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RUSSIE

L^Académie des beaux-arts de Saint-Pétersbourg et son exposition annuelle.

Dans la Russie proprement dite, c'est-à-dire abstraction faite des provinces polonaises, le mouvement artistique est faible et peu intéressant. Ge fait s'explique par la raison que l'art russe est encore à l'état embryonnaire. Gontrairement à l'art d.e toutes ^bs nations de l'Europe, l'art russe n'a pas de passé : on ne compte d'artistes moscovites qu'à partir du règne de Gatberine II. Ge retard ou ce néant du sentiment esthétique chez la nation moscovite a des causes scientifiques parfaitement compréhensibles, que ni le cadre ni le but du présent ouvrage ne nous permettent* de développer.

Ge qui caractérise les œuvres d'art en Russie, c'est un manque absolu d'originalité; les artistes de ce pays n'ont guère d'autre préoccupation que d'imiter la manière des

1. Nous laissons entièrement à M. J. Gorgolewski, notre correspondant, auteur de l'article sur la Russie, la responsabilité de ses appréciations qui nous paraissent un peu sévères. {Note de fauteur.)

332 L'ANNÉE ARTISTIQDE.

maîtres étrangers : jasqu*à présent, l'art russe n'est qa'an art d'importation.

Cependant le gpuvernement fait de louables efforts pour éveiller le talent chez ceux qui suivent la carrière des beaux-arts.

Le centre principal de l'instruction artistique, c'est l'Académie des beaux-arts de Saint-Pétersbourg. Chaque année l'Académie moscovite c^écerne, comme celle de Paris, un prix et une bourse qui permet au lauréat d'aller achever ses études à l'étranger. Celte récompense a été obtenue celte année par M. Wysolowski, artiste polonais; l'avant-dernier prix avait été gagné par M. Siemiradzki.

Tous les ans, en été, l'Académie des beaux-arts de Saint-Pétersbourg a une exposition. Elle est ordinairement bien restreinte. Cette année le catalogue ne mentionnait que 221 œuvres pour la peinture, la sculpture et l'architecture. Que nous sommes loin des 3 ou /i,000 tableaux du Salon français!

Parmi les œuvres de peinture, ou distinguait d'abord quelques tableaux connus d'artistes étrangers : de Makart, d'Edelfeldt et de Swiedowski. Le reste, hélas! à quelques exceptions près, vaut à peine Thonneur d'être nommé.

Parmi ces exceptions nous citerons : les trois grandes toiles religieuses de M. Wereszczagin, professeur de l'Académie : le Crucifiement, la Descente de croix, la Mise au tombeau. Cependant la critique de son pays a été loin de lui être favorable. On lui reproche surtout d'avoir traité ses sujets avec trop de froideur, sans sentiment. C'est le défaut ordinaire de la peinture religieuse dans tous tes pays.

Quelques toiles de moindres dimensions doivent encore être mentionnées : la Bénédiction des fiancés, de M.Zurawlew, tableau qui renferme quelques qualités d'expression; le

Délassement, de M. Kozuchio, représentaDt une cuisinière qui se tire les cartes sur le bord de ses fourneaui. Gela est peu original; mais, comme obserratioû, c'est assez exact. Le même artiste a exposé une autre œuvre qui a plus de valeur: les Compères, toile humoristique représentant deux types qui ne manquent pas de naturel.

Le Passage du bac, de M. Kiwszenki, est d'un dessin bien médiocre, et le Palais de glace, du professeur Jacobi, est bien étrange. Gela représente Te^térieur d'une de ces maisons de glace que jadis on construisait sur la Neva, pour servir de prison aux juifs. Gela est curieux et nullement artistique : c'est « une mosaïque d'effets de lumière », comme Fa justement dit le critique Eug. Barakowski.

Le seul paysagiste digne de mention était M. Klever. H. Klever a certes du talent au service des sujets qu'il traite; mais ce sont les sujets qui se dérobent à son talent au milieu des contrées ingrates qu'il habite. Il ne saurait mettre plus de vie et de sentiment qu'il n'en existe dans la nature morte qui l'entoure. Une preuve qu'il sent bien tout ce qui est à exprimer dans le paysage russe, c'est qu'il a du succès auprès de ses compatriotes.

Que dire de la sculpture?

Elle consistait surtout en bustes et en médaillons, le tout représentant principalement des popes.

Trois noms méritent seuls d'être cités, parmi les rares exposants â'œuvres de sculpture : MM« Antokolski, Lancer et Ober. De ces trois artistes, M. Antokolski est le plus renommé parmi ses compatriotes ; mais à l'Exposition le premier rang appartenait & M. Ober, pour son Combat de chiens et de renards, œuvre pleine de vie et de mouvement.

Une autre Exposition a également eu lieu cette année à Saint-Pétersbourg, à l'Académie des sciences. Par la rareté

des œuvres et par leur médiocrité, elle était encore inférieure à celle de FAcadémie des beaux-arts. Il n'y a absolument à mentionner que les deux toiles de M. Hakowski, un artiste qui jouit dans son pays d'une notoriété justement acquise. Ces deux toiles sont : Rusalki, sujet tiré des œayres de Puszkin, et le Condamné à mort, scène pathétique profondément sentie et qui a obtenu un yif succès d'émotion.

ROYAUME DE SUÈDE

L* Administration et le budget des beaux-arts. — Le mnsée national

de Stockholm, etc.

Bien que la Suède ait compté pendant le xvu^ et le xvm* siècle des artistes remarquables, ce n'est que depuis une vingtaine d'années que l'enseignement artistique y a été orgaaisé régulièrement et efficacement. Jusque-là les jeunes gens désireux d'étudier l'art de peindre et de sculpter étaient obligés d'aller demander à Paris , à Rome, à Dusseldorf ou à Munich, les leçons et les exemples dont ils ayaient besoin. Parmi les artistes suédois qui se formèrent ainsi dans les écoles étrangères et qui revinrent se fixer dans leur pays natal, de 1850 à 1860, se trouvaient les sculpteurs Quarnstrom, directeur de l'Académie des beaux-arts, et Molin, l'architecte Scholander, les peintres Wahlbom, Boklund et Hockert. Ces artistes de talent trouvèrent un appui sérieux dans le jeune prince royal, qui était déjà un paysagiste distingué, avant de devenir, en 1859, sous le nom de Charles XV, un souverain ami desxarts et des lettres. Grâce aux efforts combinés du prince, de Quarnstrom et de Boklund, l'enseignement subit d'heureuses réformes. L'académie, qui n'avait jusqu'alors possédé qu'un simple cours

L*ARt A L'ÉTRANGER (SUÈDE). 335

de dessin, fut dotée successivement d'une école de peinture et d'une école de paysage. De plus, on créa, en 186/i, une classe pour les élèves femmes.

En 1866, le magnifique édifice du Musée national à Stockholm, complètement terminé, fut inauguré par une riche et intéressante exposition des œuvres des artistes Scandinaves modernes. Ses salles ont reçu ensuite les trésors artistiques de TÉtat, épars, depuis des siècles sur divers points du pays, et notamment la totalité des collections de

l'ancien Musée royal. En même temps, la Société des amis des arts de Stockholm put rendre son exposition permanente. D'autres [sociétés poursuivant le même but se fondèrent. On en compte actuellement six en Suède, qui mettent à la disposition des artistes une somme assez importante.

L'administration des beaux-arts dépend du département des cultes et de l'instruction publique, dont le budget total s'élève à près de 10 millions de couronnes, soit près de 14 millions de francs.

Sur ces crédits, une somme de 26,500 couronnes, ou 36,800 francs, est affectée à l'entretien et à l'augmentation des collections du Musée national, et une somme de 10,900 couronnes ou 15,1/|0 franc» aux frais de réparation et d'entretien de l'édifice. Les affaires du musée sont gérées par un intendant, par deux conservateurs ordinaires et par une commission consultative de cinq membres.

Le musée se divise en quatre sections : 1<> l'art statuaire; 2*» la peinture; 3« l'industrie artistique; 4<> l'armurerie et le Testiaire de la couronne.

La troisième section, celle de l'industrie et des arts décoratifs, est celle qui a reçu le plus grand développement dans ces dernières années. De quelques centaines d'objets

dont elle se composait en 1866, objets appartenant surtoat à la céramique, elle s'est élevée au chiffre de 6,000 numéros, grâce aux dispositions testamentaires du roi Charles XY, mort en 1872, et récemment du comte A. Bjelke, mort en 1877. C'est en 1878 qu'on a fini de classer les dons de ce généreux amateur; encore, faute de place, n'a-t-on pu réunir au musée toutes les faïences, toutes les verreries, tous les émaux, tous les bronzes, tous les meubles, tous les ivoires. Une grande partie de ces objets sont provisoirement conservés au château de plaisance d'Urckidal. Par suite, et pour que ces éléments apportent aussi leur contingent d'utilité à l'enseignement national, le gouvernement a fait étudier par une commission spéciale un projet de création dans la capitale d'un Musée des arts industriels et décoratifs. Dans ce musée entreraient, outre cette section, des collections artistiques du Musée national, divers autres objets appartenant à l'État, et enfin les collections de la Société suédoise des arts et métiers.

Cette société, créée en 1845, compte aujourd'hui 3,500 membres, ainsi que le rapporte M. le docteur Elissidenbladh dans son excellente Éinde sur la Suède, C'est seulement en 1872 qu'elle a fondé une collection destinée à fournir à la grande et à la petite industrie de bons modèles, soit en original, soit en copie, propres à servir de guides au point de vue du goût et de l'éloquence artistique. La collection, des plus modestes à ses débtits, possède aujourd'hui, par suite d'achats et de dons, plus de 2,000 numéros.

La Société suédoise des arts et métiers ne se borne pas à enrichir son intéressant musée ; elle organise des conférences et des concours, et publie un recueil périodique illustré : « Monster for Konstindustrie oct slojd » (Madties

d'industrie artistique). La subvention qu'elle reçoit du gouvernement est de 4,000 couronnes. C'est surtout avec les cotisations de ses membres qu'elle fait face aux nombreuses dépenses que lui impose sa mission de protection et d'enseignement. S'associant au projet de l'État, elle a, en 1878, déclaré qu'elle ferait don de sa collection au Musée des arts décoratifs, si, comme tout le fait espérer, la création de cette utile institution se réalise.

On a pu voir, à TEjLposition de 1878, de très intéressants spécimens de types et de costumes suédois, formant des groupes agréables, retraçant certains détails des mœurs locales. Ces modèles, exécutés par M. C.-A. Soderman, appartiennent au Musée ethnographique Scandinave, fondé à la fin de 1872, par le docteur Arthur Hozelius. L'ouverture de la première section de ce musée se fit en octobre 1873.

Depuis 1874, la fondation du docteur Hozelius jouit d'une subvention annuelle, qui était au début de 5,000 couronnes, et qui s'est élevée depuis à 7,500 couronnes. A la diète de 1878, le gouvernement a demandé que cette subvention fût portée à 11,600 couronnes ou 16,100 francs, somme qui ne répond toutefois qu'au loyer des diverses sec- .tions du musée. La collection comprend aujourd'hui plus de 20,000 numéros : types, costumes, ustensiles, qui sont conservés et exposés dans une quarantaine de salles, malheureusement réparties dans cinq locaux différents. On songe à centraliser cette précieuse galerie. Des bazars, organisés à Stockholm et dans plusieurs villes de la province, ont déjà permis de réunir lés premiers capitaux : 71,000 couronnes pour la construction d'un futur édifice.

On voit4)ar ce qui précède l'importance que le mouvement artistique a prise en Suède dans ces dernières années.

HfK'/r^ h%hu^u\ Jt ^^"-^ 5«>i> î^r-'T'? là fondation des fiiîjvVr^ d^ Goth^-n.Kvirz. d l-lirTs.la, des deux uniTersiU\ lifs UrhT^, Si noiis Toalioîîs entrer dans le détail des collf^tions particiiliêres, nous aurions à citer des tentativfîH extr^imemfînt intéressantes. Cesl ain^, par exemple, qu'un orf?5Vre de Stockholm, M. Ch. Hammer, possède une collection, on pourrait presque dire on musée, de l'histoire, de Fart et du travail. Le nombre des collectionneur» augmente du reste chaque jour en Suède.

I/Acndémic des beaux-arts encourage ce moavement; fondéo on 1735, elle se compose de : un président, dix UHMnhros honoraires, et quarante-quatre membres actifs. I/I^.role <lo TAcadémie royale des beaux-^rts est sous sa ch^lMMuInncc, Cette école, qui a formé des artistes remar- «juiUilos, compte sept professeurs titulaires et quelques profoHsours adjoints; le nombre des élèves, en 1878, a dépassé lo chllTi*o do 200, dont 25 femmes.

A oi^t enseignement supérieur vient s'ajouter le concours do 8oixnnto-dix-huit écoles secondaires de l'État, où les cours do dessin sont très sérieusement faits. On comprend si bien, en Suède, l'importance de cet art, qu'on le cultive déjà dans un grand nombre d'écoles primaires. Le programme des écoles techniques et celui de l'École des arts et métiers donnent une grande place à un dessin linéaire à main franche, à la bosse, à l'ornementation, à la ligure et au modelage.

Il est intéressant de constater le réveil artistique, la renaissance de ce peuple, avec lequel la France a entretenu, du temps de la reine Christine, des relations littéraires et artistiques. Il nous est agréable de penser que c'est en partie à des artistes qui se sont formés dans notre pays qu'est dû l'élan qui fera de la Suède, avant qu'il soit

longtemps, une des nations les plus accessibles et les plus sensibles aux choses de Part.

BELGIQUE

Les expositions À Bruxelles de la Société de bienfaisance, de la Société dés aquarellistes, du Cercle artistique et littéraire. — Exposition de la Société d*émulation, à Liège. — Le Salon d'Anvers. ^ Le Salon de Bruges, etc. — L'administration, les musées, la décoration des monuments publics.

L'année 1879 a été particulièrement féconde en événements artistiques pour la Belgique. Il semble que l'approche des fêtes qui doivent marquer, eu 1880, la célébration du cinquantenaire d^ l'indépendance belge ait donné une activité inusitée aux ateliers; et naturellement les différentes expositions de beaux-arts, à Anvers, Bruxelles, Bruges, en ont reçu le contre-coup. Nous allons tâcher de résumer brièvement cette grande production.

Bien qu'une œuvre de philanthropie n'ait pas toujours un caractère d'art suffisamment tranché, il n'est pas possible de passer sous silence l'exposition-loterie que la Société française de bienfaisance avait organisée à Bruxelles, dès les premiers mois de l'année. L'État avait prêté la salle du Palais Ducal, aujourd'hui changé en Palais des Académies. Cette salle, malgré ses dimensions, ne s'est pas trouvée trop grande pour recevoir les envois qui affinaient de partout. On avait fait appel aux artistes et aux collectionneurs, et les uns et les autres avaient .répondu avec empressement. Nous avons encore présentes à la mémoire les œuvres de MH. Dubois, Coosemans, Hagemans, Verheyden, Alf. Verwée, Bouvier, Clays, Cogen, Gluysenaere. M^ Marie Collard avait envoyé un de ses

iotimes et doux coins agrestes où elle sait concentrer d'infinies tendresses de poète. Les oarrages consacrés par le temps se mêlaient à ces travaux contemporains, et ce n'était pas la moindre curiosité d'étudier, en regard de la mobilité des esprits d'aujourd'hui, l'inflexible austérité de leur pensée. Toutefois, comme il arrive toujours en ces occasions laissées aux amateurs de peinture ancienne, bien des ouvrages apocryphes usurpaient une place qui n'aurait dû être laissée qu'aux noms éprouvés. Hais on ne pouvait se tromper sur l'authenticité de quelques beaux morceaux faisant partie de collections de peintres, bons juges, ceux-là, en matière d'exécution, un petit Pprirait de de Keyser, très fin sous les gris émaillés, et un Cheval d'Albert Guyp, tous deux appartenant à M. Slingeneyer. Un merveilleux Bouquet de fleurs de Breughel mettait non loin de là sa pétarade de tulipes, dans une surprenante et furieuse lumière. Mais le chef-d'œuvre, peu remarqué cependant, parmi les vieux peintres, était un Groupe de rieurs du Greco éclairés par les pâles lueurs d'une chandelle champignonnante.

A peine l'exposition de la Société française fermait-elle ses portes que l'exposition de la Société des aquarellistes ouvrait les siennes. On n'ignore pas que ces expositions sont le rendez-vous annuel d'une quantité de talents délicats, presque toujours les mêmes, il est vrai, car les statuts de la société limitent à quarante (les membres honoraires non compris) le nombre des artistes qui se groupent sous la bannière de cet art charmant de «la peinture à l'eau.

Il y a vingt ans que, sous la présidence du regretté J.-B. Madou, s'organisait à Bruxelles la première exposition d'aquarelles. Cette fleur exquise de l'impression artiste, qui, pour être fixée, ne demande que le travail presque

L'ART A L'ÉTRANGER (BELGIQUE). Ui

immatériel du bout des doigts, n'avait pas alors, comme à présent, l'éclat incontesté que les Lamy , les Jacquemart, les Maris, les Israël et bien d'autres ont su lui conquérir. Pourtant les peintres belges se dévouèrent : Louis Gallait, qui, depuis la mort de Madou, a pris la présidence de la société, Clays, Dell' Acqua, Van Moer, Portaels, Roelopfs, Stroobant, G. Van der Hecht, Huberti, Pecquereau, tous rompus aux fins maniements de l'aquarelle, entrèrent successivement dans la petite chapelle où, plus tard, Eug. Verdyen, Em. Wauters, Mellery, Alf. Hubert, Stacquet, Uytterschaût, G. Meunier vinrent les rejoindre. L'exposition des aquarellistes est aujourd'hui un des succès du printemps, car, par un caprice charmant, l'apparition des premières aquarelles coïncide avec la pousse des premières feuilles. Nous n'entreprendrons pas de signaler toutes les œuvres exquises réunies l'an dernier, au Palais Ducal ; on y admirait les truculentes bambochades des deux frères Oyens, les fines et tranquilles lumières de M. Mellery (un esprit curieux des intimités de la rue et de la vie dont le Tour du Monde a publié des dessins pris en Zélande), les claires colorations de M. E. Verdyen, le souple crayon et la couleur déliée de M. Hubert, les chauds embruns de M. Hennebicq, les blondes idylles de M. Huberti, les recherches* un peu pesantes d'élégances féminines de M. Gh. Hermans, les accents solides et appuyés du Hollandais Allebé et les œuvres si saines de ces quatre autres Hollandais, MM. Mauve, W. Maris, Blommers et Mesdag ; puis le groupe des virtuoses, les Italiens Blanchi, Gasabianca, Gipriani, Dominicis, Joris, Maccari, Martens et Pagliano, dont les ouvrages ont des scintillations de broderies. Menzel, le maître allemand, était tout entier résumé dans son soupçonneux et rébarbatif Soudard

qui, la main posée sur sa colichemarde, regardait on ne sait quelle vision apparue dans l'ombre.

Le Cercle artistique et littéraire de Bruxelles , dont l'influence est surtout visible aux salons triennaux, n'allait pas tarder à organiser, de son côté, l'exposition des œuvres de ses membres. Un double courant partage ces derniers : d'une part, les peintres demeurés fidèles à l'enseignement officiel ; d'autre part, les peintres indépendants de l'impression et de la sensation. Geux-^i se reconnaissent aisément à leur recherche des tons d^ plein air. Deux figures de H. Agneessens s'imposèrent surtout à l'attention, dans cette exposition de 1879 ; elles étaient peintes dans une gamme de gris argentins et lumineux, relevés d'accents dans les demi-teintes. On remarquait aussi les morceaux de MM. Oyens, Verhaeren, Ringel et Fontaine, les Pivoines de M. Verdyen, des notes résolues et brusques ' de M. Mellery, de saines impressions de MM. Baron, Goosemans , Gourtens , Rosscels , Asselbergs , Crépin , Gqemans, Verheyden, Heymans, etc. La sculpture n'était pas moins brillamment représentée. Deux bustes de MM. de Vigne et Vinçotte« avaient des élégances fines et nerveuses, une Cervarola de M. Van der Stappen empruntait un grand air à ses lignes Aprement sculpturales, et M. Hermans avait mis sous les modelés nourris AesSi Diane une grâce très vivante et très solide.

Peu de temps après, s'ouvrait à Liège, sous le patronage de la Société d'émulation, à l'occasion de son centenaire, une exposition particulièrement intéressante au point de vue de l'histoire des expositions en Belgique. De toutes les exhibitions artistiques organisées à Liège, depuis 1810, époque à laquelle remonte la première tentative dé ce genre, celle-ci l'emportait aussi bien par la quantité que

par la qualité des œuvres envoyées; 621 numéros figuraient au catalogue. Toutefois, la plupart des œuvres réunies par la Société d'émulation avaient figuré antérieurement aux expositions de Gand et de Bruxelles. Nous avons formulé, à cette occasion, le regret de voir les artistes se désintéresser des expositions de province; il en est qui, poussant l'indifférence à ses dernières rigueurs, affectent de les considérer comme non avenues; d'autres, moins absolus, se contentent d'y envoyer des ouvrages anciens,qui souvent sont sans rapport avec leurs investigations actuelles. Il faut être sévère pour ces dangereuses coutumes ; elles entravent les efforts des amis des arts pour développer le goût des plaisirs intellectuels. On pouvait reprocher aussi à l'exposition liégeoise de n'avoir pas suffisamment montré les tendances de l'intéressant petit groupe local qui se compose de MM. Philippet, Marcette père et fils, et Delpérée; le premier particulièrement est considéré, non sans raison, comme un explorateur de routes nouvelles.

L'exposition la plus importante de l'année devait être celle d'Anvers qui s'est ouverte au mois d'août. Elle offrait un curieux mélange des différentes écoles, et les Français aussi bien que les Allemands avaient tenu à y figurer dignement. Cependant, comme en 1878, au Salon de Bruxelles, la grande peinture y faisait presque complètement défaut : on comptait à peine une dizaine de tableaux historiques et religieux, et quelques-uns seulement méritaient l'attention.. En revanche, une quantité considérable de paysages, de portraits et de peintures de genre signalaient la prédominance de l'élément actuel, actif et vivant dans les préoccupations de la majorité des artistes. On était surtout frappé de l'accent peintre et des belles énergies des paysagistes belges Goosemans, Heymans,

Asselbergs, Baron, Gourtens, Goemaos, Maus, Meyers, Bosscels, etc. H. LamoriDiëre, une célébrité anversoise, paraissait froid et méticuleux, eu son panneau lilliputien, à côté de ces notes vibrantes où l'on sentait couler de larges atmosphères. MH. Karl Daubigny, Defaux et de Gurzon, avec leurs belles toiles si françaises de touche, laissaient apercevoir la parenté très réelle qui unit à leurs confrères d'outre-Quiévrain les paysagistes de Belgique. Gitons encore une fine étude de tons gris de H. Flameng, la Seine .à Ivry, les colorations perlées de M. Bergeret dans ses Prunes, un fourmillant Coin de halles de H. Eug. Glande et les expressives échappées parisiennes de M. Gilbert. Mais le succès allait surtout aux deux grands paysages avec animaux qu'avait envoyés M"^ Bosa Bonheur, et l'on y admirait la virtuosité d'un praticien rompu à toutes les adresses du métier ; une part de critique était faite toutefois aux ounuties de l'exécution qui visait trop ouvertement aa trompe-l'œil. Il serait injuste d'oublier dans cette rapide nomenclature les peintres allemands dont les envois marquaient de sérieuses études, et parmi eux, M. Gussow, dont l'exécution vive et preste n'était pas inconnue en Belgique, et M. Liebermann qui, dans une Vue de Saul Woord, s'était appliqué à une saisissante recherche des clartés matinales.

Tout récemment un arrêté du ministre de l'intérieur accordait la médaille d'or aux artistes qui s'étaient le plus distingués à Anvers. On nous permettra de citer quelques noms : Baron, Gap, Heyers, Stobbaerts, Frans Verhas, M"* Henriette Bonner. Aucune médaille n'a été décernée à l'Allemagne ; mais la France a obtenu la sienne dans la personne de MM. Fantin-Latour et Ghabry.

Une dernière exposition allait clôturer l'année» non pas

la moins intéressante à coup sûr, car elle avait exigé un puissant effort d'organisation. C'est à Bruges que se réunissaient, peu de temps avant la Noël, artistes et critiques pour l'inauguration du premier salon de peinture qu'on eût ouvert à Bruges. Le moment semblait mal choisi aux timorés ; mais l'ardeur des membres de la commission, parmi lesquels nous aimons à signaler MM. Glaeys, de Meyer et Grenville-Murray, avait levé tous les obstacles. On s'attendait à une déconfiture; on se trouva en présence d'un succès. Tant de persévérance et d'énergique volonté aboutissaient à une exposition intéressante, où figuraientavec honneur, à côté des meilleurs noms de France (MM. J.-P. Laurens, J. Goupil, Luminais, Lewis Brown, K. Daubigny, Bouguereau, Ulysse Butin, V. Leclaire, Max. Claude, Roybet, de Neuville, Détaille, Veyrassat), l'élite des artistes belges, allemands et hollandais. L'enfilade sévère des salles des halles avait peine à contenir les envois qui étaient arrivés de partout, et de l'aveu général, l'art y atteignait un niveau qu'il ne dépasse pas dans des expositions consacrées par l'habitude et le temps. Cette heureuse initiative avait eu pour promoteur le Cercle artistique, fondé le 8 mars 1879, et il n'avait fallu que quelques mois à la commjssion prise dans le sein de cette réunion d'éléments intelligents et déterminés, non seulement pour jeter les bases d'une série d'expositions, mais pour en déterminer l'organisation immédiate. Bruges a désormais conquis son droit à figurer dans le cycle des expositions officielles, et nous croyons pouvoir affirmer qu'il ne tardera pas à s'élargir pour mettre sur le même rang que Bruxelles, Anvers et Gand, cette vieille cité où l'on tenait pour mortes les aspirations artistiques et qui, tout à coup, a révélé la permanence d'un culte qui n'était qu'endormi.

Nous ferions tort à un autre cercle du pays, le Cercle artistique liégeois, en omettant de signaler, après toutes ces tentatives couronnées de succès, la petite exposition de croquis et de dessins qu'il a ouverte à Toccasioa desjoun de Noël. Dans une circulaire dont on ne peut s'empêcher de louer Tesprit, le président faisait appel au public en l'invitant à tourner du côté des œuvres d'art un peu de cette sollicitude qui va aux étrennes futiles; c'est dans le but de faciliter les acquisitions que le Cercle, au lien d'organiser une exposition d'œuvres naturellement coûteuses, avait entendu ne réunir que des ouvrages plus modestes et nalurellement plus accessibles à la masse du public. Nous ne savons encore si le résultat a répondu à l'attente, mais nous n'ignorons pas que les artistes ont largement acquiescé à l'excellente initiative du cercle.

Il nous faudrait parler encore des expositions particulières organisées par les Cercles de Bruxelles et d'Anvers ; l'un et l'autre sont volontiers ouverts aux artistes en quête d'une salle. Mais l'énumération nous mènerait trop loin, et nous nous contenterons de signaler la tendance, qui nous parait excellente au point de vue du développement du goût des arts. Toutefois , le Cercle de Bruxelles a eu le privilège de deux expositions que leur rareté nous oblige à ne point passer sous silence. La première réunissait les plus belles pages d'un artiste enlevé à la fleur de l'âge, Hippolyte Boulenger, qui avait pris en Belgique la tète du mouvement naturaliste. On pouvait admirer dans cette succession d'ouvrages, où la fougue de Pexécution s'alliait à un sentimenttrès vif des intimités rustiques, la pâte grasse, les colorations chaudes, le dessin nerveux, la recherche des lumières vibrantes qui sont les qualités du jeune maître. Un des premiers, il avait infiltré dans les veines du paysage

belge, morbiflé par des pratiques surannées, le beau sang vivace de l'école de paysage gui a produit les Rousseau, les Corot, les Dupré et les Millet.

L'État, arec un empressement dont il faut se montrer reconnaissant, a saisi l'occasion qui se présentait pour enrichir son musée moderne d'un des morceaux les plus caractéristiques de l'exposition : c'est ce mouvant et vaporeux paysage, connu dans les ateliers sous la dénomination du Noyer. Il est allé compléter, dans les collections nationales, l'ensemble des souvenirs laissés par le pauvre peintre.

La seconde exposition, grâce à M. Arthur Stevens, une des plus actives personnalités artistiques du pays, permettait de revoir le grand peintre Millet dans le charme de ses ouvrages intimes ; nous voulons parler de ces larges dessins et de ces sereines aquarelles où il a mis la fleur de son art touchant à la fois et profond.

Nous signalerons pour mémoire la réunion de quelques excellents morceaux de peinture, pleins de sentiment et de distinction, que montrait au même cercle M. Ter Linden, et les paysages qu'y avait exposés antérieurement M. Httberti, un poète plus encore qu'un peintre.

A Anvers, H. Verlat, le solide exécutant auquel on doit des morceaux furieusement brossés, a eu la pensée d'ouvrir une galerie qui porte son nom, et il l'a inaugurée par l'exposition d'une grande partie de ses œuvres, très nombreuses, comme vous le savez peut-être. On y a vu cette série importante de peintures rapportées de la Palestine où le peintre, un peu brutalement peut-être, avec un moindre souci d'étaler une peinture fratche que de trueller de larges placages de ton, avait reflété les extraordinaires vibrations du ciel oriental. D'extrêmes audaces de main et

d'âpres partis pris de coloration décelaient une oi^nisation fortement douée, troublée malheureusement par une soif d'activité qui ne lui laisse pas le loisir des calmes études. Depuis, un autre peintre anyersois, M. Emile Glaus, a exposé, dans cette même salle Verlat, un certain nombre de toiles scintillantes à l'œil que, comme son maître, il a rapportées d'Orient et qui révèlent un coloriste épris des intensités de la palette.

Mais il est temps de parler des musées auxquels les acquisitions de l'Etat, mentionnées plus haut, nous ont fait déjà un acheminement. Plusieurs toiles d'artistes vivants, récemment entrées dans les collections, témoignent du rang que la Belgique a su conserver dans la redoutable bataille des arts. Un Verger de Marie CoUard, œuvre exquise, que Ton a pu admirer à l'Exposition universelle, résume parfaitement le talent plein de grâce et d'émotion en qui l'ancien mode flamand s'est si bien retrouvé. Un autre Verger de Isidore Verheyden a les énergies habituelles de sa facture. Nous n'aurions vraiment à redire qu'à la singulière toile historique, peinte par M. Camille van Camp, erreur d'un esprit habituellement très ferme dans ses conceptions, mais dont la distinction originelle se serait accommodée plus aisément d'un sujet pris dans les mœurs contemporaines.

Ces différentes acquisitions se sont un peu effacées, il est vrai, devant le retentissement de cette vente fameuse du triptyque de Quinten Matsys, cédé à l'État moyennant 200,000 francs par l'église Saint-Pierre de Louvain. Ce n'est pas ici que nous entreprendrons d'analyser les beautés de ce «chef-d'œuvre, l'un des ouvrages les plus merveilleux du maître ; il nous suffira de constater que, parmi les splendeurs du musée, il n'en est point de plus haute, et d'aussi

loin qu'on l'aperçoit, il semble qu'une yision élyséenne enchante les regards. Nous en avons publié dans la Chronique de la Gazette des Beauoo-Arts une description développée à laquelle on pourra recourir. L'État belge, en payant une telle œuvre la somme de 200,000 francs, a fait un excellent marché puisqu'une somme de 100,000 thalers (375,000 fr.) avait été offerte autrefois par M. Forster, au nom du roi de Prusse.

Ont été acquis également un vaste paysage dei Jean Wildens, historié par Jordaens qui y a mis une caravane nombreuse, un Moucheron dan^ une tonalité vermeille, un prestigieux Mignon, — maître nouveau au musée, — enfin un très remarquable tryptique de Martin van Heémskerk d'une rare puissance d'expression.

Nous ne quitterons pas les musées de Bruxelles sans associer avec éloges à leur réorganisation très somptueuse le nom de M. Etienne Villame, architecte de l'Etat, que la direction des Travaux Publics avait chargé de cette importante mission et qui est parvenu à en transformer les installations au point de leur permettre de rivaliser avec les plus riches musées d'Europe. La commission a droit aussi à des félicitations pour la savante coordination chronologique qu'elle a établie dans les salles ; désormais on a sous les yeux la filiation des écoles, et l'on passe dés maîtres primitiCs à la période brillante caractérisée par Rubens, Jordaens et van Dyck, sans se heurter à des solutions de continuité. Les salles consacrées à la peinture moderne succèdent à ces magnificences, avec un éclat incontestablement moins haut; mais on n'en a pas moins été touché de l'effort des maîtres contemporains, pour se dégager de la pitoyable imitation des de Navez, des Odevaere, des Paelinck, imitateurs eux-mêmes de David. Une

surprise universelle, au food de laquelle il y a eu presque de l'enthousiasme, a accueilli VÉpisode^de la Révolution, relégué depuis de longues années au yieux temple des Augustins, où on ne pouvait le Toir qu'à travers une épaisse couche de poussière. Habilement rafraîchi, nettoyé et revetui, il semblait être pour tout le monde une connaissance nouvelle, et l'on se demandait, non sans inquiétude, lequel des artistes vivants eût pu mettre dans une aussi grande machine, à la fois tant de mouvement et de riche coloris.

La remarquable réorganisation de nos musées nous amène à dire quelques mots des édifications en voie d'achèvement ou simplement en cours d'exécution. Une des plus importantes par sa destination et ses proportions est le palais des Beaux-Arts où doit s'installer, lors des fêtes du cinquantenaire, l'exposition rétrospective des ceor yres d'art produites pendant la période 1830-1880. H. Balat, l'auteur du grand escalier monumental du palais du roi, l'a conçu sous la forme du style classique le plus pur, mouvementée toutefois par l'emploi de matériaux polychromes empruntés aux carrières d'Ecosse et du pays. Le même architecte est chargé d'un projet de Panthéon à ériger sur les hauteurs qui dominent Bruxelles et dont la première pierre sera posée en 1880.

Mais c'est particulièrement la Benaissance qui semble avoir tenté les architectes et presque tous se sont efforcés de l'appliquer à leurs édifices. M. Brackelmans dans le palais de justice d'Anvers, M. Beyaert dans la station de Tournai, M. Janlet, dans son école communale, enfin M. van Ysendyck dans son hôtel de ville d'Anderlecht n'ont point en d'autres visées. En retour, M. Wynant-Janssens et M. Beyaert, le premier dans son marché du Temple, le second dans la

banque d'Anvers, ont eu recours au Louis XVI modernisé. Presque tous ces édifices sont très remarquables. Nous regrettons de n'en pouvoir dire autant du monument élevé à la mémoire du feu roi Léopold ; M. de Curte, l'architecte, a cru pouvoir glorifier ce roi éminemment moderne par des combinaisons de lignes de style ogival secondaire, rappelant vaguement le monument de Walter Scott à Edimbourg. Nous sommes toutefois tenté d'excuser cette malencontreuse réminiscence en raison des travaux de

sculpture auxquels l'architecte a deriiandé une large part de collaboration. Neuf statues, représentant les neuf provinces, ont été demandées aux artistes les plus en vue de chacune de ces dernières ; et la statue du roi Léopold, qui doit occuper la partie centrale, sera l'œuvre de M. Geefs fils.

Le nouveau ministère s'est montré soucieux, du reste, de réaliser les plromesses que son avènement avait fait concevoir. Depuis longtemps les sculpteurs n'avaient eu tant d'occasions de s'Qluslrer par des travaux convenablement rétribués. Au palais des Beaux-Arts figureront deux groupes en bronze de MM. de Vigne et van der Stappen« deux basreliefs en marbre blanc de MM. Brunin et Vincotte, quatre statues en bronze de MM. Mdot, Geefs fils, Samain, de Groot, enfin trois bustes de MU. van Rasbourg, Bourré et Cuypers. Ce vaste ensemble de sculpture dira en 1880 l'état de notre art statuaire, sans préjudice de toutes les autres commandés, dont il ne nous est pas possible de faire Pénumération et qui seront exécutées pour la même date par MM. Gattier, Brunin, Samain, Hermant, etc.

On nignore pas à l'étranger que de grands préparati& s'organisent partout en Belgique pour fêter spleodidemeat l'anniversaire de l'Indépendance nationale. Des commissions auxquelles la direction des beaux-^is n'est pas étrangère

se réuniront pour se concerter sur les moyens de donner le plus de magnificence aux fêtes. Déjà on s'est arrêté à ridée d'une fastueuse cavalcade, dont les plans et les dessins ont été demandés à deux artistes, MH. Gluysenaer et den Duyts. D'autres artistes seront appelés à fournir la maquette des arcs.de triomphe et des motifs décoratils pour l'ornementation des rues. Enfin on s'occupe activement de s'assurer le concours des collectionneurs pour donner un éclat extraordinaire à l'Exposition rétrospective des beauxarts. Deux autres expositions, l'une plus particulièrement industrielle, à laquelle on élève en ce moment d'énormes lûcaul qui serviront ensuite de musée des copies et de musée de l'industrie, l'autre entièrement consacrée aux portraits historiques, promettent également des sujets d'étude et de méditation.

Tandis qu'on donnait, comme nous l'avons dit plus haut, largement satisfaction aux sculpteurs, on n'oubliait pas non plus la peinture. M. André Hehnebicq, médaillé du Salon de Paris, recevait, au commencement de 1879, moyennant 125,000 francs, la commande de la décoration de l'hôtel de ville de Louvain.

Nous aurions pris plaisir à nous étendre sur d'autres faits caractéristiques au point de vue de l'activité artistique en Belgique, si nous n'avions dépassé déjà la limite qui nous avait été assignée. Nous signalerons donc, sans commentaires, la prochaine réorganisation des concours pour le prix de Rome et l'installation projetée d'une école belge de peinture en Italie, sous la direction d'un peintre déjà désigné à l'avance (M. J. Portaels) ; la transformation de l'Académie de peinture d'Anvers en une vaste école des beaux-arts avec divers ateliers dirigés par plusieurs professeurs pour les mêmes cours; l'installation des grandes toiles exécutées

par Emile Waaters pour l'hôtel de ville de Bruxelles, où Fon peut admirer aussi de nouyelles et très belles tapisseries qui fout honneur à MM. Braquenié; renvoi à Paris de trois jeunes artistes, peintre, architecte et décorateur, pour l'étude des écoles d'art décoratif en vue d'une institution similaire à Bruxelles; la création d'un musée archéologique très intéressant à Bruges, grâce à la sollicitude de son conservateur, M. le docteur de Mayer, enfin la réouverture du muçée d'antiquités de la porte de Hal, à Bruxelles, augmenté des collections égyptiennes et romaines dont M. de Meester de Bavenstein a fait don à l'État.

La Belgique a perdu, pendant l'année 1879, trois artistes . dont elle était fiëre, les peintres Jean Swerls, Jacobs-Jacobs et Joseph Poelaert, l'éminent architecte du nouveau palais de justice.

HOLLANDE

Administration : les Musées de Haarlem^ de la Haye, etc. — Les livres d'art. — Exposition de la Société Arii et Amicitiœ, d'Amsterdam.; Exposition des aquarellistes; Exposition d*art et d'industrie à Haarlem. — Les monument» nouveaux et les restaurations. — Ventes de tableaux.

Une certaine activité a régné, pendant l'année qui vient de s'écouler, dans les collections publiques d'art. Nous avons à signaler d'abord la création de quelques catalogues, celui du musée de la ville de Leiden, par M. le D' Pleyte, et l'on sait quelle importance donnent à ce musée les tableaux de Cornelis Engelbrechts, Lucas de Leyden, van Schooten et Swanenburg, puis le catalogue méthodique du musée de la ville d'Utrecht et de l'atlas d'estampes historiques de la même ville, dressé par M. l'architecte Muller. Une collection n'est vraiment accessible au public qu'à la

354 L*ANlfÉE ARTISTIQUE.

condition d'être accompagnée d'une nomenclature explicatire des œurres qu'elle renferme, et, sous ce rapport, les deux publications dont nous parlons constituent un progrès important

On n'a pas oublié les fouilles de Vechten et Bamevelt, si fécondes en découvertes romaines ; le musée d'antiquités de Leiden en a bénéficié, et des richesses nouvelles sont allées grossir le nombre de celles qu'il possédait déjà.

A Haarlem,a été créé un musée d'art industriel; ce musée en est encore à son début, mais tout fait espérer qu'avec une impulsion active, on arrivera à concentrer dans cette collection nouvelle des œuvres capables d'élever le niveau des conceptions qui ont trait à l'industrie.

L'intelligente sollicitude de M. le chevalier de ionge, di« recteur du cabinet royal de peinture de la Haye, continue à maintenir à son rang cette belle collection. Plusieurs toiles nécessitaient des restaurations et elles ont été accomplies d'une manière très satisfaisante par M. Hopman ; nous citerons entre autres une grande toile de G. van Haarlem et le portrait de Potter, par van der Hdst. Trois acquittions ont été faites pour ce cabinet : VÉloge de la Folie, par P. Quast, ^ et deux portraits de Fr. de Virieu et de sa femme. Nous ne passerons pas sous silence l'initiative prise par le directeur, d'une petite bibliothèque de livres d'art attenante aux collections ; il serait à souhaiter que cet exemple fdt suivi par tous les musées ; les personnes qui s'occupent d'art auraient ainsi à portée de la main un ensemble de notions qui leur rendraient plus accessible l'intelligence des grandes œuvres du passé et leur permettraient de suivre à travers le temps la filiation des écoles.

Mentionnons les acquisitions de tableaux de Jelgerhuls, Hodjes, Pieneman et Hillegaert, faites pour le compte des

Trippenhuis d'Amsterdam, celles d'un paysage étoffé de vaches, par M. de Haas, et d'un de ces mélancoliques sujets où M. J. Israels sait mettre tant d'émotion {Seule au monde) pour le compte du musée de tableaux modernes du Pavillon à Haarlem; enfin, Tacquisition, moyennant 5,000 fr., démoulages, d'après des œuvres .d'art du Kensington Muséum.

Un nouveau catalogue est en préparation au Trippenhuis, tout à la fois pour la peinture et les estampes. De celles-ci 200 ont été acquises.

La Hollande, on ne l'ignore pas, a le privilège-des grandes publications relatives à l'art. Nous signalerons les plus importantes : Nederlandsche Oudheden jusqu'au temps de Gharlemagne, par le D' W. Pleyte, le Binnenhof, texte de M. A. Ising, avec planches chromolithographiées par Lankhout ; De Christel. Kunst in Hottand er Vlaanderen, texte par Fauvel, Moll, de Vries, avec gravures par Fauvel ; le Catalogue d estampes historiques, par Frédéric Muller ; enfin un rapport. Cher het Kunstonderwys in England en in het 5*. Kensington Muséum, par le chevalier A. de Stuers, conseiller de légation.

On comprendra que nous ne puissions nous étendre longueinent sur le chapitre des expositions, bien qu'elles aient été particulièrement intéressantes en 1879 ; nous nous bornerons à leur consacrer ici une mention qui permettra de juger du mouvement qu'elles ont naturellement suscité dans les a teliers. Aj outons toutefois qu'elles ont été l'occasion , pour les artistes hollandais, de montrer une fois de plus les qualités précieuses d'observation et de sentiment que la dernière Exposition universelle de Paris a mises en lumière, et, par la même occasion, constatons avec satisfaction l'empressement avec lequel les artistes tant français que belges et

allemands ont répondu à l'appel des commissions. En première ligne figure l'exposition d'œuTres d*art, organisée à Amsterdam par les soins et dans les loeaux de la Société Àvii et Amiciiix : la permanence de cette tendance toute moderne qui emporte de plus en plus les artistes vers la peinture de genre y était risible, tant du côté des peintres néerlandais que du c6té des peintres étrangers ; les peintures dites d'histoire y brillaient généralement par leur absence.

Une exposition d'aquareUes par la Société des aquarellistes hollandais réunissait à peu près vers le même temps

un ensemble brillant d'œuyres de MH. Tadema, Israels,

Hesdag, Mauye, Henkes, Et. Weyssenbruch/Maris, Herkomer, Oyens, Arz, Neuhuis, yan Borselen et Martens. Il est bien entendu que nous ne citons que quelques-uns des succès de cette charmante exposition ; un fait suffira à marquer Témulation qu'elle avait fait naître parmi les amateurs, c'est que la moitié des ouvrages exposés a été vendue.

Une autre exposition, non pas uniquement d'art celle-là, mais mêlée d'art et d'industrie, avait attiré nombre de curieux à Haarlem ; elle était surtout remarquable par les produits expédiés de nos Indes et par un choix très varié d'instruments de musique javanais, dont jouaient des indigènes. Cette partie de l'exposition ofijrait un attrait véritable pour les personnes qui s'intéressent à l'histoire de la musique.

On se souviendra peut-être qu'une grande exposition, ^[alement d'objets d'art et d'industrie, concernant la Frise, avait été organisée en 1878; bien que ce soit excéder les limites du travail qui nous a été demandé, cette expoâtion a eu des conséquences si heureuses qu'on nous

excusera d'y faire allusion ; en effet, le bénéfice réalisé .(fl. 17,000) a été consacré à l'achat d'une vaste maison où désormais seront installées les collections du Frienh Genootschap.

Ayant de pousser plus loin cette étude, nous payerons iin tribut de regrets au peintre Gornelis JohannesdeVogel, mort le 9 mai 1879 à Dordrech. II avait obtenu de vifs succès dans le paysage et son nom restera attaché aux efforts de nos modernes naturalistes.

Leiden et la Haye posséderont bientôt de nouveaux ouvrages de sculpture. La statue de van der Werff et les quatre bas-reliefs du monument de la délivrance de Leiden, modelés par J.-Ph. Koelman, viennent d'être confiés à H. Enthoven pour le moulage. On s'occupe aussi de mouler à Paris celle des statues qui a remporté la palme au concours ouvert pour un monument à ériger à la mémoire de Spinoza : c'est H. Hexamer qui en est l'auteur; il a représenté le philosophe assis, dans l'attitude de la méditation et la tête appuyée sur la main droite. Citons encore le monument élevé sur la tombe du poète Potgieter.

Nous en aurions Jong à dire sur les diverses restaurations récemment terminées; mais nous nous souviendrons que ce n'est pas ici le lieu de faire une critique qui, du reste, nous entraînerait à de trop longs développements, et nous nous contenterons de confondre dans une même réprobation les maladroits restaurateurs qui, .sous prétexte de réparations indispensables à la conservation des monuments, osent attenter au travail sacré des ancêtres.

La grande salle du Binnenhof à la Haye a été l'objet d'un véritable vandalisme. Cette dépe;idance de l'ancien palaiç des comtes n'a pas trouvé grâce aux yeux des restaurateurs qui ont jugé opportun de. la transformer entiè

358 L^ANNÉB ARTISTIQUE.

rement; pour conuoMiicer, on s'est mis à abattre le revêtement des murs, des toars et des pignons ; puis, une fds lancé, on a remplacé le style primitif par da gothiqne flamboyant, et, pour mieux anéantir les vestiges da passé, on a historié d'une entrée b&tarde la façade principale qui se trouve par ce fait entièrement g&tée.

L'église de Roermont n'a pas moins soufbrt; on a été jusqu'à repeindre à neuf des pdntures murales du zv* siècie !

Une fureur d'iconoclasme semble vraiment prédpiier les soi-disant restaurateurs 1 la destruction de ce que les siècles nous ont légué, et nous ajouterons que le trouble n'est pas moins grand chez les architectes chargés des édifications nouvelles. La plupart des dernières conâtractions sont bâties dans une espèce de style Beoaissanœ d'avant la réforme, avec des motifs romkns et gothiques mêlés aux combinaisons simplement modernes.

Un architecte qui jouit, en Holiande,d'tae grande réputation, M« Cuypers, n'a pas peu contribué à propager ces tendances indécises que caractérise très bien le nouveau ministère de la justice à la Haye et dont le mosée d'Amsterdam ne tardera pas à subir le oontre^comp.

Il est permis toutefois d'espérer que l^abolitîMi delà commission des avisemrs mettra ua fiiein à cet amoor excessif pour les pinacles, les baldaquins et tout ce recooo romano-gothique : c'est^ en effet, -de cetle commission qu'était parti l'élan.

Une autre réaction s'opère en ce moment; et eBe idse le département des beaux-arts dont l'ezdusivîsme a exercé une si déplorable influence sur le mouveinent artistique : la Chambre a rejeté le fonds de fr. 75,650 destinés aux reatamrations et dont le département disposait arbitrairement sans spécification. (Voy. le Répertoire en tête de ce volume.)

Nous terminerons œ rapide résumé par la mention ^es Tentes de tableaux et dessins faites par MM. Boos et Pappelanden, et des ventes de gravures faites par M. de Visser. On trouvera à cet égard tous les renseignements désirables dans le Nederlandschs SpeUator qui suit de très près tout ce qui a trait à l'art.

N'oublions pas non plus de mentionner une exposition très intéressante de tableaux» portraits, gravures, dessins et autographes en l'honneur du poète Vondel.

SUISSE

, BUDGET des BeauxvVrts. — Écoles de deBsin. — Musées.

La Suisse n'a pas de budget spécial pour les beaux-arts, lesquels sont laissés à l'initiative des gouvernements cantonaux. Toutefois la Confédération accorde chaque année un sulmde, de 6,000 francs généralement, à la SocUié suisse des beauoHtris, à charge par elle de faire des achats dans les expositions annuelles. Il n'y a donc pas de département fédéral des beaux-arts, et dans les cantons c'est d'ordinaire ou le département de l'instruction publique ou le département de l'intérieur qui s^occupe de tout ce qui peut concerner soit les arts, soit les arts industriels. Le reste, et souvent le plus important, est fait par les municipalités.

L'enseignement du dessin est partout très développé : Genève, Neuchàtel, Saint-Galli ont des écoles d'art et de dessin justement renommées. Quelques écoles professionnelles ont en vue une industrie spéciale : nous citerons celles de Saint-Gall et Hérisau pour la broderie, celles de

BcieDz et d'Interlaken pour la sculptare sur bois. Génère et Bâle ont inauguré des cours pour l'étude du dessin d'après le modèle vivant. Berne vient de créer, sous le nom d'Écofe bernoise des beaux-aru, une institution placée sous la surveillance de la direction de l'éducation, et qui a pour but de donner aux jeunes gens des deux sexes un enseignement artistique.

Il se produit depuis quelques années en Suisse un mouvement des plus caractéristiques en faveur de l'art industrieL C'est ainsi qu'il existe aujourd'hui trois écoles spéciales : à Winterthur, un technikum qui comprend sept sections, dont une d'architecture, une de modelage, une de dessin artistique et industriel ; à Lucerne, une ÈcoU (Tart et d'industrie, .comprenant des classes de dessin, de peinture, de modelage, de gravure sur bois et de travail artistique sur métaux ; à Genève : l*" une École municipale des 6eaux-arto, comprenant des écoles de dessin, une école d'architecture et d'ornement, une école de modelage, une école spéciale d'arts appliqués à l'industrie ; 2" une École des arts industriels^ dans laquelle on traite le modelage et la sculpture, le petit et le grand repoussé, la céramique et ses diverses applications.

Le technikum de Winterthur compte environ 200 élèves; rÉcole d^art et d'industrie de Lucerne, une soixantaine. Voici, d'autre part, les chiffres exacts de ceux qui fréquentent l'école des arts industriels de Genève, la plus importante de toutes, en raison de la personnalité qui la dirige, H. J. Salmson, le statuaire bien connu :

Classe de figure et ornement 81 élèves.

Classe de ciselure 22 —

Cours de ciselure (soir) ^8 —

L'ART A L'ÉTRANGER (SDISSE). 361

Classe de sculpture sur bois et pierre 21 élèves

Classe de retouche du plâtre 17 —

Classe de céramique (femmes) 77 —

Classe de céramique (hommes) 9 —

Il faut ajouter que l'Étal de Genève a fait construire pour cette école un bâtiment spécial roagniSquement aménagé.

Malgré les temps difficiles, les collections d'art ont partout augmenté, soit par les achats faits par les sociétés des beaux-arts et les autorités, soit par les dons de particuliers dont l'intérêt en faveur des arts va toujAurs croissant. En plusieurs endroits, notamment à Génère et à Neuchâtel, il est fortement question de la construction de nouveaux musées plus en rapport avec l'augmentation des collections artistiques. Dans plusieurs villes aussi, à Zurich et à Genève, pour n'en citer que deux, l'autorité municipale a élevé le subside qu'elle- consacre annuellement aux achats d'objets d'art.

Bâie, Saint-Gall et Zurich possèdent seules des collections quelque peu importantes. Celle de Saint-Gall contient un grand nombre des plus célèbres gravures anciennes des deux Auerbach, Bonifacius, Basilins et autres. Celle de Zurich, embrassant tous les âges, contient vingt-cinq mille feuilles d'une valeur de 70,000 fr. environ. Le musée de Baie doit surtout sa célébrité aux dessins des deuxHolbein; il possède un des chefs-d'œuvre de Holbein le Jeune : la Passion de Noire-Seigneur. Quant à la plus belle galerie de tableaux, c'est à Winterthur qu'elle se trouve.

Nous ajouterons encore que les sociétés des bt arts, existant dans presque tous les cantons, qu'il s'a des sections de la Société fédérale des beaux-arts, o^ sociétés indépendantes, font leur possible pour en

rager les efforts artistîque^s et pour, répandre l'enseignement du dessin. C'est ainsi que, en suite d'an legs, la Société des beaux-arts de Bàle a créé un fonds en faveur des artistes bftlois malades ou infirmes.

Monomenls nouveaiu.

L'édifice principal de Tannée est sans contredît le monument de Brunswick inauguré en octobre 1879 et auquel ont traFaillé plusieurs célébrités artistiques. Gomme ensemble, l'œuvre ne produit pas tout ce qu'on pourrait attendre de ses merFeilleui détails ; mais cela tient à des raisons tout à fait indépendantes des auteurs du monument, ou platM à l'emplacement lui-même. (Test en effet une imitation du monument des Scaliger à Vérone ; et la grosse difficulté était de transporter sur une grande place moderne une idée architecturale du xiv* siècle, moitié lombarde, moitié renaissance italienne, très fouillée dans certains détails» souvent encore barbare comme ornementation, conçue dans un milieu où tout cadrait bien avec elle. L'architecte, M. Franel, a parfaitement compris la chose, et c'est pour cette raison qu'il a exhaussé le tombeau en le plaçant sur une terrasse de granit mosaîquée et cimentée. Cette terrasse a été entourée d'une magnifique balustrade en marbre rouge, que gardent deux lions qui, fièrement placés au milieu, font, du haut du perron, honneur aq ciseau de Gain. Deux larges bassins aux grandes margelles de marbre avec chimères à tête d'aigle et à tête de lionne, exécutées par Gain également, complètent cet ensemble, tandis que le monument lui-même, entouré de verdure, se reflète dans Teau.

L'ART A L*ÊTRANGBR'(Sl}ISSE). 363

L'interprétation intelligente donnée à l'œuvre de Boninus de Campilione a su con^rver à la pierre et au marbre leur langage symbolique et au monument lui-même les élégances funéraires du xnr« siècle. Torsades et dentelles de marbre, ogives à fleurons délicatement fouillés, cariatides, figures emblématiques, mascarons^ tout cela sent bien son époque, tout cela traduit bien la foi et la conception idéale du moyen âge.

Il va sans dire que ce tombeau est un monument élevé k la gloire de la maison des Guelfes; aussi tout, jusqu'aux moindres détails, y reproduit-il les hommes les plus illustres et les choses les plus marquantes de la famille de Brunswick. Les six statues qui se dressent aux angles du monument représentent les plus célèbres des ancêtres du duc Charles ; les huit bas-reliefs qui ornent le sarcophage sont des pages de Thistoire de. la maison de Brunswick. Vous connaissez les personnages ; ce sont : Henri te Lion, descendant d'Azzo et de Gunégonde, qui réunit en sa personne, au xin« siècle, la maison des Guelfes et la maison d'Esté; Oihon rEnfant, le premier duc héréditaire de Brunswick, tenant à la main la charte d'investiture qu'il vient de recevoir de l'empereur Frédéric Barberouâse (ces deux statues sont l'œuvre de M. Schœnewerk) ; Ernest le Confesseur, l'ami de Mélanchthon et de Luther, soldat-théologien tenant à la main le texte de la confession d'Augsbourg (statue due au ciseau de M. Thomas) ; le Duc Auguste, contemporain de la guerre de Trente ans, savant et lettré, qui a fondé la riche bibliothèque de Wolffenbuttel (statue de M. Aimé Millet) ; CharUs-Guillaume-Ferllinand, le vaincu d'Auerstaedt, et de Frédéric^juilîaume, tué aux Quatre-Bras (ces deux derniers sculptés par M. Kissling, un jeune artiste suisse de beau* coup de talent).

Les bâs-relieis du sarcophage, qui reproduisent des faits marquants de l'histoire de la maison de Brunswick, ont pour auteur M. Gh. Iguel, élève de Rude, connu par quantité de travaux en France, et qui a exécuté, en 1876, à Neuchâtel, la statue du réformateur Farel. M. Iguel tient le milieu entre les classiques de l'Académie et les intransigeants de Tart. Ses œuvres sont fouillées sans être tourmentées, elles sont vivantes et quelquefois dramatiques. Personne ne pouvait, mieux que lui, traduire en bas-relief, c'est-à-dire avec des moyens limités et une éloquence qui doit être laconique, des faits historiques. Gela dit, voici les sujets représentés :

l*" LeMariage ei^Cuné^ond^, héritière de la première maison des Guelfes, avec Azzo II, prince d'Italie, duc d'Esté (10!(0) ;

2'» Henri le Lion, reçu à Jérusalem par AmoMry (1171) ;

3° Othon l'Enfant et Frédéric Barberousse (1228).

4<» Ernest le Confesseur et PEmpereur Charles-Quint^ à Augsbourg (1530) ;

5* Le Prince Axigusie et les Savants de son temps (xvu* siècle) ;

6"* Le Prince Lèopold de Brunswick, mourant dans les flots de l'Oder, à Francfort, en voulant sauver deux hommes du peuple, pendant l'inondation de 1785;

7* Le Duc Chartes-Guillaume-Ferdinand, frappé mortellement à la bataille d'Iéna (1806) ;

8«» Le Duc Frédéric-Guillaume, tué à Waterioo (1815).

Le sarcophage, avec ses anges aux ailes d'or et sa voûte, en mosaïque bleue de Venise, semée d'étoiles également dorées, est surmonté de la statue couchée du chef de la maison. Gette statue est encore l'œuvie de M. Iguel. On a compris que, pour avoir une certaine unité de conception, le tout devait sortir de la même tête et de la même main. Enfin le tombeau est entouré d'une grille merveilleuse exé-

catée par M. Moreau, de Paris, laquelle, comme uhe toile d'araignée, enlace les piliers rouges de la claustra.

Après le monument Brunswick, vient le Nouveau Théâtre de GénëYC, inauguré également en octobre, et gui, avec rOpérade Paris et celui de Vienne, peut passer pour un des plus beaux monuments de l'Europe. .11 est construit dans le même style que TOpéra et est surmonté de deux statues colossales de M. Custor, œuvres vraiment magistrales représentant le Gènw de la Paix et le Génie de l'Art. L'architecte, H. Gosse, s'est évidemment inspiré du monument de M. Garnicr. Il n'en est point de même à l'intérieur; mais si le merveilleux escalier ne s'y trouve pas, deux grands escaliers carrés, partant d'un magnifique vestibule, font un fort bel effet avec leurs panneaux décorés par MM. Léon Gaud, G. de Beaumont et Dufaux. Le grand foyer, avec son plafond peint par Hilliet, ses panneaux en glaces immenses, ses colonnades élégantes, ses cariatides superbes et sa cheminée monumentale, est un vrai petit Louvre. L'écusson genevois s'étale en une riche polychromie sur lé tablier de la cheminée, que surmonte un Apollon antique aux draperies Louis XIV, sentant doublement la poudre du grand siècle, — œuvre de Salmson, — et qu'entourent deux charmants Amours frais et coquets, œuvre du sculpteur Moreau. Un petit foyer décoré par M. Hébert et un buffet orné de charmants sujets de chasse et de pêche par M. Furet, tous les deux artistes genevois, avec un fumoir vieil argent d'une simplicité exquise, complètent ce ravissant intérieur. Le plafond de la salle de spectacle est dû à M. Brisset : il représente le Triomphe él Apollon. Les voussures de la salle sont ornées de médaillons dus également au pinceau de M. Brisset et représentant les célébrités du drant^ et de la musique.

Les bustes du foyer, ceux de l'extérieur et les quatre statues symboliques qui ornent l'entrée du théâtre sont l'œuvre de MM. TOpffer, Iguel, Lallement, GianoU et Gustor.

Cette année, a été ouvert à Berne le nouveau Musée des beaux-arts, construit sous l'habile direction de l'architecte de Stettler, inspecteur des travaux publics de la ville de Berne. Ce musée, fort bien aménagé, comprend : au sous-sol, les différentes divisions de l'école des beauxarts ; au rez-de-chaussée, la galerie des sculptures et des plâtres, et un amphithéâtre destiné à servir aux cours et conférences sur les sujets d'art ; au premier étage^ la galerie des tableaux et une série de cabinets pour les gravures, aquarelles, etc., ainsi que le logement de Tinspoçteur.

Expositions et concours.

Plusieurs villes de Suisse, Genève, Bâle et Zurich, ont des expositions permanentes, entretenues par des sociétés particulières. Celles de Genève, à V Athénée, et de Bâle, à la Kumthalle, sont très fréquentées : c'est dans ces expositions, et non dans les ateliers des peintres, que nos amateurs achètent, en sorte que ce sont, pour les artistes, de véritables salons d'exposition.

La Société suisse des beaux^arts {Schweiz-Kûnst'Verein) a, chaque année, une exposition circulante qui se promène, à tour de rôle, dans un certain nombre de villes,^ mais cette exposition perd chaque jour de son caractère national; les artistes de la Suisse française s'en éloignent de plus en plus, tandis que les productions— genre chromolithographie — d'une certaine école allemande y dominent complètement.

C'est ainsi que sur le chiffre de 350 objets d'art exposés, la moitié à peine est due à des artistes suisses. £q 1879, cette exposition a fait sa tournée dans les villes de Saint-Gall, Zurich, Claris, Schaflfhouse, Winterthur et Bâle. En général, les achats représentent une somme totale de 40 à 50,000 fr.

Gomme Neuchâtel Pavait fait depuis de longues années, Genève a cherché à sortir de cette sorte de tohu-bohu artistique en organisant de son côté des expositions locales. C'est ainsi qu'en 1877 et 1878 eurent lieu, sous les auspices de la section des beaux-arts de V Institut national genevois, deux expositions qui obtinrent un réel succès.

Genève a eu, au reste, de 1830 à 1860, c'est-à-dire pendant une trentaine d'années, des expositions de peinture qui excitaient un vif intérêt dans le pubHc, et auxquelles prenaient part de nombreux artistes français, familiers avec le pays, Corot, Baron, Français, en tête. C'était l'époque où, sous l'influence de TOpfTer, il se créait, à Ncuchâtel comme à Genève, un art spontané, bien individuel, qui, avec Diday, Calame et Guigon, donna naissance à la peinture alpestre, cultivée également par Léopold Robert, les Girardet, Grosclaude, de Meuron, tandis que Constantin, Chaix,Lugardon, Hornung, créaient une peinture d'histoire.

Mais la peinture alpestre et la peinture d'histoire furent bientôt délaissées. Gleyre et van Muyden, à Lausanne, ne ressuscitèrent cette dernière que pour quelques années. Ceux des anciens élèves de Diday et de Calame qui sont restés fidèles à la peinture alpestre ne font plus que de la fabrique, et c'est un élève d'Ingres et de Lugardon, M. Barthélemi Menn, fantaisiste au dessin élégant et correct, qui a formé la plupart des peintres de la jeune école genevoise, plus intime, plus individuelle que* l'ancienne, qui habite de préférence les plaines et les bords des lacs.

Aujourd'hui, par suite du legs Diday, la ville deGenèFe aura de nouveau son salon annuel, salon auquel la France semble vouloir prendre une part active, si Ton en juge par celui de cette année. C'est ainsi que Jules Breton, Georges Caïn, Victor Chavet, Hanottau, Victor Leclaire, Mitley, Bastien-Lepage, Armand Leieux et Desboutin y figuraient par plusieurs de leurs œuvres.

Ce dernier, notamment, avait exposé une toile. Au BcU^ page bien réelle de la vie moderne, qu'on pourrait appeler plus justement Débauche et Canotage. Cela se passe, en effet, au bal d'Asnières ou de Bougival. Un canotier assis tient, par la taille, sur ses genoux, une femme, type vraiment réussi de la « cocotte » de bas étage, quelque chose comme Arlequin et Colombine dans leur dernière transformation. C'est de la bonne peinture, obtenue naturellement, sans chic, dans cette tonalité verdâtre qu'affectionne une certaine école.

Parmi les œuvres des peintres suisses, il faut citer deux fort belles toiles de M. Baud Bovy : la Chasse aux papillons^ véritable feu d'artifice de couleurs, éclairé d'une façon étincelante; le portrait de James Fazy, ancien président de la république de Genève, peinture d'une pâte solide ; un Sinistre en mer, page intéressante de M. Arthur Calame; une Barque de peintre faisant le plongeon, œuvre de H. Delapeine, qui rend avec une grande puissance l'agitation des flots ; deux tableaux de Hodler, un jeune qui cherche à faire revivre le réalisme des anciens Flamands et des Espagnols; un Paysage de M. Jeanmaire, dans une forêt de sapins, un des bons morceaux de l'exposition ; deux toiles de Potter {Paysages de la Camargue) ; deux sujets de genre de Robellaz, dans la note Meissonier; un portrait, de Vuillermet, peinture vigoureuse et anatomique qui fait songer aux Hol-

beiD, et un tableau de Ravel, École de dessin, peinture un peu vieillote, qui valut cependant à son auteur une mention à Paris; enfin M. Dufaux, le gendre de^Rochefort, à la fois peintre et sculpteur d'avenir, a exposé un Buste en bronze du peintre Diday, qui est certainement Pœuvre la plus remarquable produite par la Suisse depuis longtemps.

Quand nous aurons signalé de fort jolies gouaches de M. Furet, et un remarquable pastel de M. Darier, nous au* rons dit le dessus du panier.

A cette exposition se trouvait annexée une exposition d'art industriel qui a eu à nos yeux le grand avantage de permettre au public de se rendre compte des efforts qui sont faits pour reconstituer les anciennes industries de la Suisse, notamment la céramique. La plus grande part d'éloges revient, sans contredit, à MM. Marc Dufaux et Lossier, qui avaient exposé une pendule eu ébène sculpté avec émaux incrustés représentant des scènes historiques, œuvre d'une pureté et d'une élégance de style telles qu'on la croirait sortie des mains délicates des artistes les plus renommés de la Renaissance.

Après l'exposition de Genève, la plus importante a été celle ouverte à Lucerne en juillet, sous le titre de : Exposition d^art et d^industrie de la Suisse centrale^ et qui comprenait des meubles, des objets en bois sculpté et en ivoire, de l'orfèvrerie, des peintures décoratives, enfin des produits de la sculpture et de la peinture locales. La Suisse centrale, qui comprend les cantons de Lucerne, Schv^tz, Zug, Uri et Unterwalden, a, en effet, un caractère tout particulier qui se retrouve naturellement dans les manifestations artistiques : il y a à la fois, dans les œuvres de cette région une certaine lourdeur et une teinte mystique qui se traduit par des quantités de Christs et de tableaux religieux.

Je mentionnerai parmi les exposants, comme scolpteors, MM. Franz Kaiser et Xavier Stadler; comme peintres, MM. Xavier Schwegler, Zelger, Balmer et les deux Deschwanden, dont le plus célèbre, Théodore, est mort il y a quelques années déjà.

Dans toutes ces expositions' se trouvaient également des productions des élèves des écoles d'art. Chaque année, du reste, il y a dans les principales villes de Suisse, une exhibition spéciale de leurs œuvres. C'est ainsi que l'École des arts industriels de Genève a eu une exposition qui a permis de juger de la force acquise par ses élèves.

La ville de Winterthur a encore eu une exposition où, parmi les branches de Tindustrie locale, figuraient dignement l'orfèvrerie, les plâtres et la tapisserie.

En fait de concours il n'y a guère que celui ouvert pour la statue du général Dufour. Les trois artistes primés pour la statue équestre, c'est-à-dire MM. Alf. Lanz, de Bienne ; Salmson, de Paris, et Tôpffer, de Genève, ont été appelés à présenter un nouveau modèle en plâtre au tiers d'exécution ; mais quoique M. Lanz [ait obtenu derechef la première mention, il n'a été encore rien décidé par le comité chargé de l'érection du monument. Aucun des modèles, dit-on, ne le satisferait complètement : la principale raison, en somme , est que sur les cent vingt mille francs nécessités par une statue équestre de cette importance, il n'en a été encore recueilli que 66,000.

M. Stûckelberg, le peintre bâlois, un des habitués du Salon de Paris, travaille activement à l'œuvre qui lui a été confiée par le jury du concours ouvert par la Société suisse des beaux-arts pour l'ornementation de la célèbre chapelle de Guillaume-Tell. Il s'agit de quatre grandes peintures

mnrales représentant te Serment, te Coup de la pomme, le Chemin creux et la Mort de Gessler.

M. Stûckelberg avait essayé de rompre la monotoDîe de la scène si souvent traitée du serment du Grûtii en représentant les deux plus jeunes conspirateurs un genou eu terre devant le vieux Walter Fûrst, mais il avait compté sans le préjugé de la tradition, toujours vivace dans les petits cantons, et il lui a fallu revenir au sentier battu.

On annonce l'ouverture, pour l'année prochaine, d'un <ïoncours pour un monument en bronze à élever à Nicolas ^e Flue, le saint ermitegui, à la diëtede Stanz, en U81, rétablit la paix entre les confédérés au moment où elle allait être troublée par des discussions irritantes. Tous les artistes, sans distinction de nationalité, sont invités à y prendre part et peuvent se procurer les documents nécessaires auprès de l'inspecteur cantonal des bâtiments à Fribourg.

Lirres d*art.

Fragments darchitecture neuchâteloise aux xvi«, xw* et xvui* siècles, par L. Reutter, architecte. Recueil de 70 planches avec un avant -propos, reproduisant principalement les œuvres de la Renaissance. C'est dans les montagnes neuchàteloises quese trouventles principaux vestiges de l'architecture privée. A rencontre de la plupart des villes suisses, 'Si riches en monuments d'un autre âge, Neuchâtel-Ville ne présente, en effet, que quelques édifices dignes de remarque. Pour ses fontaines, toutefois, elle ne reste point en arrière : la plupart, très élégantes et très bien exécutées, se composent, comme toutes les fontaines suisses, d'une colonne surmontée d'un animal héraldique, de figures allégoriques ou

d'un guerrier iièremeDt campé. L'omementatioD iDtérieare des habitations est parfois très riche. M. Reatter reproduit plusieurs plafonds à grandes moulures et à caissons, des boiseries faites avec goût, et quelques-uns de ces grands poêles, aux catelles peintes et richement historiées, au dôme ornementé, dans la fabrication desquels Neachâtel lutta autrefois avec la Suisse allemande.

Quant à Textérieur des maisons particulières d'ordinaire très simple, il a pour tout ornement une fenêtre, une porte ou simplement une sentence tirée de la Bible, et d'une orthographe plus ou moins fantaisiste.

Tous ceux qui s'intéressent aux œuvres architecturales ayant un caractère local et original, consulteront avec fruit Fouvrage de M, Reutter, dont les planches sont dessinées avec beaucoup de chic.

Die Holzschneidehumt im Zurich in sechszehnten Jahrhundert (la Gravure sur bois à Zurich au xvi' siècle), 1 fascicule grand in-8% par M. Salomon Vôgelin.

H. S. Vôgelin est un des plus savants critiques d'art de la Suisse. C'est à lui qu'on doit l'étude magistrale sur les fresques de Holbein au palais épiscopal de Coire. Son travail sur la gravure sur bois, à Zurich se compose de deux parties : \^ Avant Froshauer; 2° Sous Froshauer, et conUeut deux planches intéressantes représentant, l'une: le Jeu de cartes français le Flux (en vieil allemand: Welschem Flus^ et donnant sous les joueurs des portraits tels que ceux du pape Léon X, de l'empereur Maxlmilien et du roi Louis XII; l'autre, une bordure de titre pour l'illustration des sentences de la Bible, traitée dans la manière de Holbein et probablement d'après une esquisse de ce maître (1526)» puis des initiales pour la Bible de Froshauer (1Ô2&-29) et sa marque d'imprimeur dessinée par Holbein.

Beitriige zur Geschichte der Kvnst und des Kumthandwerks in Berne, (Documents pour Thistoirede l'art et de Fart indus* triel à Berne, aux xv% xvi« et xvn" siècles). — Magnifique publication avec encadrements rouges, due à Idt Société des artistes bernois et publiée à l'occasion de l'inauguration du Musée des beaux-arts à Berne.

Ce volume se compose des études suivantes :

1* Les plus anciens Vitraux des églises bernoises (1300-1530) par le célèbre peintre verrier, J.-H. Mûller, passé maître dans l'art si difficile de la restauration des anciens vitraux, avec une planche représentant une verrière du chœur de l'église de Kôniz (1360-1380) ;

2® Aî't et Art industriel à Berne aux xv- et xvi* siècles, par le professeur Trachsel, président de la Société des artistes;

3» Nicklaus Manuel. Étude du même sur ce célèbre peintre et poète» avec la reproduction photographique d'un dessin de Manuel pour un vitrail;

4® Extraits des comptes de CÉtat beimois, pour les choses d'art (1550 à 1582), par le docteur Emile Blôsch avec un vitrail de l'artiste bernois Walter dans l'église d'Ëinigen représentant les sept invocations du Notre Père;

5^ Les Figures des anciennes fontaines de la ville de Berne, par M. Howald, avec une reproduction photographique de la Fontaine du tireur qui représente un ours tirant de l'arbalète entre les jambes d'un bauneret fièrement campé;

6' Uam Jacob Dûnz l'aîné, peintre verrier et graveur, par M. Trachsel, avec la reproduction d'un vitrail appartenant à M. Bûrki de Berne, dont la collection d'objets d'art est une des plus belles de la Suisse.

J'ajouterai que cet ouvrage est encore orné de sept rairissantes lettres dessinées par M. Chr. Bûhler sur les originaux aux archives de Berne.

Les Arts industriels en Suisse, par John Grand-CSarteret, avec préface de Aug. Bachelin.

Dans ce Tolume M. Grand-Carteret raconte les origines et le développement du goût & la fois pratique et esthétique de la Suisse pour les diverses applications de Part à llndostrie. Après avoir groupé les faits du passé, il dresse une statistique du présent et estime que, pour combattre l'Infériorité actuelle, il faut remonter aux sources de l'art autonome. Ce volume contient une partie historique, c*est-idire une série de monographies sur les principales branches de l'art industriel en Suisse : Céramique , émail sur métaux, gravure sur bois, orfew^erie et gravure sur métaux, saUpture sur bois, peiiUure sur vitr-aux, ferronnerie, qui peuvent être consultés avec fruit par tous ceux qui s'intéressent à l'art en général. Ajoutons que l'ouvrage de M. Grand-Garleret a été honoré en Suisse de plusieurs souscriptions officielles.

Hans Holbein*s Madonna von Solothurn. Intéressante monographie de M. J. Amiet sur cette Vierge de Holbein, datant de 1522, retrouvée en 186{| dans un état pitoyable, et dès lors restaurée par M. Ëigner, le célèbre conservateur de la galerie d'Augsbourg. Ce travail, accompagné d'une reproduction du tableau et de l'église de Saint-Ours où il se trouvait, donne de précieux renseignements sur le mouvement artistique en Suisse au temps de Holbein.

Parmi les autres publications d'art paruesen Suisse dans Tannée, il faut mentionner les Vitraux schaffhousois aux xvr et xvn'' siècles, parM. BaBSChlin ;^5 Vitraux de la rosace de la caûièrdr aie de Lausanne, ^dx J.-B. Rahn,lesavant auteur de VHisUnre des beaux-arts en Suisse (ouvrage allemand) ; le Vieux Zurich, par Sal. Vôgelin (avec planches) ; tfM/oire des médailles et des monnaies en Suisse, par Albert Escher, directeur de la monnaie fédérale (avec planches) ; les Vitraux de fhôtel de ville de

Luceme, Tontes ces monographies, pour la plupart publiées dans les bulletins des sociétés d'art et d'archéologie, sont en allemand, la Suisse française ne produisant que fort peu en ouvrages d'art.

Sous le nom d'Étrennes dans la Suisse française et de Taschenhuch ( livre de poche) dans la Suisse allemande, paraissent, chaque année, des volumes qui souvent contiennent des matières artistiques. Je mentionnerai, pour 1879, dans les Etrennes fribourgeoises, un portrait photographique avec biographie de la duchesse Golonna (Marcello), laquelle appartenait à la famille fribourgeoise d'Affry ; dans le Berner- Taschenbuch, une Étude avec planche, sur Ictombéau de M"« Langhaus, à Hindelbank, œuvre du xviii* siècle due au sculpteur Nahl, qui est un des plus beaux morceaux de la Suisse, et plusieurs notices intéressantes dans le Zûrcfier Taschenbuch, que publie la célèbre maison Orell Fûssli.

£n fait de recueils s'occupant d'art et d'archéologie historique, depuis que la Revtie suisse des beaux-arts a cessé de paraître, il n'existe plus que le Musée neuchâtelois et r Indicateur d'antiquités suisses.

Le Musée neu^Mtelois, publié par la Société ^histoire du canton de Neuchâtel, a pour principal rédacteur Ml Aug. Bachelin, peintre et critique d'art, dont la réputation n'est plus à faire.

Sous le titre A^Arts et Artistes neuchâtelois, ce dernier y publie depuis deux ans une série de biographies illustrées de portraits et de dessins qui sera une véritable histoire de l'art à Ncuchâtel et offre dès h présent un intérêt considérable, si l'on songe que les deMeuron,lesDroz, lesGirardet, Léopold Robert, Forster, Alex. Calame et tant d'autres appartiennent à cette histoire.

Parmi les planches contenues dans l'année 1879, il faut

signaler un bas-relief du monument de Brunswick par Gh. Iguel, les yitraux de l'église de Feniu, les seuls dans ce cftnton qui aient été sauvés de l'iconoclastie protestante, et Alexandre Calame, d'après le buste de Iguel, au musée de Neuchâtel.

V Indicateur d^ antiquités suisses [Anzeiger fur Schweize^ rische AUerthumskunde) se publie à Zurich, sous la direction de M. le professeur Rahn. Dans le yolume de cette année figurent une notice de M. Ritz, sur les Fresques de l'église de Valérie à Sion, et une étude de M. Vôgelin, sur l'Ornementation extérieure des maisons en Suisse.

Enfin, quoique sortant un peu du cadre des ouvrages d'art, en Suisse, nous devons mentionner la seconde édition (chez Ebner et Seubert à Stuttgard) de l'ouvrage de notre concitoyen M. J. Burckhard, de Bàle, sur la Renaissance italienne, ouvrage monumental qui éclaire tout à fait l'histoire de cette renaissance.

ITALIE

BUDGET DES BEAUX-ARTS EN 1879. ~ Dépenses du personnel enseignant et du matériel scolaire. — Dépenses du personnel et du matériel des musées et des fouilles. — Écoles des beaux-arts. — Professeurs et élèves. — Le systèoHr des concours.

La somme que le gouvernement consacre chaque année aux beaux-arts est assez peu importante. C'est à peine si elle atteint 2 millions de francs en 1879. U est vrai que les budgets des provinces et des communes contribuent pour une part importante à l'entretien des académies, des écoles et autres établissements artistiques.

L'ART A t'ÉTnANGER (ITALIE).

Sur ce budget de 2 mUlioDS, uue somme de 700,000 fr. eu chiffres roods est consacrée an persoDoel des académies, desinslituts et des pinacothèques; 450,000 fr. sont employés au renouvellement et à l'entretien du matériel.*

Le personnel des musées, des conservateurs d'antiquités, des directeurs et des employés aui fouilles est inscrit au budget de l'État pour 300,000 fr. Le matériel des musées et ' des fouilles jouit d'autre pari d'un crédit de 650,000 fr.

Ce qui reste disponible sur les 2 millions est affecté aux dépenses diverses.

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