‹ L'Année artistiqueChapitre 240 sur 352 · L'ART A L'ÉTRANGER (GALICIE ET POLOGNE). 32T · texte numérisé non relu

L'ART A L'ÉTRANGER (GALICIE ET POLOGNE). 32T

ensuite celles de MH. Marconi et Hikulski qui ont obtenu des seconds prix, de MM. Karzawa et T. Blotnicki, un jeune talent plein de promesses, et qui a déjà, cette année, remporté un premier prix dans un concours à Vienne.

La nouvelle Diète sera encore ornée des bustes en marbre de tous les rois de Pologne, pour Texécution desquels un nouveau concours aura lieu prochainement.

Le Salon de Lemberg a été ouvert, pourla première fois, à l'École polytechnique, dans la magnifique salle qui est affectée aux expositions de ce genre. La grande peinture y était représentée par la Bataille de Grunwalden, de Matejko. Dans cette toile immense, le célèbre artiste polonais a montré toutes les grandes qualités, de dessin, de couleur et de fougueuse expression, qui ont fait de lui un des premiers peintres de notre t^mps ; mais Tensemble de cette œuvre qui contient des parties admirables est gâté par la confusion et le manque de perspective.

Portraits, — M. Makart nous en a envoyé un très beau, plein de noblesse et d'élégance, de la jeune comtesse Tyszkiewicz, fille du comte Alf. Potocki, et qui serait un chefd'œuvre, si le dessin égalait la beauté du coloris.

M. H. Rodakowski avait exposé le portrait de sa mère ; une œuvre complète celle-là : admirable de dessin, décelons, d'expression et de facture. Son Prédicateur en chaire a presque la même valeur. Nous rencontrons encore Itfatejko avec son Portrait (lu comte Alf. Potochi, en costume de maréchal de la Diète, peinture superficielle où nous ne trouvons à louer cette fois qu'une facture, une virtuosité de pinceau merveilleuse. Citons encore toute une collection d'œuvres de M. Grabowski, qui fut un grand portraitiste et qui le sera encore, quand il cessera de préférer dans ses œuvres la quantité à la qualité ; une œuvre posthume de

Grottger et des toiles remarquables de MM. Pruszkowski, Maszkowski, Jablowski et Krycioski Valéry.

Paysages : l'œavre capitale en ce genre était de M. Weber Pawel. C'était un très beau point de vue, bien étudié, largement traité, avec de savants eflfels de lumière. Voici, de M. Malecki, une petite toile d'un grand paysasagiste ; de M. Grabinski, plusieurs paysages trop jolis, où Ton regrette de voir de merveilleuses qualités mises au service d'un art de convention, d'une véritable peinture industrielle, où la nature est absente; de M. Jasienski, on excellent Coucher de soleil; de M. Kozakiewicz, un Crépuscule d'une facture vigoureuse, et, dans un tableau restreint, une plaine immense où règne bien ce sentiment de calme solennel qui accompagne la fuite de la lumière. De M. J. Kossak, les Lanciers polonais en Espagne, Citons encore les toiles de MM. Sidorowicz, Brochocki, Koniusko, Swieszewski, Szerner, et la scène d'insurrection de 1863 par M. Ajdukiewicz, qui est une excellente vue de forêt.

^fudes.—M.Siemiradzki avait, dans ce genre de peinture, une Tête de femme sur un fond de tapisserie qui était une savante recherche d'effets de couleur. M. Wojciech Gerson avait exposé /a Tempête et le Beau Temps, figures allégoriques ; M. Alchimowicz, un Jeune homme, étude où il révèle toutes les qiialités qu'il possède pour la grande pernture, et elles sont nombreuses. MM. Mirecki et Papiezki nous ont montré chacun une figure semblable : Tête de femme brune sur un fond de tapisserie jaune, qui rappelle la Salomè de Regnault.

Tableaux de genre. — Le tableau de genre le plus remarquable était celui de M. Budkowski : Dans um église; une femme en costume italien prie agenouillée sur un banc de bois; c'est une œuvre du plus grand mérite, au point de

yue de la vérité de l'expression autant que de la qualité du dessin et de la couleur. Mentionnons encore de M. Pochwalski, Paysans galiciens entendant la messe; de M. Kotsis, décédé, une. toile humoristique, et deux Intérieurs d'église de M. Gryglewski. Il nous faut encore citer plusieurs copies remarquables, surtout le Mariage mystique de sainte Catlierine du Gorrège, par un peintre de talent, M. Galuszkiewicz.

Le salon de Lemberg comptait quelques dessins et aquarelles remarquables : de M. Tépa, un des premiers aquarellistes polonais, le Portrait de sou père, où il fait preuve d'un talent prodigieux ; un dessin allégorique de la Guerre, du grand dessinateur qui fut Arthur Grottger ; un beau type de Femme de l'Herzégovine, du peintre tchèque Germak^ et, de M. Mlodnicki, plusieurs Portraits au crayon noir, d'une extraordinaire intensité de vie et d'expression.

La sculpture ne comptait que quinze œuvres, parmi lesquelles il faut citer surtout l'exposition de M. Mikulski : Saint Casimir Jagellon et le Buste d'un esclave, H. Mikulski est l'un des jeunes sculpteurs polonais qui donnent les plus grandes espérances ; son Buste d^un esclave est une œuvre d'un beau réalisme, très artiste, d'un savant modelé et d'un grand style. Après lui, nous pouvons mentionner encore le Buste d'un vieillard, très expressif, de M. Baracz, un autre en marbre, représentant une Napolitaine, par M""* la comtesse Lubienska, et un groupe en bronze : le Poète Kochanowski et sa Fille Ursule, par M. Trembecki.

330 L'AIfSIÉE ARTISTIQUE.

CiiACO^iE : Le nouveau Musée national. — Le Salon.

Un nouveau musée vient d'être fondé & Graeovie dans les circonstances suivantes.

Au mois d'octobre dernier, a été célébré dans cette ville un jubilé en l'honneur de H. Kraszewski pour célébrer cinquante années d'une production littéraire tellement féconde, qu'on a pu, à cette occasion, lui ofirir une énorme couronne d'or dont chaque feuille portait le titre d'une de ses œuvres. La ville de Gracovie avait fait coïncider avec cette fête l'inauguration solennelle de la Sukimnica nouvellement restaurée.

' La Sukiennica est un ancien édiike qui date du xin* siècle. C'était, à cette époque, le seul endroit de la ville où le commerce d'étoffes fût autorisé.

C'est un spécimen excessivement intéressant de l'architecture du moyen âge, et l'un des plus curieux monuments de Gracovie, qui en compte pourtant un si grand nombre de remarquables par leur antiquité autant que par leur valeur artistique. Il a joué un grand rôle dans l'histoire municipale de l'ancienne capitale de la Pologne. G'est là qu'après leur couronnement les rois venaient recevoir le serment de la ville.

G'est dans ce local historique qu'eut lieu une partie de la fête du jubilé ; et c'est à cette occasion que M. Siemiradzki fit don au pays, pour être placé dans une des salles de la Sukiennica de son grand tableau des Torches vivantes de Néron, quoiqu'on lui en offrit, à Saint-Pétersbourg, quatre-vingt mille roubles. Or, un grand nombre d'artistes polonais ayant imité avec empressement cette action gêné-

L*ART A L*ÊTRANGBB (ROSSIE). 331

rense, un musée national très intéressant se trouva constitué, et il est en voie d'installation dans l'antique monument municipal.

Parmi les œuvres les plus remarquables qu'il contiendra, on peut citer déjà, outre le tableau de H. Siemiradzki, des toiles de MM. Gh. Huiler, Pruszkowski, Alex. Krywult; le Portrait de la célèbre actrice polonaise H. Modrzejewsk, par M. Ajdkiewicz, et le Buste en marbre de M. Siemiradzki, par M. Godecki.

Du Salon de Gracovie nous n'avons rien à dire, attendu que, comme d'habitude, ce qu'il avait de plus remarquable se composait d'œuvres déjà exposées à Varsovie et à Lemberg.

Page 1