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pleuré et gémi comme il convenait. Cependant, que de démons ne voient-elles pas attachés aux pas de leurs fils et acharnés à leur perte 1 Le démon de l'orgueil se disputait leur âme avec le démon de l'impureté. Ils trafiquaient ensemble des riches trésors de ces intelligences perverties par les mauvais livres, de cette sensibilité exploitée par les femmes perdues, de cette liberté qui ne faisait d'efforts que pour le mal. Et ces mères crédules, trop faibles, trop bonnes, prenaient trop facilement leur parti sur tous ces excès. C'était pour elles une mauvaise consolation de penser, de dire que leurs fils, après tout, ne faisaient que ressembler aux autres et se perdre comme eux. Regardez maintenant, pauvres mères, notre France ruinée, tous ses fils courant aux armes, les privations imposées aux riches, le travail aux paresseux, la contrainte et la règle à tout le monde, et à tout le monde la vertu pour éviter le désespoir. Quel changement inouï 1 quel coup de théâtre 1 quel retour soudain à la raison et au sens commun, pour ceux qui veulent encore penser, croire et aimer quelque chose ! Dans ce brusque revirement, retournezvous sur vous-mêmes et frappez-vous la poitrine ; retournez-vous vers vos fils et faites parler enfin la foi de leur enfance; mais surtout retournez-vous vers Dieu et demandez miséricorde. 0 mères françaises 1 formez donc une sainte alliance de courage,
08 m:s vrais alliks de la frange.
de prières, d'efforts communs ; chassez de vos foyers les démons qui s'y sont assis sous vos yeux et qui en profanent la sainteté. Non, il n'y aura point d'exception dans cette croisade que je vous propose. Pour y entrer, il su/lût d'être mère et de croire en Dieu. Qu'importe d'où vous venez I de Jérusalem ou de Samarie, de l'infidélité, du schisme, de l'hérésie, Jésus, notre bon maître, a des regards pour toutes les mères qui pleurent et qui lui demandent la délivrance de leurs enfants. Pleurez, suppliez, redoublez d'instances, mêlez d'un bout de la France à l'autre toutes vos espérances et toutes vos larmes, et les feux de la guerre s'éteindront, à l'ordre du Seigneur, dans ces larmes de pénitence et de régénération.
Mais le Dieu de l'Évangile a encore écouté une autre voix, celle da soldat, et c'est le soldat, je n'hésite pas à le dire, qui a reçu le plus de louanges de sa bouche et qui a imploré sa miséricorde avec le plus de succès. Le centurion est venu trouver Jésus. Il lui a demandé la guérison de son serviteur, mais il ne l'a point appelé dans sa maison, il n'a voulu de lui qu'une parole, certain que cette parole suffirait à opérer le miracle : Sed tantùm die verbo, et sanahitiir puer meus (i). Voilà l'humilité, la confiance et l'honneur du soldat.
(l) Matth , XIV, 8.
Allez demander aux prêtres qui ont assisté dans les combats nos malheureuses armées, et vous apprendrez de leur bouche que le Français, en dépit du siècle, commence à redevenir aujourd'hui le soldat chrétien. Il le redevient à la mort, ses yeux trouvent des larmes à verser sur le crucifix, sa voix se ranime pour le saluer, et à défaut de sa main mutilée qu'il a perdue, il y a sur ses lèvres et dans ses yeux un signe pour remercier le ministre de Jésus- Christ, qui vient de lui ouvrir les portes du ciel. J'en ai la confiance, il y entre de plain-pied, parce qu'il y entre en disant à Dieu qu'il n'en est pas digne : Domine, non sum dignus !
Et ce nom de Dieu confessé dans les ambulances et les hospices, voilà qu'il vient d'éclater enfin sur les lèvres de nos chefs qui mènent au combat nos jeunes et vaillantes armées. « Tout pour Dieu et la patrie ! » C'est le cri de la Bretagne, qui deviendra, je l'espère, le cri de la France. 0 Paris, adopte-le, ce cri de guerre; ô cités encore vierges de l'invasion ennemie, répétez-le avec confiance; qu'il retentisse des chaînes de l'Amorique, où il est né, jusqu'à ces montagnes du Jura, où tant de cœurs méritent de le comprendre encore ; qu'il n'y ait plus d'autre cri de guerre, plus d'autre espérance, plus d'autre poésie ni d'autre sentiment. Heureux Bretons, c'est voas qui l'avez poussé '^^J^Lf^JËI^ Soyez bénis pour
cette noble et courageuse initiative! Combien de temps faudra-t-illeréi'éter pour fléchir le Seigneur? Est-ce demain, est-ce dans des jours plus lointains que le Seigneur daignera l'entendre? Je l'ignore, mais ce que je sais, c'est que là est tout le salut de la France, et ce salut, je l'attends parce qu'il se trouve enfin un soldat pour le demander.
Enfin, il y a au delà de nos frontières une armée captive qui a été frustrée tout entière du sort qui lui était dû et pour lequel elle s'était engagée à servir. Mourir ou vaincre sur le sol de la patrie, telle était son espérance. Ils ont été jetés sur le territoire ennemi, eux, leurs drapeaux et leurs armes, trophées suprêmes d'un triomphe d'autant plus injurieux qu'il était moins sanglant. Condamnés à ne plus combattre, ils peuvent encore expier, souffrir, mériter pour la France. Ils n'ont pu être des héros, ils peuvent être des saints. Ils sont là plus de trois cent mille, avec des habits déchirés, un corps affaibli, une âme navrée de douleur, des yeux pleins de larmes, condamnés, pour vivre, à de rudes métiers, et plus souvent réduits, faute de travail, à une inaction qui est le plus grand des supplices. Eh bien 1 j'ai la confiance qu'ils nous honoreront par la dignité du malheur; que, s'ils ont oublié le Dieu de leurs pères, ils reviendront à lui sous ce ciel étranger; qu'ils gagneront auprès de lui, à force de souff'rances chrétiennement supportées.
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la cause de la patrie. Oui, il y aura des centurions qui s'agenouilleront devant Jésus-Christ comme celui de l'Évangile, et qui se frapperont la poitrine au fond d'une prison obscure, devant un autel improvisé, à la voix, à l'accent français des prêtres qui vont se mêler à eux pour leur porter nos secours et leur parler de leur Dieu. Là ils diront avec le prêtre : Domine, non sum dignus lit intres suh tectiim meum : Seigneur, je ne suis pas digne que^vous entriez dans ma maison. Leur visage, pâli par la douleur, s'éclairera d'une vive lumière; leur cœur tressaillira d'allégresse même dans le lointain exil. Ils étonneront nos ennemis par le courage de leur foi réveillée. Ils paraîtront, comme saint Louis dans les fers, une des grandeur^ de la France. Oh! consolez-vous de n'avoir point péri, restes héroïques de nos armées vaincues. Non, je ne me lasserai point d'espérer en vous et de vous citer nos saintes Écritures pour confirmer mon espérance. Le premier païen converti parsaintPierre, le prince des apôtres, était un soldat, et c'est par le soldat Corneille que saint Pierre apprit les desseins de miséricorde du Seigneur sur la gentilité tout entière. Le premier Romain qui confessa le nom de Jésus-Christ était un soldat. Il descendit du Calvaire en déclarant que la victime dont il venait de voir le supplice était véritablement le Fils de Dieu. C'est vous maintenant, soldats français, qui habitez le Cal-
vaire sanglant de l'exil, de la misère et de la faim. Ah ! je vous en supplie, confessez votre Dieu, avouez sa puissance, implorez sa bonté. Non, vous ne descendrez point de ce Calvaire du courage ou de l'honneur sans avoir racheté la France et sans l'avoir sauvée. Prisonniers, soyez des confesseurs, soyez des saints. Martyrs de la guerre, souffrez avec patience, avec grandeur d'âme, le chapelet à la main, le nom de Dieu sur vos lèvres, l'image de la patrie absente sous les yeux, et le jour de votre délivrance sera pour nous le jour de la victoire, du salut et de la paix.
IL Quittons cette terre désolée et cherchons dans un meilleur séjour des alliés encore plus capables d'animer et de soutenir nos espérances. S'il y a sur la terre une force d'intercession qui touche le Seigneur, détourne sa colère et allège le poids des iniquités du monde, cette force est bien plus grande dans le ciel. Ce n'est plus la prière de l'humble qui, selon l'expression de l'Écriture, traverse les nuages, monte et ne s'arrête pas jusqu'à ce que le Très-Haut l'ait regardée (1). Ce n'est plus cette prière au pied boiteux, levant à peine un humble regard et se hâtant avec inquiétude sur les pas de l'injure, telle que la peignait le vieil Homère dans sa mythologie ingé-
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nieuse et éclairée, en cet endroit, d'une lumière presque surnaturelle (1). Pour Yoir la prière dans toute sa puissance, il faut la contempler sur les lèvres des justes et des saints admis à la contemplation de Dieu même. Les âmes qui peuplent le ciel jugent, avec un esprit désormais sur de lui-même, la valeur des choses terrestres. Elles savent ce que c'est que le péché, combien Dieu est grand, combien l'homme est petit, et ce qu'il y a de folie à abandonner la voie droite pour se perdre dans les larges chemins de l'iniquité. Ces justes récompensés s'-intéressent à nous avec bien plus d'efficacité qu'ils n'ont pu le faire icibas, malgré toute leur affection et toutes leurs vertus. Les liens qui nous unissaient à eux, les liens de la parenté, de l'alliance, de l'amitié, de la cité, de la patrie, n'ont point été dissous, ni même relâchés par la mort. Ils nous appelaient sur la terre des noms sacrés de père, de frère, de sœur, d'époux, d'ami, de disciple. Ces noms sont encore au fond de leur âme comme l'expression de leur tendresse pour nous, épurée par une nouvelle vie et transfigurée dans la gloire ; ils les mêlent à la louange dont ils offrent jour et nuit le tribut au Seigneur; et s'ils ont traversé les flammes du purgatoire avant d'aller jouir de la béatitude éternelle, le souvenir des prières et des sa-