SOLDATS MORTS DANS LE COMBAT DE LA CLUSE
LE ['"■ FÉVRIEU 1871.
Leonum more irruenies in hosies, prostmvenint ex ei$ mille
vnicersos autem in fugam verterunt.
Ils se précipitèrent sur l'ennemi avec la fureur des lions, ils en abattirent mille à leurs pieds et mirent tout le reste en fuite.
(II Machab.xi, 11-12.)
J'étais donc destiné à répandre partout les pleurs des Livres saints sur cette longue trace de sang que la guerre a impiimée, à travers nos plaines et nos montagnes, d'une extrémité à l'autre de notre chère Comté. Après avoir suivi nos braves le long de rOgnon et de la Saône dans leur campagne, le long du Doubs et de la Loue dans leur retraite, à Cussey, à Iléricourt, à l'Isle, à Ornans, nous voici, prêtres, soldats, magistrats, rassemblés dans le dernier coin
de terre que nous ayons disputé à l'ennemi, sur le théâtre du dernier combat, en face du dernier tomiDeau. La reconnaissance et l'admiration ne se lassent jamais. Ce champ de bataille, un ministre (1) le regarde avec tout l'intérêt du patriotisme et de la stratégie, et les généreuses sympathies qu'il nous témoigne s'expriment avec assez d'éclat, puisqu'il se fait représenter ici par un de ses frères d'armes (2), Comtois de naissance comme il l'est lui-même par l'adoption et par le cœur. Ce monument, un grand prélat (3) a donné l'ordre de l'élever à la mémoire de nos morts ; les paroisses voisines viennent y apporter leur offrande ; des pères, des veuves, des frères, des enfants, des prêtres, viennent y verser les larmes de la famille, del'amilié, de la paternité spirituelle; des soldats viennent revoir les lieux où ils ont tirél'épée pour la dernière fois, et les maisons hospitalières où ils ont serré la main à leurs camarades aux prises avec la mort ; enfin l'Église et la France, réunies dans cet humble village désormais cher à Thistoire, s'agenouillent ensemble au pied des autels pour bénir le cimetière des héros et consacrer la pierre du souvenir. Mais un rayon de gloire se mêle ici à notre deuil. C'est avec l'accent du triomphe qu'il convient
i. M. le général de Cissey, ministre de la guerre.