‹ L'année d'expiation et de grâce, 1870-1871Chapitre 20 sur 48 · DANS LE CIMETIÈRE DE GUSSEY-SUR-L'OGNON (DOUBS · texte numérisé non relu

DANS LE CIMETIÈRE DE GUSSEY-SUR-L'OGNON (DOUBS

Le village de Gussey, qui a été, le 22 octobre 1870, le théâtre d'un combat fameux, a recueilli dans son cimetière, placé sous le vocable de saint Waast, les corps de quarante soldats, mobiles des Vosges et des Hautes-Alpes, qui ont succombé sous le drapeau en défendant, contre l'invasion allemande, la ligne de rOgnon et les approches de Besançon. Leurs camarades, grâce à l'initiative de M. le sous-préfet de Remiremont, ont élevé un monument à leur mémoire, et la bénédiction solennelle en a eu lieu le 11 avril, par le ministère de M. l'abbé Dartois, vicaire général, délégué de Son Éminence Mgr le cardinal archevêque de Besançon.

La cérémonie h commencé le matin par un service où l'oraison funèbre des héros a été prononcée au milieu des larmes de l'auditoire. M. le curé de Gussey a célébré la messe, entouré du clergé du voisinage. On remarquait dans l'assistance M. le baron de Sandrans, préfet du Doubs,M. Febvay,secrétaire général, M. le sous-préfet de Remiremont, M. le commandant des chasseurs, délégué de la division militaire. M. le marquis de Lénoncourt, iM. Saillard, directeur des postes, plusieurs officiers supérieurs, d'anciens commandants des mobiles des Vosges et du Doubs, des médecins civils et militaires, M. l'abbé Viliion, du clergé lyonnais, qui avait donné, avec M. l'abbé Faivre, des soins aux blessés et aux mourants après la bataille, les parents des jeunes victimes, une foule de personnes considérables, accourues de Besançon et des environs pour rendre un dernier hommage à nos défenseurs.

M. le général de Cissey,ministre de la guerre, présent à IJcsançondopuis la veille,est arrivé à trois heures du soir pour présider

19i CÉRÉMONIE FUNÈBRE DE CUSSEY.

à l'inauguration du monument. Il était accompagné de M. le général Picard, commandant la T division militaire, et suivi d'un cortège brillant d'olïiciers généraux et supérieurs, entre lesquels on se montrait -M. le général Crouzat,qui avait figuré avec honneur dans la journée du 22 octobre, et M. de Bigot, lieutenant-colonel d'état-major, dont tout le monde se rappelle les services pendant la guerre et apprécie la compétence dans la défense du pays. La procession s'est formée au son des cloches et s'est rendue au cimetière, précédée de la croix et du clergé. Après la bénédiction du monument et les prières de l'absoute récitées par M. le grand vicaire Dartois, M. le général de Cissey s'est avancé vers la tombe et, avec cet air d'aisance et de noblesse qu'on lui connaît, a improvisé les paroles suivantes, que nous reproduisons autant que la mémoire a pu les retenir.

« Je ne m'attendais pas, en venant visiter votre ville de Besançon, qui est aussi la mienne, à assister à cette religieuse et toucliante cérémonie; mais je ne puis passer ici sans honorer le courage des braves soldats des Vosges et des Hautes-Alpes qui reposent dans ce cimetière, après avoir si vaillamment défendu le pays et sauvé la cité. Je m'associe à votre patriotique démonstration, avec ce clergé, ces riches, ces pauvres, ces propriétaires, ces paysans, tout ces Français qui entourent une tombe si glorieuse et si digne de mémoire. Enfants, souvenezvous que c'est en devenant chrétiens que vous deviendrez à votre tour de bons citoyens et, au besoin, de braves défenseurs de la patrie. Monsieur le curé, je vous remercie, au nom de l'Assemblée que je représente, au nom du gouvernement, au nom de l'armée, de la piété et du zèle que vous avez apportés à l'érection d'un monument qui consacre la bravoure et la mort de nos jeunes soldats. »

A ces mots, les bravos ont éclaté de toutes parts, et dos larmes ont coulé de tous les yeux.

M. le baron de Sandrans, préfet du Doubs, a payé ensuite à nos héros, au nom du département et de la ville de Besançon, un juste tribut de louanges. Le discours qu'il a lu, plein d'éloquence et de distinction, a soulevé, comme la harangue du ministre, les plus sympathiques applaudissements. La foule s'est retirée avec un recueillement mêlé de reconnaissance, cl M. lo ministre de la guerre, suivi de son état-major, a repris la roule de Besançon.

(Extrait de V Union l'mnc-comioisc du 13a\ril 1872.)

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