PAR LA FAMILLE
Innova dk's nostros sicut a principio.
Seigner.r, renouvelez notre esprit et notre histoire comme dès le comn^encsment. {Is., u, 3.)
Quand, au lenciemaÏD. du déluge, les eaux se furent retirées de la surface de la ter?e, l'arche, qui portait les espérances du genre humain, s'arrêta sur le sommet d'une haute montagne et déposa entre les cimes verdoyantes des c^'Y'srs naguère baignés par les flots le berceau du rouye-^u monde. C'était Noé et sa famille. L'arc -en-ciel se fo^^ma, connue une auréole de grâce, sur cette arche de bé.nédiction, et Dieu promit à Noé d'épargner à la terre les épreuves d'un second déluge. ïl se passe aujourd'hui quelque chose de semblable, eu lendemain de nos désastres. Le navire vient d'échapper à peine à la tempête la plus furieuse, nous voilà comme sur des planches brisées.
nous interrogeons l'horizon, et, voulant refaire la patrie, c'est sur la famille que nous reposons nos regards, c'est à elle que nous demandons d'assurer notre salut et de nous préparer un nouvel avenir. Les lois, les magistrats, les armées, le gouvernement tout entier, seront impuissants à réformer la nation, si chaque famille dont elle se compose conspire au dedans pour la corrompre et pour la perdre. Je viens donc vous proposer de descendre, par un sévère examen de conscience, au dedans de vousmêmes, et de commencer dans l'intérieur de vos maisons, par de meilleures habitudes, cette réforme nationale et chrétienne dont tout le monde parle, mais où personne ne veut mettre la main. L'esprit de famille s'en est allé, c'est notre faute ; il faut le restaurer, c'est notre devoir.
L II existe dans certaines villes maritimes un insecte dont l'activité est prodigieuse, et qui possède dans son petit corps d'immenses moyens de destruction. Cet insecte se nomme le termite. Il s'insinue dans les poutres, il ronge l'intérieur du bois, il le mine par un travail rapide et mystérieux. En apparence tout se tient, tout demeure debout, car l'aspect de la maison ne change pas ; en réalité, toute force cède, toute résistance devient impossible ; un jour, quand personne n'y songe, les poutres s^affaissent et
une violente commotion annonce que l'édifice n'est plus qu'un monceau de ruines.
Voilà l'image de la famille telle que l'impiété l'a minée, telle que les mauvaises mœurs l'ont corrompue, telle que la Révolution l'a sapée et détruite jusqu'en ses fondements ; vous croyiez la famille encore debout, c'était une erreur. Il y a encore des pères, des mères, des enfants, mais il n'y a plus de famille. Il y a encore des appartements et des meubles, des chevaux et des serviteurs, mais il n'y a plus de foyer. La famille et le foyer sont des mots et non plus des choses ; on ne les comprend plus, on n'y attache plus de sens ; rayez-les de la langue, tout est fini. L'insecte a achevé son ouvrage.
C'est le ver rongeur de l'impiété qui a commencé à relâcher et à affaiblir les liens de famille. Cette ironie sceptique date de loin. Elle remonte au dix-septième siècle et au théâtre de Molière. L'habitude de tourner en ridicule un père, une mère, des vieillards, a fait de ce théâtre une école dïmpiété. Les parents y ont mené leurs enfants sans s'apercevoir qu'ils les menaient à leur propre supplice, et qu'ils allaient leur faire donner, sous leurs propres yeux, des armes contre eux-mêmes. Ce théâtre leur a appris à les railler, à les tromper, à leur tendre des pièges, à les dépouiller de leur fortune, à surprendre leurs dernières volontés, à se moquer de leurs malédictions.
En peignant les pères avares, il a attiré l'intérêt sur les fils prodigues et corrompus ; en louant les mères complaisantes, il en a fait les complices du désordre de leurs filles ; en donnant des récompenses à l'étourderie, à l'irrévérence, à la débauche, il a attaché le ridicule d'un immortel souvenir à l'accomplissement des plus saints devoirs. La correction est devenue odieuse, la surveillance s'est changée en tyrannie, on a regardé le respect comme un trait de faiblesse, et l'on n'a plus vu dans les parents que des détenteurs du bien et de la fortune de leurs enfants, qui leur ôtent le droit d'en jouir et qui ont le tort de vivre pour les en empêcher. Voilà comment l'habitude de tout tourner en ridicule dans la famille a paru le droit incontestable de l'esprit français, le devoir journalier du fils et de la fille. Déjà, au commencement de ce siècle, un moraliste faisait la triste remarque que les peuples du Nord étaient élevés dans le respect des choses sérieuses, et les Français dans l'habitude de s'en moquer. Cette affligeante disposition, cette disposition impie, a discrédité l'esprit de famille et a fini par le perdre. Les noms sacrés de père et de mère ont perdu leur prestige. Quand à ce mot : mon père, un fils ne sent pas au fond de son àme quelque chose de profondément révérencieux qui tient de la crainte et de l'affection ; quand à ce mot : ma mère, toutes les entrailles de la fille ne sont
pas saintement émues, dites que le culte domestique a cessé et que l'impiété l'a détruit. Les parents méritent un culte, il faut avoir foi en eux ; c'est une impiété que d'attaquer ce culte, c'est un malheur que de perdre cette foi. C'est pourquoi j'appelle le théâtre de Molière un théâtre d'impiété. Il y a deux cents ans qu'on le joue sans y prendre garde, deux cents ans qu'on le vante sans se douter du mal qu'il a fait, deux cents ans que notre théâtre français, formé sur ce modèle, raille, avec beaucoup moins d'esprit et beaucoup plus de grossièreté, toutes les choses saintes du foyer ; et vous voulez que le foyer tienne encore !
A la suite de l'impiété est venue la corruption des mœurs. Après avoir raillé son foyer, on l'a déshonoré. Peigne qui voudra ces vices affreux qui ont perverti, dès le milieu du dix-huitième siècle, presque toute la haute société française et qui sont descendus peu à peu dans la bourgeoisie et dans le peuple, semblables à ces grandes eaux qui, après avoir ravagé les montagnes, envahissent la plaine et bouleversent tout sur leur passage. Quelle que soit la responsabilité de nos pères, ne songeons qu^à la nôtre, ouvrons les yeux et versons des larmes sur la ruine des mœurs domestiques. Ce n'est plus une couche chaste et pudique, des noces fécondes, une table joyeuse entourée de jeunes et brillants rejetons. A peine un
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berceau ou deux, où croît un enfant, idole de la famille dans son bas âge, et qui en sera la honte dans sa jeunesse. Tout repose sur cette tète, le nom, la fortune, l'espérance de l'avenir. On lui sacrifie tout : les vœux de la nature méconnus, les droits du mariage violés, les joies de la paternité qui renonce à elle-même. Et pourquoi? Pour qu'un jour la mort emporte d'un seul coup toutes ces espérances moissonnées dans leur fleur, ou que le démon, plus cruel que la mort, s'abatte sur ce chétif enfant comme sur une proie, le ravisse à l'afTection de ses parents et le jette, perdu de mœurs, criblé de dettes, couvert de ridicule et de mépris, au milieu d'une société dont il sera le fléau. Mais à côté de ce ménage désuni, il y a un autre ménage où l'honneur, l'argent, la considération, les derniers ménagements que Ton doit encore à l'opinion, sont sacrifiés dans un adultère public, et la polygamie, cette honte caractéristique des mœurs musulmanes . est devenue une plaie de la famille française, de la famille chrétienne. Mais, plus bas encore, les courtisanes trafiquent au grand jour et avec un succès toujours croissant, elles spéculent jusque sur la jeunesse et sur l'enfance, elles empoisonnent les générations futures jusque dans leur source, elles tarissent la vie, elles perdent l'avenir, elles dévorent plusieurs siècles à la fois. Tous les vices réunis ont conjuré la perte de nos foyers, la Révolution en a achevé la ruine.
L'agitation et l'inconstance sont, comme l'a dit Bossuet, le partage propre des affaires humaines; mais nous sommes arrivés à des temps où l'inconstance est devenue plus sensible et l'agitation plus vive que jamais. La fièvre qui dévore le monde est née dans notre sol, et les secousses que nous ressentons paraissent comme les tressaillements périodiques de ce feu souterrain qui circule depuis quatre-vingts ans dans les veines de la nation. Je ne trace pas ici le tableau de nos agitations politiques, c'est de ia famille que je parle. On n'a pas pu ébranler les autels^ mettre les trônes en poudre, sans remuer profondément les pierres sacrées du foyer. Aussi que voyons-nous? Le fils a tout d'abord en horreur la condition de son père, et au lieu de la continuer, il n'aspire qu'à y échapper lui-même. Ce n'est pas seulement la sotte vanité qui fait rougir de l'outil de l'artisan, du tablier du manœuvre, de l'aiguille de Touvrière. Les riches et les grands n'échappent plus à la maladie commune. Bien loin de continuer le sillon de leurs ancêtres, ils s'en détournent avec horreur; rien ne les captive, ni les collections curieuses, ni les bibliothèques amassées à grands frais, ni les plus hautes fortunes du commerce et de l'industrie. Il faut changer à tout prix. Ces maisons commencées avec tant d'habileté, agrandies avec tant de bonheur, soutenues avec tant de prévoyance, aux-
quelles on avait attaché l'honneur de plusieurs générations; ces vieilles races qui plongeaient leurs racines jusque dans les ténèbres de notre histoire ; ces liens de parenté qui reliaient entre eux les membres les plus éloignés des familles heureuses de se reconnaître et de se revoir; ces livres, ces titres, ces inscriptions, ces souvenirs, auxquels on attachait tant de prix parce qu'on y retrouvait l'ombre et l'usage du passé, tout disparaît, tout périt, tout croule comme par morceaux, tout est réduit en poussière. L'esprit de famille est un esprit de tradition et de conservation. Il transmettait au fils les sentiments du père avec le sang et avec la vie ; aujourd'hui le fils les abjure comme rétrogrades et surannés. L'esprit de famille, entretenu même sous les soleils les plus lointains, nous rendait chers le village, la maison, les habitants de la paroisse, la vieille église et son vieux curé; aujourd'hui on ne rêve que la vente de la maison, l'éloignement du village, et l'église où l'on avait prié n'a plus de charmes ni de souvenirs. Nous voilà comme des feuilles tombées de l'arbre, emportées par les vents, et formant dans la confusion de nos révolutions politiques et sociales je ne sais quel tourbillon sans nom, sans couleur, sans gémissements, qui roule vers un abîme inconnu, avec la fatale pensée qu'il est impossible de s'y soustraire. Quelle affreuse vieillesse pour
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ceux qui achèvent de vivre ! On ne les écoute plus, on les respecte à peine, on leur donne tous les jours la triste certitude qu'ils mourront tout entiers et que leur tombeau ensevelira à la fois leur nom, leurs pensées, leurs traditions et leurs sentiments. Mais le patrimoine ne leur survivra pas plus que toul le reste : la vanité, la débauche, la spéculation, vont s'en partager les lambeaux; et les derniers restes avilis de ces familles longtemps honorées de la considération publique iront chercher à refaire dans les grandes villes, au fond des déserts, peut-être dans le nouveau monde, cette fortune honnête et modeste qu'elles avaient sous la main et dont elles n'ont pas voulu jouir dans le travail et dans la vertu.
0 Révolution ! voilà jusqu'où tu as infecté et perverti le sens moral des populations chrétiennes; voilà comment ton souffle les a arrachées aux habitudes et aux traditions de leurs foyers. Déjà cette cruelle ennemie ne déguise plus ses projets. Avec ce dégoût qu'elle a inspiré pour la famille, elle nous rend peu à peu étrangers à la cité, la province ne nous attache plus, la patrie ne parle plus à nos âmes avec cet accent qui y faisait vibrer autrefois les grands ressorts et les grandes fibres. C'est l'humanité vague, indéfinie, sans tradition dans le passé, que nous prétendons aimer et servir, et avec ce mot nouveau, ce culte substitué au culte ancien de la patrie et de la
famille, savez-vous ce que vous devenez? Des égoïstes consommés et pas autre chose. Attendez un peu. Le père cessera d'édifier la fortune de ses enfants, le citoyen ne veillera plus à la défense de la cité, la patrie fera un appel inutile à notre dévouement et à notre courage. Courage ! dévouement 1 affections du %er t i-egrets de la tombe f espérances du berceau ! autant de sentiments qui vont devenir plus rares que les raisins après la vendange et que les épis après la moisson. La Révolution s'apprête à tout envahir, elle a pour temples les loges, pour foyers les clubs, les cabarets et les cercles, pour instruments tous ceux à qui elle promet fortune, places et jouissances, pour but le rêve de transformer la famille; elle demande la liberté du divorce, voulant faire du père un camarade sans autorité, de la mère une perfide amie, des serviteurs autant de mercenaires, et au milieu de tout cela chacun songeant à soi, vivant pour soi, s'enfermant en soi-même, la tombe au bout de la vie, et au delà de la tombe, au ciel et sur la terre, le néant !
Familles qui m'écoutez, voilà où l'humanité marche. Voulez-vous vous sauver, voulez- vous vivre et vous survivre dans vos enfants? Écoutez à quelles conditions vous pouvez espérer le salut.
IL Je voudrais revoir la famille d'autrefois, je ne jn*en cache pas. ReîÎ6 (î'auiourd'hiii m'attrbie, ték
que la Révolution nous prépare pour l'avenir m'épouvante. Tâchons de ressusciter la famille du passé; on peut vanter le passé sans être tout à fait déraisonnable. Or nos familles avaient doux qualités perdues qu'il faut retrouver. Elles étaient chrétiennes par les habitudes, françaises par les sentiments. Des familles sincèrement chrétiennes et noblement françaises, voilà ce que je souhaite à mon pays.
Que faut-il pour rendre à nos familles le caractère chrétien? Un sanctuaire commun, des prières communes, la pratique commune des devoirs essentiels du christianisme. Ce sanctuaire domestique n'a pas besoin de pompes ni de décors : je ne vous demande pas d'y prodiguer les riches dorures, les tableaux des maîtres, les étoffes de soie et de velours ; je ne vous demande pas même de le séparer du reste de la maison ni de lui donner le nom d'oratoire. Non, il n'y a pas de cabane si pauvre au fond des campagnes, pae de mansarde si étroite cachée sous le toit d'une grande ville, qui ne puisse être un sanctuaire pour la famille. La famille la plus nombreuse fùt-elle réunie au foyer le plus resserré, si je vois au-dessus de la pauvre couche l'image du Dieu rédempteur, je m'incline comme au seuil d'un temple et je salue le maître de la maison. Autour de ce crucifix, voici le buis bénit et l'eau sainte. Vous trouveriez dans le coin le plus retiré d'une modeste armoire le cierge
de la Chandeleur qui a été allumé pour la première fois il y a trente ans peut-être, et avec lequel l'aïeule a béni d'une main tremblante la première communion de celle qui est devenue mère aujourd'hui. Ces images de la Vierge et des saints Patrons sont enfumées par le temps : on eu distingue à peine les traits grossiers; l'épingle qui les tient attachées date d'un autre âge; n'importe, on sent la foi et la piété s'exhaler de cette pauvre demeure, on devine que le père s'agenouille au milieu de ses enfants, devant cette vierge et ce crucifix, que la mère verse des pleurs dans les moments d'épreuve au pied de ces vieilles images, et que les derniers nés de la famille ont appris à sourire en les saluant de leurs premiers regards.
Mais ces oratoires domestiques, où sont-ils ? Où sont-ils, ces souvenirs des vieilles mœurs ? J'ai vu la mansarde de l'ouvrier ; elle est devenue froide et triste; elle coûte plus cher, mais le Dieu qui bénit le travail en a été exilé. J'ai vu les salons des riches et des grands ; on en a renouvelé les meubles et la parure, maison a oublié d'y remettre le crucifix cher aux ancêtres. Parcourez nos montagnes autrefois si fidèles, interrogez vos souvenirs, comparez dans votre imagination ces vieux toits de chaume que vous voyiez il y a trente ans, avec l'élégance, plus brillante que solide,des maisons nouvelles. Il y a en-
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core des portraits et des images, mais ce n'est plus rimage de Jésus-Christ, c'est le portrait de quelque fameux socialiste. Au lieu des scènes de la Bible, des nudités souvent révoltantes pour les yeux les plus hardis. On sent qu'un souffle nouveau a passé sur ces villages chrétiens, et qu'il en arrache, pierre par pierre, les derniers restes de la civilisation pour y faire triompher l'égoïsme et la barbarie des mœurs révolutionnaires.
Voulez-vous résister au torrent ? prenez donc la croix et plantez-la au fond de votre foyer. Là vous assemblerez vos domestiques et vos enfants au moins chaque soir et vous prierez le Père commun. Cette communauté de sentiments et de vœux relie les membres de la famille en pliantleurs genoux et leurs fronts devant le même Maître, en leur faisant partager les mêmes espérances, en tournant ensemble leurs yeux vers le même but. Là le père paraît avec la majesté du sacerdoce, et la mère avec cette tendresse et cette sollicitude qui l'a fait comparer à la poule rassemblant ses petits sous ses ailes pour les mettre à l'abri de l'orage. Là accourent les enfants avec cette régularité que l'exemple de leurs parents commande, et il ne leur vient pas à l'esprit, devant ces exemples vivants, que la prière soit le devoir de l'enfance, mais qu'on puisse la négliger à mesure r|'ir> rmi grnT-lit.Af .7110 T^çp ni|ilii*a 1« droit de VùU"
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blier. Faites entrer derrière tous votre serviteur et votre servante, laissez-les prier à vos côtés ; ils ont besoin de se voir vos égaux devant Dieu pour consentir à demeurer vos domestiques devant les hommes ; vous avez besoin de les édifier pour conserver sur eux le prestige de l'autorité et du commandement. Avec cette habitude de la prière commune, croyez-vous que l'esprit de famille puisse tarder à renaître parmi les vôtres ? Dieu la bénira, et, vous voyant à ses pieds dans cette sainte unanimité de sentiments, il vous donnera de ne faire, comme au temps de la primitive Église, qu'une seule âme et an seul cœur.
Mais il faut aller plus loin, il faut aller jusqu'au bout. Cette communauté de sentiments commande au dehors comme au dedans une communauté de devoirs et de pratiques. Au dedans la même table et à la même table le même respect pour les lois de l'Église. La même bibliothèque pour tous les âges et la même loi pour interdire à la mère et à la fille, au père et au fils, les livres défendus et les journaux suspects. Au dehors la même assiduité aux offices de l'Église, sans vaine excuse pour l'âge, les occupations imaginaires, les devoirs de la profession ; comme s'il y avait un âge pour entendre la messe et un âge pour y manquer, comme si l'occupation la pluîi chère n'était pas delever na famille; comiiie
Si RESTAURATION DE LA FRANCE PAR LA FAMILLE,
s'il n'y avait pas au-dessus de tous les devoirs professionnels un devoir de toutes les professions et de tous les états, celui d'être chrétien et de le paraître. Le devoir pascal doit appeler tous les membres de la famille au même tribunal et les réunir dans le même groupe à la table sainte. A quoi sert-il de se faire là-dessus une plus longue illusion? Gomment s'imaginer que l'on peut, sans compromettre à tout jamais Tesprit de famille, briser dans l'acte le plus grave du chrétien tous les liens de la foi, et n'envoyer que sa femme, ses enfants ou ses domestiques devant les autels, en réclamant le droit de les oublier ou de les maudire, au nom de son sexe, ou de sa science, ou de sa position sociale? Mais le fils qui grandit a remarqué l'absence du père,la fille s'étonne qu'on l'envoie communier sous la garde d'une institutrice, le domestique plaisante sur la foi que ses maîTres lui commandent et dont ils ne sentent pas pour eux-mêmes l'impérieux besoin. Ah! si vous voulez restervraiment pére,vraiment mère, vraiment maître, soyez-le donc jusqu'à donner l'exemple du devoir pascal, et n'allez pas vous exclure du festin en révélant par laque vous êtes indigne d'y prendre part. C'est pour vous aussi bien que pour les vôtres que l'Agneau s'immole et que son sang coule sur l'autel. Revenez je vous en conjure à nos banquets sacrés. Reprenez-y votre place, soyez chrétien pour
qu'on le devienne à votre exemple. Soyez-le complé- Itement, absolument, résolument. Le temps presse. JL'ange exterminateur va passer, les plaies d'Egypte se renouvelleront, et malheur aux maisons qui ne seront pas marquées du sang de l'Agneau ! Malheur laux familles sans foi et sans pratiques 1 Elles seront frappées sans pitié, elles périront dans la grande tempête révolutionna ire, elles passeront aveuglées et perverties sous le joug de l'incrédulité, elles se noieront sans espérance et sans consolations dans cet abime de maux, dans cette mer de l'impiété et de la Révolution, qui a pour port l'enfer et pour rivages l'éternité I
Je passe à l'ordre naturel et politique, et je vous demande de faire rentrer dans vos familles l'esprit français qui nous abandonnne.
Il a été un temps où tous les peuples se piquaient de nous imiter et où nous servions de modèle à toute l'Europe. Aujourd'hui nous avons emprunté d'abord aux autres peuples leur langue, puis leurs modes ; nous sommes en train de copier leurs lois, et pour peu que notre caractère continue à s'effacer, nous offrirons dans notre langue le mélange de tous les dialectes, dans nos mœurs la réunion de tous les défauts, dans nos costumes l'assemblage de tous les uniformes. La France cessera d'être la France. Or, il faut réagir courageusement contre cette ten-
dance et se roidir, quoi qu'il en coûte, sous peine d'être entraînés par le torrent. J'adjure les familles de se souvenir qu'elles ne peuvent vivre, refleurir et durer, que par les traditions de la race française, l'activité, le désintéressement et l'honneur.
Plus de mollesse ni de luxe. L'esprit en a été appesanti, le cœur énervé, le caractère accablé comme sous un poids énorme, et l'activité française, autrefois si jalouse du premier rang, a été devancée partout, dans le commerce, dans l'industrie, dans la politique, dans les affaires européennes. Le sceptre des sciences nous échappe, les lettres languissent, les arts sont sans interprètes, les écoles ont perdu leurs grands maîtres. Il y a une sorte de paralysie générale qui s'étend de la tête aux pieds de la nation et qui la tient enchaînée, ahurie et comme étonnée de sa propre stérilité. Vous voulez jouir, vous n'aimez plus le travail et vous n'en sentez plus ni les vifs aiguillons, ni les nobles ardeurs, ni les mâles voluptés. Ah 1 je vous supplie de revenir aux mœurs, aux vertus, aux habitudes de la famille vraiment française. Que la mère se lève de bonne heure, préside aux soins du ménage, prenne l'aiguille et le fuseau et s'occupe avant tout de ce qui se passe chez elle. Qu'elle soit avant tout femme d'intérieur, ou, comme disaient nos pères dans une langue plus française, bonne ménagère i Que sa ûil6 apprenne d'elle Tari
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de gouverner une maison, cet art que les femmes du plus haut rang avaient encore en France il y a soixante ans et que les parvenues des dernières classes dédaignent aujourd'hui. Je demande au père de s'intéresser aux affaires publiques, d'y prendre part et de ne pas oublier qu'il est responsable plus que personne des biens de la commune, de la province et de l'État. Pourquoi s'éloigner des scrutins où se jouent les destinées du pays? Cette malheureuse indifférence estelle propre à former dans vos fils l'esprit et les vertus du citoyen ? Apprenez-leur donc à défendre leurs champs et leur maison, à choisir des mandataires qui les honorent, à mettre leur langue, leur plume, leurs pas et leurs bras au service des grandes causes. Vous attendez que le flot de la Révolution ait passé I Non, le paysan qui s'asseyait sur les bords de la rivière en attendant qu'elle eût cessé de couler n'était pas plus stupide. Elle ne passera pas, cette Révolution, mais elle vous emportera, vous, votre famille, votre fortune, dans les abîmes de l'impiété et de la corruption.
Il faut que la famille française recommence nonseulement par l'activité, mais par le désintéressement. Nous avons été longtemps un peuple désintéressé, faisant la guerre pour une idée et non pour une conquête, donnant des sceptres et des couronnes, affermissant des rois, sauvant des peuples. Nous
voilà transformés en marchands anglais, mais en marchands ruinés. Les jeux de Bourse nous ont perdus. On les a fait jouer aux femmes, aux domestiques, aux jeunes gens, aux enfants ; on les a intéressés aux spéculations de l'Espagne, de la Grèce, du Mexique et de la Turquie ; on a rempli le sac à ouvrage, les cartons de l'écolier, d'affreux petits papiers qu'on appelle des titres de rente ; on a donné les joies de la hausse et les désespoirs de la baisse à un âge où l'on ne doit connaître que la joie d'être le premier de sa classe et le désespoir d'être le dernier. Yoilà comment l'esprit s'abaisse et le cœur se rétrécit, et au lieu du noble désintéressement, delà généreuse imprévoyance du lendemain, on a le froid calcul et le stérile égoïsme. Gomment ferez- vous de vos fils des apôtres et des héros à trente ans? Gomment ferezvous de vos filles des sœurs de charité ou de courageuses mères de famille, si elles comptent et spéculent comme des banquiers dès l'âge le plus tendre ? Ah 1 transportez vos pénates parmi les comptoirs de l'Inde ou des États-Unis ; allez faire fleurir ailleurs votre génie et vos spéculations ; sortez de cette noble terre de France, où Tamour du lucre et de l'argent perdrait les familles sans les enrichir, car nous ne sommes pas faits pour compter, mais pour donner. Il y avait un sentiment né de l'activité de notre esprit et du désintéressement de notre cœur, qui
avait fait pendant quatorze siècles le trait caractéristique de notre race. C'est le sentiment de l'honneur. Eh bien! le culte en est affaibli, et je vous demande de le restaurer. L'honneur ! ah I depuis les vieux Gaulois qui se vantaient de soutenir le ciel avec leurs piques plutôt que de le laisser s'écrouler jusqu'aux jeunes barbares que Glovis aurait voulu mener au Calvaire pour défendre Jésus-Christ, depuis ces chevaliers de toutes les croisades jusqu'à ces soldats de la première république et du premier empire qui sont entrés le front si haut à Berlin et à Moscou, que de merveilles sur tous les champs de bataille 1 Que de sang répandu, mais quel riche et magnifique héritage! Quelles annales glorieuses pour l'honneur français! Il y a de l'honneur aussi bien que de la foi dans nos religieuses et dans nos missionnaires. S'ils sont les premiers à la peine, c'est que le sang français le demande, et que la voix de l'honneur les pousse en avant. Mais cette magnanimité du sacrifice ne commence pas à trente ans ; il faut apporter sous le drapeau un cœur déjà mûr pour les belles actions ; il faut que le jeune soldat, le jeune apôtre, la jeune religieuse, sorte du foyer tout enflammé par l'honneur, pour le succès des grandes entreprises. Il faut les leçons de la famille, les vieux récits de l'aïeule, les lectures enthousiastes du foyer domestique, les conseils et au besoin les exhortations
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d'une mère. II faut dix ans d'éducation sévère, de mâles exemples, de rudes leçons mêlées d'un sincère amour. Fermez vos maisons à la spéculation et au luxe, quittez les misérables recherches de la vanité, nourrissez d'un lait plus fort et d'une parole plus austère ces générations qui commencent. Soyez des mères chrétie^nnes, soyez des mères françaises. Mères chrétiennes, vous direz à vos enfants, comme Blanche de Castille à saint Louis : «Mou fils, j'aimerais mieux vous voir mort que de vous savoir coupable d'un seul péché mortel. » Voilà le langage de la foi. Mères françaises, vous leur direz avec la concision des femmes Spartiates, mais avec l'accent ému et les larmes éloquentes qui n'appartiennent qu'à notre race , vous leur direz en les revêtant de leur boucliei*: « Ou dessus ou dessous. Dessous avec tous les honneurs de la victoire, dessus avec tous les honneurs d^une mort glorieuse. » Alors la France, cette maîtresse des nations, veuve aujourd'hui de sa gloire et de ses enfants, se redressera plus forte que jamais, elle redeviendra la race choisie, elle sera encore le bras de Dieu, et elle se remettra à tracer au monde, dans le sillon lumineux des siècles à venir, le chemin du zèle, du désintéressement et de l'honneur.
Cujus vocem exaudiet Dominus ?
De qui le Seigneur écoutera-t-il la prière ? (ProD., xxxiVj 28.)
La religion nous enseigne que Dieu ne nous humilie jamais sans nous faire espérer en même temps la grâce et le salut. Elle est mère, et l'enfant qu'elle reprend et qu'elle châtie, les nations qu'elle nous montre courbées sous la verge vengeresse apprennent d'elle-même comment on conjure le courroux du Ciel. En nous pressant de nous frapper la poitrine, de prier, d'accomplir des œuvres de pénitence en expiation de nos péchés, elle cherche, elle appelle tous ceux qui peuvent porter secours à notre faiblesse et nous aider parleur crédit à obtenir miséricorde. C'est vers les saints qu'elle se tourne, et elle sollicite aujourd'hui leur intercession pour la France, parce que le Seigneur les écoute et les exauce. Apprenez donc d'où nous viendra le salut,
et tenez les yeux élevés vers les saintes montagnes où s'apprêtent les armées de la miséricorde et de la grâce. Parcourons la terre, montons vers les cieux, que notre regard embrasse l'Église entière dans ses incommensurables profondeurs : cherchons partout des saints et des auxiliaires. Ici-bas les justes qui prient, qui souffrent et qui s'immolent pour la patrie ; dans le ciel tous les bienheureux et en particulier nos amis et nos frères, les patrons que la France vénère, les anges préposés à sa garde, Marie qu'elle honore comme sa mère. Voilà nos alliés et nos intercesseurs ; voilà l'immense armée qui prie et qui combat pour nous.
I. Il y a dans l'Évangile trois pages d'une application facile et touchante aux événements qui nous accablent, trois pages où l'on voit ce que peut, même ici-bas, la prière d'une sœur, la prière d'une mère, la prière d'un soldat. Eh bien ! nous avons des sœurs, des mères, des soldats, qui prient par milliers et par millions, les unes dans le cloître, les autres dans le foyer domestique, les autres sur le champ de bataille ou dans les prisons, et qui sollicitent d'une voix commune la grâce de la France.
Lazare était mort, et Jésus seul pouvait le rappeler à la vie. Marthe attendit le Seigneur et sollicita la résurrection de son frère ; mais Marthe ne vint
pas seule, elle appela Marie, sa sœur, Marie Madeleine, en qui se personniûaient alors toutes les vertus de la pénitence et toutes les ardeurs de l'amour divin; Madeleine, à qui il avait été beaucoup pardonné parce qu'elle avait beaucoup aimé. Madeleine sortit du cloître intérieur que lui avait fait son amour ; elle pria prosternée à ces pieds divins qu'elle avait arrosés de ses larmes, parfumés du prix de ses richesses, essuyés avec ses cheveux , elle obtint de Jésus le plus grand miracle que Jésus ait fait dans le cours de sa vie mortelle ; elle obtint que Lazare sortît du tombeau. Ce miracle est celui de l'amour fraternel épuré dans les saintes solitudes par le jeûne, la prière, les mortifications. Ah ! que de fois le monde n'a-t-il pas tremblé en voyant renaître, croître et grandir nos monastères et nos couvents ! Il énumérait, avec une épouvante affectée, tant de maisons consacrées à la prière et retirées, par leur destination sainte, de l'usage ordinaire de la vie. Il accusait l'imprudence de l'Église, qui engraissait, ce semble, une nouvelle proie pour la Révolution. Il prédisait de nouveaux désastres, et le seul danger qu'il semblait entrevoir à l'horizon des sociétés humaines, c'était la multiplication des maisons religieuses. Regardez-les maintenant, ces demeures qui vous faisaient envie. Là, comme à Béthanie, je vois deux sœurs occupées de soins différents, je vois
'.>'l LES VRAIS ALLIÉS DE LA FRANCE.
deux parts dans le monastère. Marthe se donne et se prodigue aux blessés, aux malades, aux pauvres et aux malheureux de tout genre et de tout nom ; Marie se tient entre le vestibule et l'autel, plus près de l'oreille et du cœur du divin Maître, et toutes deux disent au Seigneur, en lui montrant la France : « Eccc quem amas infirmatur{i): elle est malade, elle meurt, elle est morte, la nation que vous aimez.» Ah ! nous serions bien injustes et bien cruels, si la leçon ne nous profitait pas. Ces maisons religieuses devenues le refuge des malades et des blessés vous paraissent-elles sufTisamment utiles ? Épargnez-les du moins dans vos récriminations, quand elles servent d'une manière si visible à la patrie et à la cité, et qu'en courbant sous le poids des charges volontaires, elles vous laissent à vous-mêmes, à vous, à vos familles, à vos maisons, la liberté, le repos et la paix. Souffrez donc qu'elles prient le Seigneur quand vous persistez à l'oublier vous-mêmes. 'Elles prient, ces sœurs invisibles, dont vous ne connaissez ni le nom, ni la famille, ni même la patrie ; elles prient quand vous dormez ; elles prient pour vos fils et pour vos frères, que vous oubliez peut-être devant Dieu et à qui votre égoïsme ne donne qu'un regard distrait, un secours d'argent, une lettre sèche et