Discours sur la Couronne
ORAISON FUNÈBRE PfiONONCÉÉ A iI!':RlCÔURt. 28o
restes de la bataille d'Héricourt ; au nom de ces prêtres, de ces soldats et de ces magistrats qui forment à nos morts un si magnifique cortège; au nom de l'armée et au nom de la France ; au nom de tout le sang Yersé sur les bords de la Lizaine, et dont Bourbaki vous parle dans ses lettres (1) avec tant de foi, de patriotisme et de larmes ; je le jure,- ce qu'ils ont fait, ces morts, il fallait le faire, nous le ferons nous-mêmes^ s'il le faut, et nos derniers neveux le feront à leur exemple. Non, vous ne vous êtes point trompés en vous risquant pour le salut de tous. Non, par les grands noms de Clovis, de Charles Martel et de saint Louis, par vos pères qui ont combattu aux Pyramides et à Navarin, par vos compagnons d'armes dont les ossements victorieux blanchissent sur tous les rivages de l'Afrique, de la Crimée etdelaCochinchine, non, vous n'avez point failli à votre honneur et à votre devoir; je vais plus loin queDémosthènes: non-seulement vous n'avez pas failli, mais vous nous avez glorifiés dans votre défaite, mais vous avez offert à Dieu un sacrifice agréable, mais vous avez racheté la France.
Elle a cru comme vous, elle s'est dévouée comme vous, elle a fait comme vous le sacrifice de sa vie à Dieu et à la France, cette humble religieuse d'Héricourt qui est morte en soignant vos blessures, et dont
1. Lettre de M. le curé d'Héricourt. Voir aux Pièces jûstificat.
le cercueil a été déposé à côté du vôtre (1). Soyez bénis, jeunes soldats tombés dans la fleur de votre vaillance ; jeune religieuse, soyez bénie, vous êtes tombée dans la fleur de votre dévouement. Il est juste de rapprocher ces deux tombes ; allons les saluer des - mêmes acclamations, couronnons-les des mêmes palmes, demandons-y d'une seule et même voix la grâce de la France.
C'est la grâce que j'implore, ô mon Dieu, au nom de ce sang répandu. La France est coupable, mais pesez dans la balance de votre équité éternelle tout le sang qui crie pour elle grâce, pitié, pardon. C'est le sang du fils de saint Louis, et il a été versé sur l'échafaud; c'est le sang de nos prêtres et de nos pontifes, et il a coulé par torrents dans nos rues et sur nos places ; c'est le sang de nos soldats, et il vient d'abreuver tous les champs de bataille ; c'est le sang de nos religieuses, et nos ambulances, nos hospices, en exhalent partout la suave odeur. Laissez éteindre dans ce sang précieux les derniers éclats de votre justice. 0 Jésus, vous venez d'être notre juge; ô Marie, soyez maintenant notre avocate, et la France, qui a reconnu votre Fils pour son maître à la clarté foudroyante de sa main, se sentant enlevée et bénie dans les bras de votre miséricorde, proclamera le Christ comme son roi, son sauveur et son Dieu.