M. l'abbé Rocagel, curé de Saligny (Allier
ûque Confiteor que les saints et les anges puissent entendre dans la langue humaine du geste et du regard. Ils étaient chrétiens, ces blessés, ces mourants, rapportés dans ces salles d'école qui sont deyenues un hospice, où les aumôniers de l'armée se mêlent aux prêtres de la paroisse, et où les sœurs de la Charité déploient, pendant trois semaines, un zèle, une générosité, une abnégation, qui s'offenseraient encore plus des éloges des hommes que de leur oubli. Entrez dans cet hospice où tout s'improvise, les remèdes, les soins, les pansements. La nuit est venue, jamais repos de la nuit n'avait été plus mérité, et cependant, avant de le prendre, les mobiles de l'Allier se forment en groupe autour de leur aumônier et font avec lui la prière du soir. Le jour revient, tous demandent à se confesser. L'agonie commence, ceux qui en ressentent les premières approches se comparent à Jésus-Christ sur la croix. L'aumônier était demeuré auprès de ces agonisants du Bourbonnais. « J'ai le côté ouvert, lui dit l'un d'eux^ je me meurs de soif comme Jésus-Christ, mais ce n'est pas de l'absinthe, c'est du miel que vous m'offrez ; ma croix est plus douce que celle du Sauveur. » La dernière heure arrive; on rappelle le bon prêtre. «Écoutez, lui dit un soldat, je veux vous dire mon nom afin que vous puissiez écrire à ma mère que j'ai rempli tous mes devoirs, et elle en sera consolée. » Le dernier
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soupir est proche : ce soldat qui va le rendre a eu les jambes brisées par trois balles ; une hémorragie de cinq heures a épuisé ses forces ; ses bras défaillent, sa tète se penche vers la mort ; il lui reste un souffle, il le dépose, avec l'expression de sa foi, sur la croix de l'aumônier ; il meurt entre les bras de son père et avec le baiser de son Dieu.
La croix de Jésus-Christ 1 c'est donc là tout ce qui reste à nos braves après tant d'efforts, tant de campagnes, tant de sacrifices, tant de batailles, tant de gloire ! La croix 1 c^est le dernier mot qui me reste après tant d'éloges, et c'est par là que je mettrai fin à tous ces discours. La croix 1 nous l'avons plantée dans tous les cimetières où dorment nos héros. Qu'importe qu'on ignore leur nom, leurs faits d'armes, leurs services ! Il y a une date qui dit tout : 1870 1 Tout est là ; le souvenir, la leçon, l'espérance. Souvenons-nous des morts, profitons de leurs exemples, préparons à nos neveux un meilleur avenir, et songeons qu'il n'y a point de revanche à attendre que de la forte discipline, du courage et de la foi. Quand la patrie était victorieuse en Crimée, en Afrique, en Italie, en Chine, à peine donnait-elle une larme à ses enfants enterrés dans ces régions lointaines. Ici les larmes sont dans tous les yeux, la date funèbre se lit partout, il faut reconnaître partout la main qui nous a frappés. Ah I que la foi endormie
dans la joie et dans la mollesse se réveille donc dans la disgrâce et dans la défaite I Cette fatale année changera de caractère et de nom ; ce ne sera plus l'année terrible, mais l'année de grâce, et après avoir pleuré au pied de la croix sur la passion de la France, nous chanterons, dans un patriotique alléluia, les gloires de notre résurrection morale, militaire et chrétienne.
OPINION DU Journal de Genève sur la retraite du