c'est même à la fois la principale. qualité et je défaut principal de toute la statuaire slave en général. Rien de plus saisissant que l'air de triomphe sauvage avec lequel le David de M. Ostrowski élève en Pair la tête sanglante de Goliath; chez M. Kloss, l'expression devient tout à fait désordonnée, à force d'être véhémente.

Pour son prochain concours annuel, la Société d'encouragement des beaux-arts a proposé comme sujets : l'esquisse d'une statue du grand sculpteur Witt Stwosz, et le Christ après la résurrection.

Une autre exposition très intéressante a eu égalemeirt lieu cette année à Varsovie, au palais Briihl, monument somptueux que le roi de Pologne Auguste II, électeur d« Saxe, ût bâtir pour le comte Bruhl, son ministre, ou plutôt pour la femme de ce dernier, laquelle était d'une grande beauté. Cette exposition était composée d'œuvres de maîtres anciens et modernes.

Parmi les anciens se trouvaient tout d'abord des toiles de Bacciarelli, Smuglewicz, Orlowski, Brodowski, Simmler, HadziewiDz, Glowacki, Marseal, Kiewi(^, etc., etc.

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Puis, parmi les mattres moderDes, nous reDControns de nouveau H. H. Makart avec trois toiles : Vénus et Satyres, Nymphes à la chasse, et une Diane.

Voici le Wamenczyk de Matejko, œuvre d'une incomparable puissance , et plusieurs toiles de H. Joseph Brandt, parmi lesquelles il faut citer surtout : la Bataille de Choczim, tableau qui date de 1867, le Camp des Cosaques et le Passage de Lisoivczyk,

H. Joseph Brandt, artiste polonais, né en 18<il à Szczebrzeszynie, est un des premiers peintres de notre école. Il excelle surtout dans les sujets militaires.

En Pologne, M. Brandt, qui jouit d'une immense renommée, est le grand rival de Matejko. Au contraire de ce dernier, il est préoccupé, avant tout, du monde extérieur. Matejko s'attache plus spécialement à exprimer le moral de ses personnages, soit pour les louer, soit pour les blâmer; ses tableaux d'histoire sont souvent des panégyriques ou des invectives. Brandt est optimiste; il estime les hommes ; son élément est la lumière et la vie. Matejko, lui, est pessimiste et misanthrope ; il retrace préférablement les pages les plus sombres de l'histoire de la Pologne.

Citons encore les Deux Mères de Grottger, une toile de Gerson qui ressuscite très habilement l'histoire des temps passés; deux beaux paysages de Piwarski, un autre non moins remarquable de Breslauer; de Zdleski, Vlntèrieur du cloître des dominicains de Cracovie, qui est, dans son genre, presque un chef-d'œuvre; de M. Stanislas Chlebowski, une scène de la vie de Witt Stwosz chez les Nurembergeois; de M. Horowitz, peintre d'un rare talent, le beau Portrait de M^ y., œuvre qui le place au rang des premiers portraitistes de notre époque, la Destruction de Jérusalem, et Diogène cassant sa coupe; de M. Michel Zichy, peintre hongrois.

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'Smie de Finquisiiion espagnole, tableau d'un grand effet, et une Courtisane qui se défend des caresses d'un vieillard, M-entionnons encore des œuvres de MM. MUler, Maleszewski, Kossak, Kostrzewski, Kowalski et autres.

Le public se pressait surtout avec un sympathique intérêt autour de l'exposition posthume de Léonard Straszynski, peintre d'un grand talent, mort il y a quelques mois. Celles de ses œuvres qui ont été les plus appréciées sont : le Pillage d'un château au temps de Wallenslein, qui se distingue par un coloris remarquable et une grande facilité de composition; 1^ Atelier de Bacciarelliy et Twardowski évoquant, devant Sigismoud-Auguste, le fantôme de Barbara Radzimil, où l'artiste montre une grande science de son art.

Un des principaux attraits de l'exposition du palais • Brûhl était un album offert par les artistes polonais à M. Kraszewskî, et qui renferme des dessins de la plus grande valeur.

Lemberg : Les monuments nouveaux. — Le Salon.

Plusieurs monuments publics remarquables viennent d'être édiCés dans la capitale de la Galicie. Deux sont tout à fait dignes d'être mentionnés : l'École polytechnique et le nouveau Palais de la Diète.

L'École polytechnique, dont la construction e^t due en partie à la munificence de l'empereur François-Joseph, est l'académie des beaux-arts de Lemberg. Par la savante élégance de son architecture Renaissance autant que par sa destination, c'est un véritable temple des arts qui fait le plus grand honneur à M. Zachariewicz qui l'a construit, et qui est un des architectes polonais les plus distingués.

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Le Palais tle la Diète galidenne, qui D'est pas encore complètement terminé, est une œuvre non moins remarquable due à M. J. Hochberger, aussi connu et apprécié à Vienne qu'en Pologne. Le style en est renaissance italienne ; et, dans cet important édifice, H. J. Hochberger a su s'inspirer, avec beaucoup de goût et d'érudition, de ce que ritalie a produit de plus parfait en ce genre.

Dans lasalle des séances seront exposés les portraits de tous les maréchaux qui ont présidé la diète de Galicie ; l'exécution en a été confiée aux principaux peintres polonais. Déjà nous avons le portrait du comte Aif. Potocki par Matejko et du feu prince Sapieha par Rodakowski. Ce dernier est en train d'achever le portrait du comte W. Dzieduszycki.

Enfin à rissué des fêtes que la ville de Lemberg a offer* . tes à M. Siemiradzkl, pour le remercier du royal présent qu'il a fait à la nation de son tableau des Tarchcs vivantes de Héron, le conseil général de la Galicie a prié le jeune et sympathique artiste d'exécuter le portrait du maréchal actuel, le comte Wodzicki.

La plus grande partie de la sculpture d'ornement a été confiée à des artistes nationaux ; les statues seront exclusivement exécutées par des sculpteurs polonais. A cette occasion, un concours a eu lieu au mois de septembre dernier. Pour le grand fronton de la façade, le sujet était : le Génie de la Pologne protégeant la Yistule et le Dniester, Il y avait encore deux groupes représentant : la Science, le Travail et quelques figures isolées.

Les œuvres qui ont obtenu le premier prix dans cette importante lutte artistique sont : le fronton de H. T. Rygier, son groupe de la Science et le groupe du Travail de M. Trembecki. Les esquisses les plus remarquables étaient

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