‹ L'année Chrétienne; ou, Une parole sainte; méditée pour chaque jourChapitre 20 sur 28 · SEPTEMBRE. [CCLXXm · texte numérisé non relu

SEPTEMBRE. [CCLXXm

mes il n'eût point été un serviteur de Christ. C'est qu'en effet il y a deux classes d'hommes avec qui l'on peut vivre en^paix, et deux autres avec qui on ne le peut que difficilement. On peut avoir la paix avec ceux qu'on laisse tranquilles et auxquels on ne parle jamais de leur ftme ni de leurs intérêts éternels. On peut aussi avoir la paix avec de vrais disciples du Seigneur, même en les reprenant, car si le juste les frappe, ils le regardent comme une faveur , et quand ils sont repris j ce lewr eti un baume excellent. Mais la bonne harmonie est plus difficile avec ceux qui sont plongés dans leur propre justice et à qui nous sommes appelés à ouvrir les yeni. Entreprenez-les comme vous voudrez, toujours ils crieront, et sur dix amis pareils, à peine en conservereivous un. A côté de cette première classe, il en est une autre qui est celle des anciens réveillés, mais qui, faute d'une discipline soutenue, ne sont plus guère qu'un wl insipide. Ils ont, malgré cela, de hautes prétentions, précisément parce qu'ils ont moins de vie. Ils se regardent comme des vétérans dans la sainte armée de Dieu, et ils pensent qu'ils ont à donner et non à recevoir d'un frère mineur. Soufflez sur leur poussière, et la paix avec eux cessera. Voulons-nous garder la vraie paix? je parle de nous et de notre propre âme, restons en guerre avec nous-mêmes jusqu'à ce que nous ayons résisté jusqu au sang en combattant contre le péché. Un jour sans repenlance est un premier pas vers la mort. Mettons-nous bien dans l'esprit que le temps actuel est la saison de la lutte ; le repos du peuple de Dieu est réservé pour l'éternité.

[CCLXZIYJ 30 SEPTEMBRE. 327

JésQs lear répondit : J'ai fait devant vous plusieurs bonnes œuvres de la part de mon Père; pour laquelle me lapidez-vous? (Jean X, 32.)

L'ironie se trouve dans nos Saints Livres, mais elle y a un autre caractère que dans la littérature profane. C'est moins pour faire rire que pour faire pleurer que Jésus-Christ demande ici à ses ennemis : Pour quelle honne œuvre me lapidez-vous? Quand Paul disait aux Corinthiens : Vous êtes déjà rassasiés, vous êtes déjà fnrichis^ vous êtes devenus rois sans nous^ il le disait Je cœur serré et en déplorant un tel aveuglement. Wronie sacrée vient d'une sainte douleur ou d'une sainte indignation. A sa place nous nous servons souvent de l'ironie ordinaire, et quand il s'agit des consciences, cette arme est fort dangereuse. Une parole bordante a souvent des suites incalculables. L'esprit 'ûoqueur aigrit bien plus que les attaques directes mais s^i^îeuses. Ce qu'il y a de plus funeste, c'est que ceux 9^i ont le talent de l'ironie, le font valoir où ils peuvent. P^rmi les ambitions il faut compter celle de faire rire ^^ du moins de faire sourire. L'ironie portée en chaire ^^rait la mort de Tonction ; le genre larmoyant qui ne ^^utrien, vaudrait encore mieux que celui qui excite- ^^il l'hilarité. Il est dit deux fois que Jésus-Christ a pleuré; il n'est dit nulle part qu'il ait ri. L'homme dé- ^hn flotte toujours entre Heraclite et Démocrite ; mais îuand l'Évangile est arrivé aux jointures et aux moel- ^®s, il ne rend ni morose ni moqueur ; il communique ^^e majesté paisible, qui est celle du.Sd%w^\a\*^î^WîKi!^

328 1 OCTOBRE. [caxxr]

au vrai disciple une douce aménité, soit dans les jours de deuil, soit dans ceux oii Dieu le comble de joies.

Vous êtes morts, et votre vie est cachée avec Christ en Dieo. (Col. m, 3.)

Un homme qui a beaucoup de paroles est rarement un homme profond. Il y a aussi une loquacité religieuse qui est comme de l'eau tiède et qui vient d'an pauvre fonds. C'est la disposition ordinaire de ceux qui ont beaucoup de facilité d'élocution, mais qui ont peu combattu et peu souffert en eux-mêmes. La véritable vie religieuse vient d'une puissance intérieure qui ne se montre point, qui ne se répand point en paroles, mais qui abonde en forces et qui vient de la plénitude de Christ. Pour arriver à cette vie intime, il faut que le principe de la vie mondaine soit tué. Démêlons soigneusement si l'esprit qui nous domine est l'esprit du monde ou celui des choses célestes? La vie du vieil homme est dans l'attachement à la vanité et dans la domination de la convoitise. On peut, il est vrai, dissimuler tout cela et avoir des dehors très-religieux, mais toujours reste-t-il vrai que Ja vie réelle ne commence que lorsque les Jugements de Dieu ont fait leur œuvre

1[GCLXXn] 2 OCTOBRE. 329

en nous. Si nous sommes morts et que notre vie soit mhée avec Christ en Dieu, si le mauvais trésor do notre cœur a été surmonté par un levain divin qui est lâviedu Sauveur lui-même, nous tirons notre force du sein de Dieu, vers lequel Christ s'est retiré depuis son ascension. Plus une vie chrétienne est nourrie et profonde, plus elle est cachée; elle serait profanée par ce flux de paroles qui ne sont d'aucun profil pour le règne de Dieu. Mais toute cachée qu'elle est, elle ne se renferme pourtant pas tellement en elle-même qu'elle risque de devenir de l'égoïsme spirituel. L'onction qui en est le cachet est déjà un langage et un puissant Dioyen d'agir sur les autres. Du reste, les occasions sboodent où cette vie cachée se manifeste et témoigne de son origine. Christ continue à parler, à vaincre le péché et à triompher du monde dans de faibles créa- ^ tares qu'il a remplies de sa vie et qu'il a investies de sa puissance.

Mais qnand Christ, qni est votre vie, apparaîtra, alors voas paraîtrez aussi avec lai dans la. gloire. (Col. m, 4.)

La vie éternelle qui habite dès à présent dans les enfants du Seigneur, est encore voilée et mélangée de mille misères. De là, ces soupirs qui partent de toutes les parties de la création et qui sortent aussi des âmes gui ont reçu les prémices de l'Esprit de Dieu. Toute vie chrétienne est une vie d'attente : nous sommes actuellement dans un intérim, notre gloire à venir n'a pas encore été manifestée. Cette vie que nous cachons est un travail d'adoration et de larmes, jusqu'au moment

330 3 OCTOBRE. fCCLXXVIl]

OÙ ce qui est corruptible sera englouti par Vincorruftible, et ce qui est mortel par l'immortalité. Les arrhes de notre héritage céleste nous ont été données, s'il est vrai que V Esprit de Christ habite en nous. Mais précisément parce que nous avons les arrhes, nous voudrions avoir le tout. Quand le lei^n travaille, il fait monter toute la pâte, et quand la vie divine a commencé, elle se presse vers le but, laissant derrière elle les choses visibles qui ont perdu leur empire. On a faim et soif des choses d'en haut, et un ardent désir d'être manifesté dsjïs ce vêtement que Christ a mis m évidence le jour de sa résurrection. Ces soupirs cachés des élus vers leur état final les accompagnent dans leurs traites ici-bas et dominent leurs bons et leurs mauvais jours. C'est ainsi que Tépouse appelle son époui et lui dit : Viens y viens bientôt; donne de Veau vive à ceux qui ont soif. Les guets du matin tournent les yeux du côté où doit paraître Taurore, et les âmes en qui la vie éternelle agit, hâtent par leurs prières Vapparition de la gloire du grand Dieu et Sauveur, qui transfof' mera notre corps vil, pour le rendre conforme à son corps glorieux, par le pouvoir qu'il a de s'assujettir toutes choses.

Vos richesses sont pourries, et les vers ODt maDgé vos babils* (Jaq. V, 2.)

Lhomme a égard à ce qui paraît à ses yeux, mais

V Éternel regarde au cœur. Là où nos yeux voient rfw

richesses, TÉternel ne voit souvent que, de h pourriture

|et des vers. Quoique les biens abondent à quelqu'un, il

fcaXXVIl] 3 OCTOBRE. 331

n'apourtanipaslavieparses biens. Tel homme vit avec la conscience d'un péché secret, et ce péché fait pourrir ses richesses et mange ses habits. Heureux au dehors, il est misérable au dedans. Les hommes, ses semblables, le croient comblé de bénédictions, parce qu'ils ne voient pas sous cette apparence opulente les tourments d'une mauvaise conscience que la prospérité extérieure accroît, au lieu de les diminuer. Un accroissement de bonheur, quand le cœur est sans paix, est un trésor de larmes et un accroissement d'amertume. Notre corps ne tient qu'à un fil ; un rien suffit pour nous jeter sur un lit de souffrance ; notre âme aussi, s'il y a le moindre trouble entre elle et Dieu, est une âme rongée et inaccessible à toute richesse. Rendons grâces si nous avons de quoi vivre et si nous ne sommes à charge à personne; mais rendons grâces surtout si nous pouvons prier et si nous avons accès à ce que Dieu nous donne. Le péché nous sépare de Dieu et de ses bienfaits. Veillons sur notre paix et gardons notre cœur plus que toute o^re chose quon garde. Ayons le courage de rompre avec le péché avant qu'il soit un interdit sur nos biens. f^f avec la crainte de V Éternel , vaut mieux qu'un Çfand trésor où il y a du trouble. La paix donne du prix à tout; le péché pourrit tout. Le vrai riche, c'est Jô juste qui se dépouille pour Dieu; le vrai pauvre, c'est le riche dont les affaires prospèrent et dont la paix est pourrie, dont la justice est rongée.

332 À OCTOBRE. r<^!^^I^^II^]

Et se tenant derrière, aiii pieds de Jésus, elle se mit à plearer; elle lui arrosait les pieds de ses larmes, et les essuyait avec ses clieveui; elle lui baisait les pieds, et elle les oignait avec cette huile. (Luc vu, 38.)

Un cœur brisé et qui se répand en larmes aux du Seigneur est heureux, car il devient la plus chère habitation de Christ. C'était une grande pécheresse que celle qui vint se jeter aux pieds de Jésus, baignée des larmes de la repentance et de Vamour. Dieu avait eu beaucoup à pardonner en elle, elle avait aussi beaucoup à pleurer et beaucoup à aimer. Nous ne sommes pas aux yeux du monde des gens de mauvaise vie, mais si le Seigneur nous montre ce que nous sommes à ses yeux, nous nous anéantirons devant lui autant que le ferait le dernier des pécheurs. Restons à cette place si nous y sommes descendus, et donnons cours à nos larmes; quand notre cœur orgueilleux sera brisé, il en sortira un parfum de vie. Passons condamnation sur toutes nos œuvres et laissons le glaive de Dieu pénétrer dans nos entrailles. Une repentance passagère n'est pas de la repentance. Demeurez enmoty dit le Seigneur; demeurez-y tels que vous êtes : brisés, anéantis, couverts de souillure. Il faut du temps pour fondre Tor, et un petit feu ne suffit pas; mais il faut beaucoup plus de temps encore pour que nos larmes aient un résultati Ah ! si nous pouvions rester devant Jésus dans Thumiliation et dans la cendre ; si nous pouvions descendre plus bas encore el i\e i^î\s wous relever si tôt. nous serions des vases d'amovxx, coTOOiÇkWwv^^^xs&^îï^^^

Page 1